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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210016

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210016

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCLOIX & MENDES-GIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 17 juin 2022, 20 février 2023 et 8 mars 2023, la société HBE Distribution, représentée par Me Destarac demande au tribunal :

1)° d'annuler l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel la commune d'Aubervilliers a prorogé pour une durée d'un an la validité du permis de construire n° PC 93001 18 A0034 délivré le 19 juin 2019 à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers, portant sur la réalisation, après démolition des constructions existantes, d'un bâtiment à usage de bureaux sur un terrain situé 129 avenue Victor Hugo ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aubervilliers une somme de 3 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est recevable : elle justifie de son intérêt à agir ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R.424-21 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 janvier 2023, la société SAS Aimé Césaire Aubervilliers conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2023, la commune d'Aubervilliers conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante une somme de 2 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la requête est irrecevable dès lors que la société requérante ne justifie pas d'un intérêt à agir et que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'incompétence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Renault, rapporteure ;

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public ;

- les observations de Me Barreau, substituant Me Destarac, représentant la société HBE Distribution.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 19 juin 2019, le maire de la commune d'Aubervilliers a délivré à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers un permis de construire portant sur la réalisation, après démolition des constructions existantes, d'un bâtiment à usage de bureaux en R + 7 et trois niveaux de sous-sol, permettant la création de 147 places de parking, sur un terrain situé 129 avenue Victor Hugo, parcelle cadastrée O 1. Par un arrêté en date du 20 décembre 2021, le maire de la commune d'Aubervilliers a prorogé pour une durée d'un an la validité du permis de construire du 19 juin 2019. La société HBE Distribution demande l'annulation de cet arrêté de prorogation.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance et à la localisation du projet de construction.

4. D'autre part, en vertu de l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme : " Sauf pour le requérant à justifier de circonstances particulières, l'intérêt pour agir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager s'apprécie à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire ". Il résulte des termes mêmes de ces dernières dispositions que, sauf circonstances particulières, l'intérêt pour agir d'un requérant contre un permis de construire s'apprécie au vu des circonstances de droit et de fait à la date d'affichage en mairie de la demande du pétitionnaire, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de circonstances postérieures, qu'elles aient pour effet de créer, d'augmenter, de réduire ou de supprimer les incidences de la construction, de l'aménagement ou du projet autorisé sur les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance mentionnées à l'article L. 600-1-2. A ce titre, il y a lieu de procéder à cette appréciation au vu des constructions environnantes dans leur état à cette date.

5. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la société HBE Distribution occupe deux bâtiments situés respectivement au 90 avenue Victor Hugo, où se trouve son siège social, et au 121 de la même avenue, à usage de boutique-entrepôt. Contrairement à ce que soutient la société requérante, ces bâtiments ne sont ni l'un, ni l'autre, voisins immédiats de la parcelle sur laquelle doit être édifié le bâtiment projeté. En effet, le 90 avenue Victor Hugo se situe à au moins 320 mètres du 129 de la même avenue, et en est séparé par de nombreux bâtiments, le quai Lucien Lefranc, le canal de Saint-Denis et le quai François Mitterrand. Quant au 121 de l'avenue, où se situe le second bâtiment, il est séparé du 129 de la même avenue par deux parcelles sur lesquelles sont implantées des hangars d'une hauteur qui prive le bâtiment de toute vue sur la parcelle où se situe le projet. Dans ces conditions, la société requérante ne saurait se prévaloir d'une présomption d'intérêt à agir.

6. En second lieu, la société requérante soutient qu'au regard de l'ampleur du projet, les conditions d'occupation, d'utilisation et de jouissance de ses biens sont susceptibles d'être affectées, du fait, d'une part, de l'aggravation des conditions de circulation sur l'avenue Victor Hugo qu'entraînera la création d'un parc de stationnement de 147 places pour voitures et, d'autre part, de l'implantation du projet dans une zone de dissolution de gypse antéludien, qui nécessitera des affouillements très conséquents de nature à fragiliser les sols et les constructions alentours.

7. Toutefois, d'une part, en se bornant à soutenir que la création de 147 places de stationnement sera de nature à aggraver les conditions de circulation sur l'avenue Victor Hugo, sans contester les chiffres de trafic sur l'avenue avancés par la commune, à savoir un trafic moyen journalier de 16 476 véhicules, et sans établir ni même alléguer qu'une légère augmentation du trafic serait de nature à affecter son activité, la société requérante ne fait état d'aucun élément suffisamment précis et étayé de nature à justifier que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens qu'elle occupe. D'autre part, la circonstance que le projet devrait être édifié sur une zone de dissolution de gypse antéludien, laquelle recouvre la quasi-totalité de la commune d'Aubervilliers, et que les travaux engendreront des affouillements susceptibles de fragiliser les sols et les bâtiments alentours, hypothèse qui n'est, au demeurant, pas suffisamment étayée pour que le risque apparaisse comme caractérisé, est étrangère à la construction projetée et aux troubles que cette dernière est, par elle-même, susceptible d'engendrer dans les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle occupe.

8. Il résulte de ce qui précède, que si, comme le soutient la société requérante, en application des dispositions précitées de l'article L. 600-1-3 du code de l'urbanisme, la précarité de son occupation des locaux du 121 avenue Victor Hugo ne peut lui être opposée, elle ne fait état d'aucune atteinte susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance des biens qu'elle occupe. Dans ces conditions, elle est dépourvue d'intérêt pour agir à l'encontre de l'arrêté du 20 décembre 2021 par lequel la commune d'Aubervilliers a prorogé pour une durée d'un an la validité du permis de construire n° PC 93001 18 A0034 délivré le 19 juin 2019 à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers. Il y a lieu, par suite, d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense par la commune, et la requête ne peut, dès lors, qu'être rejetée comme irrecevable.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante une somme de 1 000 euros à verser à la commune d'Aubervilliers et de 1 000 euros à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la Société HBE Distribution est rejetée.

Article 2 : La Société HBE Distribution versera les sommes de 1 000 euros à la commune d'Aubervilliers et de 1 000 euros à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société HBE Distribution, à la SAS Aimé Césaire Aubervilliers et à la commune d'Aubervilliers.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- Mme Renault, première conseillère,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Th. Renault

La présidente,

A-L. Delamarre

La greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2210016

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