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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210523

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210523

mardi 26 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210523
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantTAELMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces, enregistrés les 29 juin, 1er juillet, 2 août et

17 août 2022, M. D A, représenté par Me Taelman, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour ;

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité des décisions de refus d'admission au séjour et d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 septembre 2022.

M. D A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les observations de Me Le Pors, substituant Me Taelman et représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1985, est entré en France le 6 octobre 2012. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour le 15 octobre 2021. Par un arrêté du 7 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux années. Par la présente requête, M. D A sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité de l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme C B, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. En second lieu, les décisions litigieuses, qui visent les textes appliqués, exposent avec une précision suffisante les éléments relatifs à la situation de M. A et notamment les motifs ayant conduit le préfet à les édicter. Par suites, ces décisions, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui les fondent, sont suffisamment motivées.

Sur la légalité de la décision de refus d'admission au séjour :

4. En premier lieu, si M. A soutient que la décision refusant son admission au séjour est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, il ne ressort ni de celle-ci ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait abstenu de procéder à un examen de sa situation. Le moyen doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que ces dispositions ne constituent pas le fondement de sa demande d'admission au séjour et que le préfet n'a pas examiné d'office son droit au séjour sur leur fondement. Le moyen est donc inopérant.

6. En troisième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A réside sur le territoire français depuis le 6 octobre 2012 et justifie donc d'une présence en France depuis près de dix années à la date de la décision attaquée. Il justifie, par ailleurs, avoir exercé une activité professionnelle régulière du mois de juillet au mois de septembre 2013 en qualité de plongeur et de commis de cuisine pour le compte de l'EURL Delagrange, du mois de juin 2013 au mois d'octobre 2015 en qualité de veilleur de nuit pour le CCAS de la ville de Dijon et du mois de juillet 2015 au mois de janvier 2019 en qualité d'agent polyvalent pour le compte de la Maison des parents E. Toutefois, le volume horaire de ces emplois est, depuis l'année 2015, relativement restreint et M. A ne justifie pas avoir poursuivi une quelconque activité professionnelle à compter de février 2019, soit depuis plus de trois années à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, si l'intéressé, célibataire et sans enfant, établit que ses parents, qui résidaient en Mauritanie, sont décédés, il ne démontre pas détenir des attaches sur le sol français, à l'exception d'un demi-frère titulaire d'une carte de séjour temporaire en cours de validité. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Seine-Saint-Denis a estimé que M. A ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus d'admission au séjour.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de renvoi :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi serait privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement doit être écarté comme infondé.

11. En second lieu, le moyen tiré d'un défaut d'examen de la situation personnelle de M. A, faute d'être étayé, est trop imprécis pour en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est privée de base légale du fait de l'illégalité des décisions de refus d'admission au séjour et d'obligation de quitter le territoire français.

13. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait abstenu d'examiner la situation personnelle du requérant. Le moyen tiré d'un défaut d'examen de sa situation doit donc être écarté.

14. En troisième lieu, l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

15. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A réside sur le territoire français depuis près de dix années à la date de la décision attaquée et que son demi-frère y réside également de manière régulière. M. A, qui est au demeurant célibataire et sans enfant, n'établit toutefois pas entretenir de liens avec celui-ci. Par ailleurs, il ressort de la décision attaquée que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 30 juin 2017. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu interdire M. A de retour sur le territoire français pour une durée de deux années sans méconnaître les dispositions précitées. Le moyen doit donc être écarté.

16. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, l'interdiction de retour sur le territoire français ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale de M. A eu égard aux buts poursuivis.

17. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2022. Sa requête doit donc être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées en matière de frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Taelman et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2024.

La première conseillère,Signé A. GhaziLe président,SignéJ-C. TruilhéLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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