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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210773

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210773

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210773
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juillet 2022, M. E D, représenté par Me Garcia, demande au président du tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 4 juillet 2022 par lesquelles le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an.

Il soutient que :

- les décisions du préfet des Hauts-de-Seine sont entachées d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux et particulier, d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle, d'une erreur de droit, d'une violation des articles L. 611-3 2° et L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que d'une violation de l'article 3 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 9 septembre 2022 à 10h.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 juillet 2022, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. D, ressortissant de nationalité polonaise, à quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de 1 an. Par cette requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique: " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelle : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé ou en cas d'exécution forcée emportant saisie de biens ou expulsion. Elle est accordée de plein droit au demandeur et au défendeur lorsque la procédure concerne la délivrance d'une ordonnance de protection. /L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". L'article 80 dudit décret dispose que " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions en annulation :

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

4. Par un arrêté n° 2022-057 du 1er juin 2022, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs du préfet des Hauts-de-Seine, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à M. A C, auteur des décisions contestées, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le délai de départ en cas d'absence ou d'empêchement du chef du bureau de l'éloignement, dont il n'est ni allégué ni établi qu'il n'était pas absent ou empêché à la date à laquelle l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

5. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation, laquelle ne révèle pas un défaut d'examen sérieux de la situation du requérant.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre [citoyens de l'Union européenne], à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Il ressort des pièces du dossier que M. D a été interpellé, puis placé en garde à vue, le 4 juillet 2022, pour des faits de violences volontaires par conjoint en état d'ivresse et que, selon le procès-verbal d'audition dressé le 4 juillet 2022 à 13h35, l'intéressé reconnaît les faits ainsi que leur réitération. Par suite, M. D n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire national est privée de base légale.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () "

8. L'étranger ne peut faire l'objet d'une mesure prescrivant à son égard une obligation de quitter le territoire français s'il entre dans une des catégories figurant à l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour. Or, M. D ne démontre pas résider en France depuis qu'il est âgé de treize ans. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code précité doit, en tout état de cause, être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ;

10. Si M. D se prévaut d'une présence depuis 2001, il ne produit qu'une copie de sa carte professionnelle émise par la Chambre de métiers et de l'artisanat des Hauts-de-Seine qui indique un début d'activité le 9 juillet 2014. L'intéressé ne produit cependant pas d'autres pièces démontrant qu'il a vécu de manière continue en France depuis 2014. Si M. D est marié à une ressortissante polonaise, il a admis lors de son audition que cette dernière se trouvait en situation irrégulière ; en outre, il ne justifie d'aucune charge familiale en France où, selon ses déclarations non étayées de pièces justificatives, il serait arrivé en 2001, soit l'âge de 33 ans. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie personnelle.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur est faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".

11. M. D étant ressortissant de l'Union Européenne, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. A supposer que M. D doive être regardé comme se prévalant des dispositions citées au point précédent, l'intéressé n'assortit ce moyen d'aucune précision, tandis que le préfet des Hauts-de-Seine relève dans son mémoire en défense que, eu égard à la nature des faits commis, à leur répétition et au risque de récidive, la condition tenant à l'urgence, prévue à l'article L. 251-3, est remplie. Dans ces conditions, et compte tenu notamment du risque de récidive, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trois ans () ".

13. Ainsi qu'il a été précédemment dit, l'obligation de quitter le territoire français a été édictée à l'encontre de M. D sur le fondement du 2° de l'article L. 251-1. Par suite, le préfet était légalement fondé à assortir cette mesure d'éloignement d'une interdiction de circuler sur le territoire national. Si le requérant le conteste, il n'apporte aucune précision au soutien de son moyen tandis que cette mesure d'interdiction de circuler, qui peut être prononcée pour une durée maximale de trois ans, ne l'a été en l'espèce que pour une durée d'un an.

14. Par suite, eu égard aux éléments de la vie privée et familiale précédemment exposés et à la durée de cette interdiction, le préfet n'a ni méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché l'interdiction de circuler ²²sur le territoire français d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur la situation personnelle de M. D.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions attaquées.

D E C I D E

Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3: Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

B. B La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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