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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209774

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209774

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantITSOUHOU-MBADINGA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 juin 2022 et 22 août 2022, M. B, représenté par Me Itsouhou-Mbadinga, demande au président du tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

- il n'a pas été mis en mesure de fournir des observations utiles, écrites ou orales, avant l'intervention de l'arrêté litigieux ;

- la décision lui refusant le séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire sont entachées d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation, et méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant le séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaît le droit au maintien sur le territoire d'un demandeur d'asile ;

- la décision fixant le pays d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention de Genève.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, auquel les écritures de la partie requérante ont été communiquées, n'a pas produit d'observations en défense.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Noël, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus lors de l'audience publique qui s'est tenue le 22 août 2022 à 14h30, en présence de M. Werkling, greffier :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Itsouhou-Mbadinga, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens, et produit des fiches de paie de M. B ;

- les observations de M. B, assisté de l'interprète, M. D, qui a indiqué qu'aucun élément nouveau relatif aux risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine n'était intervenu depuis le rejet de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile ;

- le préfet n'étant ni présenté ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bangladais né le 10 décembre 1990, est entré en France en 2020 selon ses déclarations. Il ressort des pièces du dossier qu'il a présenté une demande d'asile auprès des services de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides qui l'a rejetée par une décision du 26 mars 2021, notifiée le 26 mai 2021. Son recours devant la cour nationale du droit d'asile a été rejeté le 25 février 2022. Par un arrêté du 7 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission au séjour au titre de l'asile de M. B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourra être éloigné. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le moyen commun aux décisions contestées :

2. Si le requérant semble reprocher au préfet de la Seine-Saint-Denis de ne pas l'avoir mis en mesure de présenter ses observations avant que les décisions contestées ne soient prononcées à son encontre, il ressort en premier lieu des pièces du dossier que M. B, dont la demande d'asile a été rejetée, ne pouvait ignorer qu'en cas de refus de la reconnaissance du statut de réfugié, il ne pourrait obtenir son admission au séjour à ce titre et serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement du territoire français. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté du 7 juin 2022 que M. B a été invité par le préfet à indiquer s'il estimait pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile et à déposer une demande en ce sens. M. B n'a toutefois pas déposé de demande de titre de séjour dans le délai qui lui était imparti, et n'a en outre pas fait valoir d'observation utile dont le préfet aurait dû tenir compte, pas plus qu'il ne l'a fait lors de l'audience. Dès lors, le moyen tiré de ce que le requérant n'aurait pas été mis en mesure de présenter ses observations avant le prononcé d'une décision défavorable doit être écarté.

Sur les moyens communs à la décision refusant l'admission au séjour au titre de l'asile et à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Les décisions attaquées ont été signées par Kevin Corcelli, qui était régulièrement investi d'une délégation de signature du préfet, par arrêté n° 2022-0841 du 1er avril 2022 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il vise notamment l'article L. 611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que la demande d'asile présentée par M. B a été rejetée par décision de l'office français de protection des réfugiés et des apatrides le 26 mars 2021 puis par la cour nationale du droit d'asile le 25 février 2022 et que le requérant n'a pas demandé son admission au séjour à un autre titre que l'asile dans le délai qui lui était imparti. Il indique en outre que l'intéressé ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale à laquelle il serait porté une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Cet arrêté comporte donc avec une précision suffisante la mention des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision refusant l'admission au séjour au titre de l'asile et de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation de ces décisions doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B soutient qu'il réside en France depuis 2020 et que sa vie privée et familiale est désormais fixée en France, il ne produit, à l'exception de bulletins de salaire indiquant qu'il travaille à temps partiel comme commis de cuisine depuis le mois de février 2022, aucune pièce permettant d'établir sa présence sur le territoire, ni son intégration particulière en France, et ne justifie pas non plus de ses liens avec la France. Il ne démontre ni n'allègue être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. En outre, en tout état de cause, si M. B affirme disposer d'éléments nouveaux lui permettant de solliciter le réexamen de sa demande d'asile, il n'en justifie pas et ne l'allègue plus à l'audience. Dans ces conditions, en rejetant sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile et en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises et n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché ces décisions d'une erreur manifeste d'appréciation. Dès lors, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme doivent être rejetés.

Sur la légalité de la décision refusant l'admission au séjour au titre de l'asile :

7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

8. M. B, qui se prévaut de la méconnaissance de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être regardé comme se prévalant de la méconnaissance de l'article L. 423-23 de ce code, en vigueur à la date de la décision qu'il conteste. Eu égard à ce qui a été dit au point 6, faute de justifier de la réalité et de l'intensité de ses liens en France et de son insertion dans la société française, M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour sur le fondement de cet article. Le moyen doit donc être écarté.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : [] 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° [] ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " [] Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

10. La demande d'asile présentée par le requérant a été définitivement rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et la cour nationale du droit d'asile. M. B ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il apparaît en outre que la décision n° 21027921 par laquelle la cour nationale du droit d'asile a rejeté le recours contre le rejet de la demande d'asile du requérant a été lue en audience publique le 25 février 2022. Au demeurant, si M. B soutient dans ses écrits que cette décision ne lui a pas été notifiée, il ne l'allègue plus à l'audience et reconnaît en avoir eu connaissance. Il en résulte que l'intéressé ne bénéficiait plus du droit au maintien sur le territoire à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'un demandeur d'asile au maintien sur le territoire doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. B, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés, confirmée par un arrêt de la cour nationale du droit d'asile, et qui ne fait valoir aucun élément nouveau sur sa situation, n'établit pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays de nationalité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même du moyen, dépourvu de toute précision, relatif à la méconnaissance des stipulations de la convention de Genève du 28 juillet 1951.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions en injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 1er septembre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

signé

C. A Le greffier,

signé

S. Werkling

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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