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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2209965

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2209965

vendredi 8 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2209965
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSIMOND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. B A, représenté par Me Simond, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans un délai de sept jours suivant la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la condition d'urgence :

- l'urgence est présumée dès lors qu'il sollicite le renouvellement du titre de séjour dont il était détenteur depuis 2018 ;

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas, en violation des dispositions de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rendu un avis motivé, lequel n'a en outre pas été communiqué avant que le préfet ne statue sur sa demande, le privant de la sorte d'une garantie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la réalité et à la gravité de la menace à l'ordre public ;

- elle a été adoptée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir que la requête au fond est tardive, que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu :

- la requête, enregistrée le 17 juin 2022, sous le numéro n° 2209870, par laquelle M. A a demandé l'annulation de la décision susvisée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 7 juillet 2022 à 14h30 tenue en présence de M. Nzinga, greffier d'audience, le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli, juge des référés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sri-lankais, a sollicité le 4 décembre 2020 le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 novembre 2021 dont il demande au juge des référés la suspension, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé, sur le fondement des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au motif qu'il constitue une menace pour l'ordre public, le renouvellement de ce titre.

Sur la fin de non-recevoir soulevée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Aux termes de l'article 43 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : () 3° De la date à laquelle le demandeur de l'aide juridictionnelle ne peut plus contester la décision d'admission ou de rejet de sa demande en application du premier alinéa de l'article 69 et de l'article 70 ou, en cas de recours de ce demandeur, de la date à laquelle la décision relative à ce recours lui a été notifiée ; 4° Ou, en cas d'admission, de la date, si elle est plus tardive, à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. () ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions qu'une demande d'aide juridictionnelle interrompt le délai de recours contentieux et qu'un nouveau délai de même durée recommence à courir à compter de l'expiration d'un délai de quinze jours après la notification à l'intéressé de la décision se prononçant sur sa demande d'aide juridictionnelle ou, si elle est plus tardive, à compter de la date de désignation de l'auxiliaire de justice au titre de l'aide juridictionnelle. Il en va ainsi quel que soit le sens de la décision se prononçant sur la demande d'aide juridictionnelle, qu'elle en ait refusé le bénéfice, qu'elle ait prononcé une admission partielle ou qu'elle ait admis le demandeur au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, quand bien même dans ce dernier cas le ministère public ou le bâtonnier ont, en vertu de l'article 23 de la loi du 10 juillet 1991, seuls vocation à contester une telle décision.

4. Au cas particulier, il résulte de l'instruction que le requérant a sollicité l'aide juridictionnelle, par un courrier reçu le 2 février 2022, soit dans le délai de recours contre l'arrêté du 29 novembre 2021 qui lui a été notifié le 3 décembre 2021. Il résulte également de l'instruction qu'en dépit de la mention d'une date erronée dans l'attestation de dépôt de la demande d'aide juridictionnelle établie le 2 février 2022, cette demande porte sur l'engagement d'un recours en annulation à l'encontre de la décision de refus de titre de séjour du 29 novembre 2021. Le requérant était par ailleurs recevable à déposer, avant que n'intervienne la décision d'aide juridictionnelle, une requête le 17 juin 2022. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête au fond formée par le requérant ne peut qu'être écartée.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

5. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

6. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour.

7. Il ne ressort des pièces du dossier aucune circonstance de nature à faire échec à la présomption d'urgence, ce d'autant que la décision attaquée prive le requérant, qui est employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, de la possibilité de poursuivre légalement l'exécution de ce contrat. La condition d'urgence doit, par suite, être regardée comme constituée.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

8. Aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-23 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance () ". Aux termes de l'article R. 432-14 du même code : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ".

9. En l'espèce, le préfet ayant saisi la commission du titre de séjour, celle-ci a émis, le 7 octobre 2021, un avis mentionnant la présence du requérant et portant la mention " refus ". Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 432-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle est en l'espèce susceptible de d'avoir privé le requérant d'une garantie, paraît, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

10. Les deux conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par M. A.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. La présente décision implique nécessairement que M. A soit autorisé à séjourner et à travailler jusqu'à ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait à nouveau statué sur sa demande ou qu'il soit statué sur sa requête au fond n° 2209870. Par conséquent, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 500 euros au titre des frais que M. A y a exposés.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 29 novembre 2021 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Le préfet de la Seine-Saint-Denis remettra à M. A une autorisation provisoire de séjour autorisant son titulaire à travailler dans les conditions mentionnées au point 11.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, au ministre de l'intérieur et des Outre-mer et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 8 juillet 2022.

La juge des référés,

Signé

N. Ribeiro-Mengoli

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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