jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2209993 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | AZGHAY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 juin 2022, M. A et Mme D représentés par Me Azghay, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 20 000 euros chacun en réparation des préjudices résultant de son absence de relogement ;
2°) de condamner l'Etat à leur verser la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement dans le délai de six mois, alors qu'ils ont été reconnus prioritaires par la commission de médiation du droit au logement opposable le 26 avril 2017 ;
- ils subissent des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu:
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Delamarre pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Delamarre, vice-présidente, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 26 avril 2017 comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. M. A et Mme D ontont saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable le 16 décembre 2021. Ils demandent la condamnation de l'Etat à leur verser une somme de 20 000 euros chacun au titre des préjudices subis.
Sur la responsabilité :
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'État à toute personne qui () n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. () ".
3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une décision d'une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé cette décision. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.
4. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la responsabilité de l'Etat ne saurait être engagée qu'à l'égard de M. A seul demandeur de logement prioritaire. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme D doivent être rejetées.
5. Par une décision du 26 avril 2017, la commission de médiation du département de la Seine-Saint-Denis a désigné M. A prioritaire et devant être relogé en urgence. La persistance de cette situation, à compter du 26 octobre 2017 date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, ont causé à M. A des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. En dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, M. A n'a pas justifié avoir renouvelé sa demande de logement social depuis l'annulation de la proposition de logement du 3 janvier 2022. La période d'indemnisation s'étend donc du 26 octobre 2017 au 3 janvier 2022. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en fixant l'indemnisation due à la somme de 3 000 euros.
6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'Etat à verser à M. A la somme de 3 000 euros.
Sur les frais d'instance :
7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C A la somme de 3 000 euros.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 000 euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié M. C A, Mme B D et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024
La magistrate désignée,
A-L. Delamarre
La greffière,
E. KangouLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026