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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209799

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209799

lundi 3 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantBONNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2022, M. B A, représenté par Me Bonnin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 31 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- il a été pris en méconnaissance du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Parent a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant russe né le 30 avril 2021, a sollicité le 30 avril 2021 le renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'accompagnant d'enfant malade. Par un arrêté du 31 mars 2022 dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler sa carte de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de M. A est né le 15 décembre 2012 en France, à Metz, qu'il y a toujours vécu et y est scolarisé depuis septembre 2017, que la mère est repartie vivre en Allemagne alors que l'enfant n'avait que trois ans. Il ressort également des pièces du dossier et notamment de certificats médicaux établis par des médecins hospitaliers en date des 9 août et 19 octobre 2018, 1er mars 2019 et 28 mai 2021 que l'enfant s'est vu diagnostiquer un autisme sévère en Allemagne au cours de l'année 2017, que sa pathologie développementale est d'une particulière gravité puisqu'il n'a développé quasiment aucun langage mais s'exprime uniquement par son ou vocalise, qu'il n'est pas capable d'attention conjointe, de pointer du doigt, ne réagit pas à son nom, ne semble pas comprendre des consignes simple, ne rentre pas en contact avec les autres enfants, a tendance à s'enfuir, a de grosses difficultés à manger. Il résulte également de ces certificats que son état nécessite un suivi adapté avec psychologue, orthophoniste, psychomotricien et assistante de vie scolaire s'il est scolarisé en milieu scolaire ordinaire, mais qu'une prise en charge pluridisciplinaire au sein d'un institut médico éducatif serait optimale. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la maison départementale des personnes handicapées a accordé à M. A et son fils l'allocation d'éducation de l'enfant handicapé ainsi qu'une carte mobilité inclusion et l'a orienté vers un institut médico-éducatif au titre de la période du 17 septembre 2019 au 16 septembre 2024, où sa candidature a finalement été retenue le 25 mai 2022, soit peu de temps après la date de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que M. A est fondé à soutenir qu'eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France avec son fils, la décision par laquelle le préfet a refusé de renouveler son titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 31 mars 2022 doit être annulé.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bonnin, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Bonnin de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 31 mars 2022 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à M. A un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à Me Bonnin, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bonnin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Bonnin.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2023.

La rapporteure,

M. Parent

Le président,

A. Myara Le greffier,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2209799

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