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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209884

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209884

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209884
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantNEVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin et 4 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Neven, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité de l'ensemble des décisions :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute de demande de compléter son dossier ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les observations de Me Neven, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien né le 1er mai 1987, est entré en France le

27 décembre 2014. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 11 octobre 2018. Par un arrêté du 1er décembre 2020, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement n° 2014820 du 28 juin 2021, le présent tribunal a annulé cet arrêté pour erreur de droit et défaut d'examen. Il a été enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B. Par un nouvel arrêté du 17 mai 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission exceptionnelle au séjour de l'intéressé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, M. A B sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En l'espèce, d'une part, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission exceptionnelle présentée par M. B au motif que celui-ci avait produit, dans le cadre du réexamen de sa demande, un relevé de l'assurance retraite du 9 novembre 2021 mentionnant qu'il n'avait travaillé qu'au cours des années 2019 et 2020. Toutefois, et ainsi que le mentionne d'ailleurs le préfet dans la décision litigieuse, il ressort du jugement du 28 juin 2021 que M. B a produit soixante bulletins de paie correspondant aux années 2015 à 2017 et 2019 à 2021. Ces documents, soumis au débat contradictoire, ont donc nécessairement été portés à la connaissance du préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'en conteste au demeurant pas le caractère probant. D'autre part, le préfet de la Seine-Saint-Denis a également rejeté la demande d'admission au séjour de M. B au motif que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi a émis un avis défavorable à cette demande au motif de l'incomplétude du dossier de demande d'autorisation de travail présenté par la société " E-koi prestations de service ". Toutefois, il ressort de l'attestation produite par ladite société que celle-ci n'a jamais reçu de demande afin de compléter le dossier de M. B. Le préfet, qui n'a pas produit dans la présente instance de mémoire en défense, n'établit donc pas qu'une demande aurait été faite à la société le 28 avril 2020, ainsi que le mentionne la décision attaquée. Enfin, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande d'admission au séjour du requérant au motif que le fait d'exercer une activité professionnelle sur le territoire français ne constitue pas, à lui seul, un motif d'admission au séjour. Toutefois, M. B justifie résider sur le territoire français depuis le premier semestre de l'année 2015, soit depuis sept années à la date de la décision attaquée, et avoir travaillé un total de soixante-quatre mois depuis son entrée en France. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la décision de refus d'admission au séjour est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. B.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à solliciter l'annulation de la décision du 17 mai 2022 portant refus d'admission au séjour ainsi que celle des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard au motif d'annulation, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte. Le présent jugement n'impliquant aucune autre mesure d'exécution, le surplus des conclusions à fin d'injonction présenté par M. B doit être rejeté.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 1 100 euros à verser à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B dans un délai de trois mois.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 100 euros à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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