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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210015

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210015

mardi 13 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210015
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantAZOUGACH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juin 2022, complétée par des pièces enregistrées le 29 juillet 2022, Mme C A, représentée par Me Azougach, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande et, dans l'attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'elle est susceptible de constituer et de la fraude à la paternité qui lui est reprochée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 octobre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 2 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique du 23 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante nigériane née le 28 juin 1987, est entrée en France, selon ses déclarations, le 20 septembre 2009. Elle a bénéficié, à compter du 13 février 2012, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", puis d'une carte de résident valable jusqu'au 5 décembre 2025 en raison de la naissance de son fils, né le 29 juin 2011, de nationalité française du fait de sa reconnaissance par un ressortissant français. Cette reconnaissance de paternité a toutefois été annulée par un jugement du tribunal de grande instance de Créteil du 16 mai 2019 en raison de son caractère frauduleux. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé au retrait de la carte de résident de Mme A par un arrêté du 12 octobre 2021, en raison de la fraude, et a convoqué l'intéressée en préfecture le 17 novembre 2021, afin de procéder au réexamen de sa situation. Par un arrêté du 25 avril 2022 dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de délivrer un titre de séjour à l'intéressée.

2. En premier lieu par un arrêté n° 2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. F E, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par suite, dès lors que la commune de Neuilly-sur-Marne, où réside Mme A, est située dans l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 16 mai 2019 devenu définitif, le tribunal de grande instance de Créteil a annulé la reconnaissance de paternité souscrite par anticipation, le 3 mars 2011, par M. D, ressortissant français, au bénéfice de l'enfant de la requérante né le 19 juin 2011, et dit que cet enfant n'était pas français, aux motifs que M. D a reconnu au moins six enfants nés de six mères différentes de nationalité nigériane ou congolaise, que M. D et Mme A disposent d'un domicile séparé, que les déclarations des intéressés relatives aux circonstances de leur rencontre ne correspondent pas et qu'aucune lettre, courrier, mail ou témoignage n'a permis d'attester de cette relation. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait également valoir, dans la décision en litige, que le second prénom de cet enfant n'est autre que le nom de famille du père des quatre autres enfants de la requérante, nés en 2012, 2013, 2017 et 2021. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis apporte des éléments précis et concordants permettant d'établir que Mme A a volontairement bénéficié de la reconnaissance de paternité frauduleuse de son enfant dans le but d'obtenir un titre de séjour.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Et aux termes des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dernières stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

5. Si Mme A fait valoir qu'elle vit en France depuis 2009 et qu'elle a bénéficié de titres de séjour entre 2012 et 2021, soit durant presque dix ans, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que ces titres de séjour ont été obtenu par fraude et que la reconnaissance de paternité effectuée par M. D, ressortissant français, au profit de son fils né le 29 juin 2011 a été annulé par une décision du tribunal de grande instance de Créteil du 16 mai 2019. Si la requérante soutient vivre en concubinage avec M. B, père de ses quatre enfants nés en 2012, 2013, 2017 et 2021, il ressort des pièces du dossier que celui-ci est également en situation irrégulière sur le territoire français et fait l'objet d'un arrêté préfectoral du 4 octobre 2021 l'obligeant à quitter le territoire. Si Mme A se prévaut également de la présence en France de ses cinq enfants ainsi que de la scolarisation des quatre aînés respectivement en classe de CM2, CE2 et moyenne section de maternelle, il ne ressort pas des pièces du dossier que ses enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité au Nigéria. Ainsi, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale de Mme A se reconstitue dans son pays d'origine, où peuvent l'accompagner son époux et ses enfants et où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-deux ans. Enfin, si la requérante soutient " qu'elle a toujours travaillé et qu'elle était très bien insérée professionnellement jusqu'à ce que le préfet lui retire sa carte de résident le 12 octobre 2021 ", les seules pièces produites à l'appui de ses allégations, à savoir deux bulletins de salaire pour l'année 2015, quatre bulletins de salaire pour l'année 2016, quatre bulletins de salaire pour l'année 2020 et sept bulletins de salaire pour l'année 2021, tous indiquant des montants de salaire nettement inférieur au montant du salaire minimum de croissance, ne permettent pas de regarder Mme A comme justifiant d'une insertion professionnelle stable et intense sur le territoire national. Enfin, la requérante ne se prévaut d'aucune attache personnelle ou familiale en France en dehors de son compagnon et de ses enfants, ni d'aucune insertion sociale particulière. D'ailleurs, la commission du titre de séjour a émis un avis défavorable à son encontre, le 15 mars 2022, au vu de la fraude caractérisée et de l'absence totale d'éléments justifiant son intégration en France. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision de refus de titre de séjour contestée ne porte pas au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A, une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'apparait pas d'avantage contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants, compte tenu de l'absence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale au Nigeria où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point 4 doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En quatrième lieu, le moyen tiré par Mme A de ce qu'elle craint pour sa vie ainsi que celle de ses enfants en cas de retour au Nigéria est inopérant à l'encontre de la décision litigieuse qui se borne à lui refuser l'octroi d'un titre de séjour.

7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision préfectorale du 25 avril 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Azougach et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

Le président,

C. Tukov La greffière,

N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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