mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2210463 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | GACON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 28 juin, 4 juillet et 8 septembre 2022, M. A E C, représenté par Me Gacon, demande au Tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 4 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection temporaire ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " et l'autorisant à travailler, dans un délai de trente jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de son dossier, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance par le préfet du 3 de l'article 2 de la décision d'exécution n° (UE) 2022/382 du conseil de l'Union européenne en date du 4 mars 2022 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les États membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil ;
- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 constatant l'existence d'un afflux massif de personnes déplacées en provenance d'Ukraine, au sens de l'article 5 de la directive 2001/55/CE, et ayant pour effet d'introduire une protection temporaire ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique du 7 mars 2023.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant congolais, résidait en Ukraine dans le cadre de ses études sous couvert d'un titre de séjour valable du 24 novembre 2021 au 15 octobre 2022 lorsqu'a éclaté le conflit armé entre l'Ukraine et la Russie. Le requérant a alors fui l'Ukraine, en passant par la Pologne, et est entré en France le 1er mars 2022. Le 6 avril 2022, il a sollicité le bénéfice de la protection temporaire. Par une décision du 4 mai 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".
3. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait déposé auprès du bureau d'aide juridictionnelle une demande d'aide juridictionnelle, les écritures de l'intéressé, qui demande à la fois l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle et de mettre à la charge de l'Etat une somme à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent s'analyser comme traduisant une demande d'aide juridictionnelle formulée dans la requête. Il y a lieu de transmettre cette demande au bureau d'aide juridictionnelle, afin qu'il y soit statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en outre lieu de prononcer, en application des dispositions législatives précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle, sans préjudice de la décision qui sera prise ultérieurement par le bureau d'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire. / () ". Aux termes des dispositions de l'article 2 de la décision d'exécution n° (UE) 2022/382 du conseil de l'Union européenne en date du 4 mars 2022 susvisée : " Personnes auxquelles s'applique la protection temporaire / 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date: / () / 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. / 3. Conformément à l'article 7 de la directive 2001/55/CE, les États membres peuvent également appliquer la présente décision à d'autres personnes, y compris aux apatrides et aux ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui étaient en séjour régulier en Ukraine et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou région d'origine dans des conditions sûres et durables. () ". Le point 13 du préambule de la décision d'exécution n° (UE) 2022/382 du conseil de l'Union européenne en date du 4 mars 2022, permettant notamment d'éclairer l'application des dispositions du 3 de l'article 2 de cette décision, indique que : " Conformément à la directive 2001/55/CE, les États membres peuvent faire bénéficier de la protection temporaire tous les autres apatrides ou ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine résidant légalement en Ukraine qui ne sont pas en mesure de retourner dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. Il pourrait notamment s'agir des ressortissants de pays tiers qui étudiaient ou travaillaient en Ukraine pour une courte période au moment des événements ayant conduit à l'afflux massif de personnes déplacées. Ces personnes devraient, en tout état de cause, être admises dans l'Union pour des raisons humanitaires sans exiger, en particulier, la possession d'un visa en cours de validité ou de moyens de subsistance suffisants ou de documents de voyage en cours de validité, afin d'assurer un passage en toute sécurité en vue de leur retour dans leur pays ou région d'origine ".
5. Il résulte des dispositions des paragraphes 2 et 3 de l'article 2 de la décision d'exécution du Conseil du 4 mars 2022, revêtues de l'effet direct et auxquelles se réfère l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que, sous réserve d'autres conditions à remplir, les autorités des Etats membres doivent accorder le bénéfice de la protection temporaire aux ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine pouvant établir qu'ils étaient en séjour régulier sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité conformément au droit ukrainien mais qu'elles peuvent également l'accorder à d'autres personnes, y compris aux apatrides et aux ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui étaient en séjour régulier en Ukraine. Le préfet, conformément à la décision d'exécution du Conseil, a ainsi la possibilité d'examiner la possibilité d'accorder cette protection à des étrangers en séjour régulier titulaires d'un titre de séjour temporaire en Ukraine. En l'espèce, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est borné à relever que, faute de justification d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré par les autorités ukrainiennes, M. C ne relevait pas du champ d'application de la protection temporaire défini par le paragraphe 2 de l'article 2 de la décision du Conseil du 4 mars 2022. Or, à la date de l'invasion militaire de l'Ukraine par les forces armées russes, M. C séjournait régulièrement en Ukraine sous couvert d'un titre de séjour temporaire en sa qualité d'étudiant. En refusant d'examiner la possibilité d'accorder le bénéfice de la protection temporaire à M. C au seul motif qu'il ne disposait pas d'un titre de séjour permanent, sans examiner la possibilité de lui accorder cette protection en application du paragraphe3 de l'article 2 de la décision du Conseil du 4 mars 2022, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit.
6. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 4 mai 2022 lui refusant le bénéfice de la protection temporaire.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. "
7. Eu égard au motif d'annulation retenu dans le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Meuse, département dans lequel réside désormais le requérant, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de M. C sur le fondement du paragraphe 3 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin de prononcer d'astreinte.
Sur les frais de l'instance :
8. Il y a lieu, y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais que M. C devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Gacon, avocate, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à M. C et sous réserve alors que Me Gacon renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. C, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du 4 mai 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Meuse ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande de M. C sur le fondement du paragraphe 3 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : L'Etat versera à Me Gacon, avocat de M. C, une somme de 1 000 euros dans les conditions mentionnées au point 8. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.
Article 5 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A E C, à Me Gacon, au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la Meuse.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Nguër, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La rapporteure,
S. D
Le président,
C. Tukov La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et au préfet de la Meuse, chacun en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026