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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209756

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209756

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209756
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCAOUDAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

D une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 juin 2022, 26 juillet 2022 et 7 octobre 2022, M. C A, représenté D Me Caoudal, demande au président du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 12 juin 2022, D lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen dans un délai de 8 jours ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de la renonciation à la part contributive de l'État.

M. A soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'obligation de quitter le territoire français a méconnu le droit de l'intéressé d'être entendu, est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire méconnaît, en l'absence de menace à l'ordre public ou de risque de fuite, les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreurs de fait et de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, et en ce qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Les écritures du requérant ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n°91-867 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Auvray, président, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 7 octobre 2022 à 14h45, en présence de Mme Yen-Pon, greffière :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Delimi, substituant Me Caoudal, représentant M. A, lui-même présent, qui conclut aux mêmes fins D les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né le 10 juin 2003, est entré en France en 2018 selon ses déclarations, alors qu'il était mineur. D un arrêté du 12 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ainsi que l'inscription de l'intéressé au système d'information Schengen. D cette requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée D la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. / L'admission provisoire est accordée D le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme D l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Il découle de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, et se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Ce droit implique ainsi que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, M. A soutient qu'il n'a pas été informé de la possibilité qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il n'a pas davantage été mis à même de présenter ses observations avant que le préfet de la Seine-Saint-Denis ne décidât de lui faire obligation de quitter le territoire français. Il ressort des pièces du dossier que le préfet, qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'était pas représenté à l'audience publique, ne justifie pas que le requérant aurait été informé de la mesure d'éloignement envisagée, ni qu'il aurait été mis en mesure de faire connaître de manière utile et effective son point de vue, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué. Or, M. A établit, D les pièces versées à l'appui de sa requête, qu'il est entré en France en 2018 à l'âge de 15 ans, qu'il a été scolarisé jusqu'à l'obtention de son baccalauréat professionnel spécialité " Métiers de l'électricité et de ses environnements connectés " en juin 2022, et que sa candidature a été retenue sur l'application " Parcoursup " pour suivre une formation en BTS électro-technique. Il ressort également des pièces du dossier que M. A vit avec sa mère, elle-même titulaire d'une carte de résident valable du 2 avril 2019 au 1er avril 2029, ainsi qu'avec le compagnon de sa mère, ressortissant français, et ses quatre demi-frère et sœurs, également français. En outre, M. A justifie, en produisant notamment des captures d'écran, des courriels et une lettre recommandée adressés à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, de ses tentatives infructueuses de prise de rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour. Ces éléments, relatifs à sa vie privée et familiale ainsi qu'à ses démarches en vue de régulariser sa situation administrative, auraient été susceptibles d'avoir une influence sur la décision de l'autorité administrative, de sorte que le requérant doit être regardé comme ayant été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que la procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. Il suit de là que la décision querellée portant obligation de quitter le territoire national doit, pour ce seul motif, être annulée. Il en va de même, D voie de conséquence, des décisions D lesquelles le préfet a refusé d'accorder un délai de départ volontaire, fixé le pays de destination, prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et décidé de signaler le requérant au système d'information Schengen.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis obligeant M. A à quitter le territoire français doit être annulée, ainsi, D voie de conséquence, que l'ensemble des décisions prises sur ce fondement et contenues dans l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : : " Le juge des référés statue D des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il suit de là que les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire ne sont pas de la nature de celles qui peuvent être prononcées D le juge des référés.

8. En revanche, les dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que le préfet munisse M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une quelconque astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. M. A a été admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire. D suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Caoudal, conseil du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle et sous réserve que M. A soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Caoudal d'une somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 800 euros sera versée D l'Etat directement à M. A.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté en date du 12 juin 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de munir M. A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, d'une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur sa situation administrative.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et sous réserve que son conseil, Me Caoudal, renonce à percevoir la part correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Caoudal une somme de 800 (huit cents) euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A D le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme de 800 euros sera versée directement à M. A D l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Caoudal.

Rendu public D mise à disposition du greffe le 21 octobre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

B. B

La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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