mardi 18 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2210477 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 11ème chambre |
| Avocat requérant | FOURNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 juin 2022, complétée par des pièces enregistrées le 1er, 14 et 18 décembre 2022, M. B E, représenté par Me Fournier, demande au Tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est entaché d'un défaut de motivation, d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit, dans la mesure où le préfet s'est cru lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- il est entachée d'irrégularités dans la procédure de recueil de l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.
La clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 janvier 2023.
Le mémoire complémentaire produit le jour de la clôture d'instruction n'a pas été communiqué.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales signée le 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique du 4 avril 2023.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant géorgien né le 19 juillet 2002 est entré en France le 11 mai 2019. Il a sollicité, le 11 décembre 2020, la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande l'annulation de l'arrêté du 25 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, en fixant le pays de destination.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives le 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme D C, cheffe du pôle refus de séjour et interventions, signataire des décisions litigieuses, délégation à l'effet de signer de telles décisions en cas d'absence ou d'empêchement de personnes dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées à la date à laquelle les décisions attaquées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté serait entaché d'incompétence doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles M. E a présenté sa demande et expose les raisons pour lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré qu'il n'entrait pas dans leurs prévisions, comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision de refus de titre de séjour. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour. Enfin, l'arrêté, qui vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne, d'une part, la nationalité géorgienne du requérant et, d'autre part, la circonstance que ce dernier n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où il est effectivement admissible, comporte une motivation suffisante de la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées seraient insuffisamment motivées doit être écarté.
4. En troisième lieu, si l'avis médical du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne lie pas l'autorité compétente pour statuer sur le titre de séjour, celle-ci peut légalement se fonder sur cet avis pour apprécier le droit au séjour du demandeur. En l'espèce, il ne ressort ni de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait estimé lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour rejeter la demande de M. E. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. E. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de droit et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, le requérant, qui se borne à évoquer l' éventualité d'une irrégularité de procédure en soutenant que " le préfet ne justifie pas avoir réellement et régulièrement saisi le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration " et qu'il " ne produit aucun élément permettant de s'assurer de la régularité du prétendu avis " notamment du respect des règles relatives à la composition du collège, sans toutefois produire l'avis contesté qui est indiqué comme étant joint à l'arrêté litigieux ou, en l'absence de cet avis dans le pli reçu, qu'il appartenait au requérant de solliciter, M. E ne met pas en mesure le tribunal d'apprécier le bien-fondé du moyen ainsi soulevé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). /
La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté la demande de titre de séjour de M. E en se fondant notamment sur l'avis du 3 mars 2021 du collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration, au motif que si l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourra bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, dont le taux d'incapacité a été estimé supérieur ou égal à 80 % par la Maison départementale des personnes handicapés, souffre d'un syndrôme tétrapyramidal avec déficit des membres inférieurs et de la motricité fine des membres supérieurs, séquelles d'une hémorragie intraventriculaire à la naissance, impliquant notamment qu'il se déplace en fauteuil roulant. Il en ressort également que l'intéressé bénéficie, depuis son entrée en France en 2019, d'une prise en charge pluridisciplinaire auprès d'un kinésithérapeute, d'un ergothérapeute, d'un neuropsychologue et d'un médecin du sport. Si le requérant soutient qu'il ne pourra pas bénéficier d'un suivi adapté à son état de santé dans son pays d'origine, aucune des pièces produites, constituées notamment de certificats et de comptes rendus et bilans médicaux et para-médicaux, ne mentionne toutefois l'absence de structures ou de soins adaptés à son état de santé en Géorgie. Le requérant, qui n'apporte ainsi aucune pièce de nature à infirmer l'avis de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur ce point, n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée, dans la mesure où elle mentionne l'existence d'un traitement adapté en Géorgie, serait entachée d'une erreur de fait.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France en 2019 à l'âge de seize ans en compagnie de ses parents et de sa petite sœur alors âgée d'un an. La famille est hébergée dans un logement social et M. E est scolarisé au lycée en classe de seconde UPE2A au titre de l'année 2021-2022, où il bénéficie d'un emploi du temps adapté à son état de santé et de l'aide d'un accompagnant des élèves en situation de handicap. Il dispose également d'un suivi médical pluridisciplinaire en raison de son état de santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les parents de l'intéressé résident en France irrégulièrement et n'y sont pas particulièrement intégrés. Il ressort également des pièces du dossier, en particulier de ses notes et des appréciations de ses professeurs, que l'intéressé rencontre des difficultés sur le plan scolaire, qu'il rencontre des difficultés de compréhension, compte tenu notamment de sa mauvaise maîtrise de la langue française. Enfin, il résulte de ce qui a été dit au point 7, que le requérant pourra bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé en Géorgie. Ainsi, rien de s'oppose à ce que M. E reconstitue le centre de ses intérêts privés et familiaux en Géorgie, aux côtés de ses parents et de sa petite sœur, pays où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans et où il était scolarisé avant son entrée en France. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de
l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts en
vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
11. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les dispositions précitées doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 juin 2022. Ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E, à Me Fournier et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Tukov, président,
Mme Van Maele, première conseillère,
M. Doyelle, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.
La rapporteure,
S. Van Maele
Le président,
C. Tukov La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026