vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2209737 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 10ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | MAILLARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 juin 2022 et 6 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Maillard, demande au président du tribunal :
1°) de l'admettre au titre de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les décisions du 10 juin 2022, par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a désigné le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et ce sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'État.
Mme C soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une méconnaissance du droit de l'intéressée d'être entendue, d'une erreur de droit, et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui accordant un délai de départ volontaire de 30 jours est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, et en ce qu'elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte et d'une insuffisance de motivation ;
- la décision fixant le pays d'éloignement est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, et en ce qu'elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte, méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit une fiche TelemOfpra le 16 septembre 2022.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n°91-867 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Auvray, président, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 7 octobre 2022 à 14h45, en présence de Mme Yen Pon, greffière :
- le rapport de M. A ;
- les observations de Me Delimi, représentant Mme C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, ajoute un moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et produit à l'audience des pièces, notamment la carte de résident du compagnon de l'intéressée, un certificat de vie maritale, l'acte de naissance de leur enfant ainsi qu'une demande d'inscription sur le livret de famille de l'OFPRA de cet acte de naissance.
Une note en délibéré produite pour Mme C et enregistrée le 7 octobre 2022 à 16h53, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante sri-lankaise née le 22 mai 1985, est entrée en France en août 2017 selon ses déclarations, et y a déposé une demande d'asile le 12 octobre 2017 auprès des services de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui l'a rejetée par une décision du 29 juin 2018, notifiée le 17 juillet 2018. Son recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a été rejeté le 24 juillet 2019 par une décision notifiée le 3 août 2019. Une première demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en date du 11 juin 2020, notifiée le 30 juin 2020, et d'une ordonnance de rejet de la CNDA du 25 novembre 2020, notifiée le 30 novembre suivant. Une seconde demande de réexamen a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA en date du 23 juin 2022, notifiée le 20 juillet 2022. Un nouveau recours a été introduit devant la CNDA le 9 août 2022. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé Mme C à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a désigné le pays de destination. Par cette requête, l'intéressée demande l'annulation de ces décisions.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les condition d'éligibilité à l'aide ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort de l'instruction que Mme C est entrée en France en 2017, qu'elle vit maritalement à Drancy, depuis 2017, avec un compatriote qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié et est titulaire d'une carte de résident valable du 24 octobre 2012 au 23 octobre 2022, et que le couple a un enfant, né le 10 février 2022 en France. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressée travaille comme cuisinière polyvalente dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis octobre 2020. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français, qui a pour effet de la séparer de son époux, lequel, compte tenu de sa qualité de réfugié, n'a pas vocation à retourner au Sri Lanka, et de séparer l'enfant de l'un de ses parents, porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au regard de l'objectif poursuivi. La requérante est donc fondée à soutenir que les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 10 juin 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé Mme C à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de munir Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité préfectorale ait à nouveau statué sur la situation administrative de l'intéressée, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.
Sur les frais d'instance
9. Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Maillard, conseil de la requérante commis d'office, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve que Mme C soit admise définitivement à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Maillard d'une somme de 800 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 10 juin 2022 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de munir Mme C, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce qu'il ait à nouveau été statué sur la situation administrative de l'intéressée.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil, Me Maillard, renonce à percevoir la part correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Maillard une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Maillard.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
Signé
B. A
La greffière,
Signé
C. Yen Pon
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026