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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210430

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210430

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210430
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantNEVEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 6 août 2021 refusant un titre de séjour à M. C, ressortissant guinéen, et les décisions subséquentes (obligation de quitter le territoire, interdiction de retour). Le tribunal a jugé que le préfet ne pouvait pas fonder son refus sur l'absence de documents d'état civil, dès lors que M. C produisait des pièces probantes (extrait d'état civil, jugement supplétif, carte consulaire) dont la valeur n'était pas contestée par l'administration. Cette solution s'appuie sur l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 juin 2022, M. B C, représenté par Me Neven, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 août 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination, lui a interdit le retour sur le territoire français pour un délai de deux ans, l'a signalé aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans les quinze jours suivants la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation administrative, dans les quinze jours suivants la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision de refus de séjour :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut d'examen préalable sérieux et complet de sa situation ;

- est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance des conditions de consultation du fichier relatif aux antécédents judiciaires ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dans l'application de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des motifs exceptionnels qu'il présente et des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant le délai de départ volontaire à trente jours :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- méconnait les dispositions de la directive 2008/115/CE et de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en l'absence de base légale ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'un vice de procédure en raison de la méconnaissance de son droit à être entendu ;

La décision portant signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen :

- méconnait les dispositions des articles L. 511-1 et R. 511-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Delamarre a été entendu, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant guinéen né le 10 janvier 1985, est entré en France, selon ses déclarations, le 9 juillet 2011. Il a sollicité, le 9 janvier 2020, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 6 août 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux années.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. D'une part, si le seul motif tiré de l'absence de document d'état civil démontrant l'état civil de M. C suffisait pour rejeter toute demande de titre de séjour de l'intéressé en application de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant fait valoir qu'il justifie des documents permettant de connaître son identité. Il produit un extrait des registres d'état civil, un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance et une carte consulaire, documents dont la valeur probante n'est pas remise en cause par le préfet qui n'a pas produit de mémoire en défense. Par suite, le préfet ne pouvait refuser toute demande de titre de séjour au motif que M. C ne justifiait pas de son identité.

3. D'autre part, Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

3. En l'espèce, M. C se prévaut de son entrée sur le territoire national le 9 juillet 2011 et de sa résidence depuis lors. Pour justifier sa résidence continue, il produit de nombreuses pièces depuis 2011, dont notamment des relevés d'opérations bancaires, des documents médicaux, des documents fiscaux, des cartes de bénéficiaire de l'aide médicale de l'Etat. Eu égard à leur nombre et à leur valeur probante, ces pièces sont de nature à établir la résidence habituelle du requérant en France depuis au moins dix ans à la date de l'arrêté attaqué, et ce contrairement à ce que fait valoir le préfet. Dans ces conditions, le requérant justifiant de la durée de résidence en France requise en application des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il incombait au préfet de consulter la commission du titre de séjour avant de se prononcer sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette commission aurait été saisie. Dès lors, le refus de titre de séjour en litige est entaché d'un vice de procédure qui a privé le requérant d'une garantie et entraine l'illégalité de cette décision.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 6 août 2021 doit être annulé en toutes ses décisions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'exécution du présent jugement implique seulement que la demande de M. C soit réexaminée et que la commission du titre de séjour soit saisie. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

6. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme demandée par M. C en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il s'est vu accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 6 août 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. C dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de saisir la commission du titre de séjour et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Neven et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 juillet 2024 à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La présidente-rapporteure,

Mme Delamarre L'assesseur le plus ancien,

M. Israël La greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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