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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210258

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210258

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantLEMICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 juin et 14 septembre 2022, Mme D A G, représentée par Me Lemichel, demande au Tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2022 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que Me Lemichel renonce à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 521-7 et L. 541-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendue, principe général du droit de l'Union européenne du droit de la défense ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui a produit des pièces le 18 octobre 2022.

La clôture de l'instruction a été fixée au 10 novembre 2022.

Mme A G a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A G, ressortissante sri-lankaise née en 1990, a sollicité le bénéfice de l'asile auprès de l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 25 novembre 2019, qui lui a été refusé par une décision de cet office du 9 décembre 2020, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 30 décembre 2021. Par un arrêté du 13 mai 2022, dont la requérante demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, M. B E, directeur des migrations, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet des Yvelines a fait obligation à Mme A G de quitter le territoire français vise en particulier le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et précise que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 9 décembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 décembre 2021, notifiée le 10 janvier 2022. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation de la mesure d'éloignement doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, si Mme A G soutient que le préfet n'a pas pris en compte sa situation de concubinage avec un compatriote sri-lankais, elle n'établit, ni même n'allègue, avoir portée cette circonstance à la connaissance du préfet. En tout état de cause, la requérante ne produit aucune pièce de nature à établir ce concubinage. Au contraire, les pièces produites font apparaître que les intéressés résident à deux adresses différentes. Par suite, le préfet n'a pas entaché sa décision d'un défaut d'examen en indiquant que Mme A G est célibataire. Le préfet, qui n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de la requérante, n'a pas davantage commis de défaut d'examen en ne mentionnant pas la présence régulière en France de deux sœurs de Mme A G, l'intéressée ne se prévalant d'ailleurs d'aucune circonstance particulière qui nécessiterait sa présence en France aux côtés de ces dernières. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". L'article R. 532-57 du même code précise que : " La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. ".

6. Il ressort des pièces produites par le préfet des Yvelines et, notamment, de la fiche " Telemofpra ", que la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d'asile présentée par Mme A G a été lue en audience publique le 30 décembre 2021 et lui a été notifiée le 10 janvier 2022, antérieurement à la date d'édiction de l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le droit de Mme A G de se maintenir sur le territoire français avait pris fin à la date de l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées doit être écarté.

7. En cinquième lieu, lorsqu'il présente une demande d'asile, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de rejet de sa demande d'asile, il pourra faire l'objet d'un refus de titre de séjour et, lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé, d'une mesure d'éloignement du territoire français. Il lui appartient, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles et notamment celles de nature à permettre à l'administration d'apprécier son droit au séjour au regard d'autres fondements que celui de l'asile. Il lui est loisible, tant au cours de l'instruction de sa demande, qu'après que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile ont statué sur sa demande d'asile, de faire valoir auprès de l'administration toute information complémentaire utile.

8. En l'espèce il ressort des pièces produites par le préfet des Yvelines et, notamment, de la fiche " Telemofpra ", que Mme A G, dans le cadre de l'instruction de sa demande d'asile, a été reçue en entretien et ainsi mise à même de faire valoir tous éléments d'information utiles. Mme A G n'établit ni même ne soutient qu'elle aurait sollicité, en vain, un entretien avec les services préfectoraux ni qu'elle ait été empêché de présenter des observations avant que ne soit prise la décision contestée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision faisant obligation à Mme A G de quitter le territoire français aurait été édictée en méconnaissance de son droit d'être entendu et du principe du contradictoire, doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Si Mme A G fait valoir qu'elle est enceinte et soutient vivre en concubinage avec un compatriote sri-lankais, elle ne produit aucune pièce de nature à établir ce concubinage. Au contraire, il ressort des pièces produites à l'instance, notamment du bulletin de salaire émis au mois de juin 2022 au bénéfice de son concubin allégué, d'une part, et de l'attestation d'hébergement établie ce même mois au bénéfice de la requérante, d'autre part, que les intéressés résident à des adresses différentes. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le compagnon allégué de la requérante se trouve en situation irrégulière sur le territoire français. Si Mme A G fait valoir que, par un jugement du 29 juin 2022, le tribunal de céans a annulé l'arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire dont faisait l'objet l'intéressé, il résulte des termes de ce jugement que l'arrêté en cause a été annulé pour vice de procédure et qu'il n'a été enjoint au préfet que de réexaminer la situation de l'intéressé, de sorte que la requérante ne saurait utilement se prévaloir de la régularité du séjour en France de son compagnon à la date de la décision litigieuse. En outre, Mme A G n'invoque aucune circonstance faisant obstacle à la poursuite de sa vie privée et familiale dans son pays d'origine avec son compagnon, également de nationalité sri-lankaise, et leur enfant à naître. Si la requérante fait également valoir la présence régulière en France de deux sœurs, cette circonstance ne suffit pas à caractériser l'intensité de ses attaches familiales en France, alors qu'elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de vingt-neuf ans. Enfin, la requérante, qui réside en France depuis moins de trois ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière en France. Par suite, la décision litigieuse n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il doit en être de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, Mme A G n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à s'en prévaloir, par la voie de l'exception, à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. En deuxième lieu, la décision fixant le pays de destination vise notamment les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et mentionne que l'intéressé, dont la demande d'asile a été rejetée, n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

13. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision litigieuse ni des pièces du dossier que le préfet aurait entaché la décision fixant le pays de destination d'un défaut d'examen de la situation personnelle de la requérante.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de cette convention : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Mme A G, dont la demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides confirmée par la Cour nationale du droit d'asile, n'établit nullement, par les pièces versées aux débats, qu'il existerait un risque qu'elle soit soumise à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent doit être annulé.

15. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 13 mai 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A G, à Me Lemichel et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

S. F

Le président,

C. Tukov La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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