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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209872

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209872

vendredi 12 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2022, M. B A, représenté par Me Cisse, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 juin 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une carte professionnelle autorisant l'exercice d'une activité privée de sécurité ;

2°) de lui délivrer sans délai une carte professionnelle ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité

la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les faits sur lesquels est fondée la décision en litige concernent sa vie privée et familiale et sont sans rapport avec son activité professionnelle ;

- ces faits n'ont pas donné lieu à une condamnation pénale et ont fait l'objet d'un rappel à la loi prononcé il y a près de trois ans ;

- la décision en litige est disproportionnée au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle et familiale et entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 janvier 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 décembre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 12 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était titulaire d'une carte professionnelle autorisant l'exercice d'une activité privée de sécurité portant sur la surveillance humaine ou électronique. Il a demandé le renouvellement de cette carte le 9 mars 2022. Le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler cette carte par une décision du 14 juin 2022. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées () ".

3. Pour prononcer la décision en litige, le directeur du CNAPS s'est fondé sur la circonstance, révélée par les mentions portées au traitement d'antécédents judiciaires, que M. A était connu défavorablement des services de police pour avoir été mis en cause en qualité d'auteur de faits de violence suivie d'une incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. Il ressort plus précisément de l'enquête diligentée dans les conditions mentionnées à l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, que le 18 novembre 2019 l'épouse de M. A a déclaré aux policiers qui sont intervenus au domicile du couple, que celui-ci lui avait porté des coups sur le corps et l'avait jetée au sol, alors qu'il est apparu que celle-ci présentait une incapacité temporaire totale de dix jours. Si le requérant allègue qu'il n'a pas été condamné pénalement pour ces faits, il n'en conteste pas la matérialité alors qu'au demeurant le procureur de la République a procédé le 12 octobre 2020 pour ce motif à un rappel à la loi. En outre, au regard de la finalité des dispositions de l'article L. 612-20 précité, ces faits ne peuvent être considérés comme relevant de la seule sphère privée. Dès lors, compte tenu de leur nature, de leur gravité ainsi que de leur caractère récent, le directeur du CNAPS a pu, sans entacher sa décision d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, refuser de renouveler la carte professionnelle de M. A.

4. Dès lors qu'il résulte de ce qui est dit ci-dessus que M. A ne remplit pas les conditions légales requises pour exercer une activité privée de sécurité, celui-ci ne peut utilement se prévaloir des conséquences de la décision en litige sur sa situation personnelle et familiale.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du directeur du CNAPS en date du 14 juin 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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