lundi 3 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2210255 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DOS SANTOS |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance du 23 juin 2022, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a renvoyé le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Montreuil.
Par cette requête, enregistrée le 21 juin 2022, M. B A, représenté par Me Dos Santos, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2022 par lequel le préfet du Val d'Oise a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dès la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Dos Santos au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où M. A ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle, à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la procédure ne lui a pas été communiquée, en violation des droits de la défense et de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure : il n'a pu présenter des observations préalablement à son édiction ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
-elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le préfet conclut au rejet de la requête.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. Marias pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias ;
- les observations de Me Dos Santos pour le requérant.
Le préfet n'étant ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 juin 2022, le préfet du Val d'Oise a prononcé à l'encontre du requérant, ressortissant turc, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé une l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an.
I. Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
II. -Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux litiges portant sur les obligations de quitter le territoire français sans délai en vertu de l'article L. 614-6 du même code : " () L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise () ". L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication des pièces sur lesquelles l'administration s'est fondée pour prendre les décisions attaquées et le moyen tiré d'une violation des droits de la défense et des dispositions précitées doit être écarté.
4. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes mêmes de son audition par les services de police le 20 juin 2022 qu'il a été informé de la mesure d'éloignement que le préfet était susceptible de prononcer à son encontre, qu'il a été mis à même de formuler des observations, et qu'il a même déclaré : " J'accepterai ". M. A a pu en outre faire valoir, au cours de son audition, tous les éléments relatifs à sa situation en France, de sorte que le principe du contradictoire n'a pas été méconnu.
5. Les décisions en litige sont assorties des motifs de droit et de fait sur lesquels elles sont fondées et sont, par suite, régulièrement motivées.
6. Il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas examiné la situation personnelle de M. A. Si celui-ci produit un certificat d'un praticien hospitalier du centre psychiatrique du Bois de Bondy aux termes duquel son état " nécessite des soins intensifs et vraisemblablement une hospitalisation psychiatrique en urgence ", ce certificat, en date du 28 juin 2022, est postérieur à la décision attaquée. Les attestations de proches, qui mentionnent que M. A prend des médicaments, ne sont pas, dans les termes dans lesquels elles sont rédigées, de nature à faire accroire que l'éloignement de M. A du territoire français aurait sur son état de santé, compte tenu de son état de vulnérabilité - d'ailleurs non évoqué lors de son audition alors qu'il était questionné à ce sujet -des conséquences d'une exceptionnelle gravité. M. A ne peut enfin sérieusement soutenir que tous les membres de sa famille résident en France, alors qu'il a déclaré lors de son audition que deux de ses frères étaient titulaires d'un titre de séjour en Autriche et que trois autres membres de sa fratrie (deux sœurs et un frère) vivaient en Turquie
7. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
8. Les allégations de M. A, qui soutient être entré sur le territoire français en octobre 2012 et s'y être maintenu sans interruption, qui s'exprime cependant à peine en français et a recours à un interprète, sont contredites par les termes de son audition, desquels il ressort qu'il est entré, en dernier lieu, clandestinement sur le territoire français en camion en décembre 2021, après y avoir séjourné en 2013, avant de quitter la France en 2015 à destination de l'Allemagne, ses tentatives pour obtenir l'asile politique en Autriche (en 2004 puis en 2010) et en Allemagne (en 2010) ayant échoué. En outre, M. A est célibataire, sans charge de famille et, comme il a été dit au point 6, il conserve de nombreuses attaches familiales hors de France. Par suite, et nonobstant la présence sur le sol français d'un de ses frères qui a obtenu l'asile politique, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées.
9. M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas rejeté une demande de titre de séjour qu'il aurait présentée sur ce fondement mais qu'il a seulement pris à son encontre une mesure d'éloignement.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ()".
11. Il résulte de ce qui a été dit aux point 6 et 8 que l'état de santé de M. A ne constitue pas, à la date de la décision contestée, une circonstance particulière de nature à faire regarder le risque de soustraction à la mesure d'éloignement comme non établi. Par suite la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
12. L'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.
13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, et alors en outre que M. A n'établit l'existence d'aucune circonstance humanitaire justifiant, à la date de l'arrêté entrepris, le non prononcé d'une interdiction de retour, cette décision, d'une durée d'un an, n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'apparaît pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation, ni en son principe, ni par sa durée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
D E C I D E:
Article 1 : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Dos Santos et au préfet du Val d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.
Le magistrat désigné par le président du tribunal,
Signé
SignS
S
H. Marias La greffière,
S
Signé
Signé
ign
A. Macaronus
La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026