vendredi 22 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2210649 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 11ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | LAMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 30 juin et 18 juillet 2022, M. A B D, représenté par Me Lambert, demande au Tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé son transfert aux autorités slovènes ;
3°) dire que la France est l'Etat responsable de sa demande d'asile ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet ne démontre pas avoir rempli l'obligation d'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;
- aucune preuve n'est apportée quant à la saisine des autorités slovènes et à leur accord sur la reprise en charge de sa demande d'asile ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
Le préfet a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 18 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée à Rome le 4 novembre 1950,
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du Tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juillet 2022 :
- le rapport de Mme E ;
- les observations de Me Lambert, représentant M. D, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures. Il demande en outre à ce que les conclusions à fin d'injonction soient reformulées de la façon suivante : " il est demandé au tribunal d'enjoindre au préfet d'enregistrer la demande d'asile de M. D en procédure normale " ;
- les observations du requérant, assisté de Mme C, interprète en langue turque.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. M. D, ressortissant turc, a déposé une demande d'asile auprès de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le 6 mai 2022. Ayant constaté, à l'occasion du traitement de sa demande, que ses empreintes digitales avaient été relevées en Slovénie, les autorités françaises ont adressé aux autorités slovènes, en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, une demande de reprise en charge, qui a été acceptée le 20 mai 2022. Le 16 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a notifié à M. D un arrêté décidant son transfert aux autorités Slovène. M. D demande l'annulation de cet arrêté.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions du compte-rendu de l'entretien individuel signé par le requérant et de la production par le préfet de la première page de la brochure d'information A " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' ", et de la brochure d'information B " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", toutes deux signées par le requérant, que les informations mentionnées par les dispositions précitées ont été remises à M. D le 6 mai 2022, en langue turque, que le requérant a déclaré comprendre. Le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 n'ont pas été respectées doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée
à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / () ". Et aux termes de l'article 25 de ce règlement : " 1. L'État membre requis procède aux vérifications nécessaires et statue sur la requête aux fins de reprise en charge de la personne concernée aussi rapidement que possible et en tout état de cause dans un délai n'excédant pas un mois à compter de la date de réception de la requête. Lorsque la requête est fondée sur des données obtenues par le système Eurodac, ce délai est réduit à deux semaines. / 2. L'absence de réponse à l'expiration du délai d'un mois ou du délai de deux semaines mentionnés au paragraphe 1 équivaut à l'acceptation de la requête, et entraîne l'obligation de reprendre en charge la personne concernée, y compris l'obligation d'assurer une bonne organisation de son arrivée. ".
6. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la production par le préfet de la demande de reprise en charge de M. D et de l'accusé de réception de celle-ci émis dans le cadre du réseau Dublinet par le point d'accès national de la Slovénie le 12 mai 2022, que le préfet a saisi les autorités Slovènes conformément aux dispositions de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il en ressort également que les autorités slovènes ont expressément accepté la reprise en charge de M. D le 20 mai 2022. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de désignation de la Slovénie comme Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. D ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. Si M. D se prévaut de la présence en France de sa compagne, ressortissante française qu'il déclare avoir rencontré en Turquie en août 2021 et avec laquelle il soutient vivre depuis son entrée sur le territoire français, les pièces produites à l'appui de ses allégations, à savoir cinq photos et une attestation de la mère de sa compagne indiquant l'héberger, ne suffisent pas à établir la réalité et la stabilité de cette relation. Si le requérant fait en outre valoir que le couple a pour projet de se marier, les pièces qu'il produit pour établir la réalité de ce projet, à savoir un certificat de coutume délivré par le consulat de Turquie et une fiche de renseignement intitulée " futurs mariés ", sont toutes deux datées postérieurement à la date de l'arrêté attaqué et ne peuvent donc être utilement invoquées à l'appui de la contestation de ce dernier. Par ailleurs, si le requérant se prévaut également de la présence régulière en France d'une tante, d'un oncle, d'un cousin et d'une cousine, il n'établit pas entretenir avec ces derniers une relation d'une particulière intensité. Dans ces conditions, l'intéressé, qui n'est présent sur le territoire français que depuis quatre mois à la date de la décision contestée, n'est pas fondé à soutenir que cette décision est intervenue en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013: " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ". La faculté laissée aux autorités françaises, par les dispositions de cet article, de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le règlement précité, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. En se bornant à invoquer à l'appui du moyen tiré de la violation des dispositions citées au point précédent les éléments examinés au point 8 liés à sa situation personnelle, M. D n'établit pas que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en ne faisant pas usage de la faculté d'instruire sa demande d'asile en France en application des dispositions précitées du 1 de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Le droit de se marier et le droit de fonder une famille sont garantis selon les lois nationales qui en régissent l'exercice ".
12. L'arrêt attaqué ni pour objet ni pour effet d'interdire à M. D de se marier et de fonder une famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté de transfert du 16 juin 2022 pris par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles demandant de mettre à la charge de l'État les frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : M. D est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B M. D, à Me Lambert et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.
La magistrate désignée,
Signé
S. ELe greffier,
Signé
P. Goncalves
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026