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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2210894

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2210894

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2210894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantMIRTCHEV

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 juillet 2022 et régularisée les 18 et 22 janvier 2024, ainsi qu'un mémoire complémentaire enregistré le 1er février 2024, M. A C, représenté par Me Mirtchev, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux années ;

2°) d'enjoindre audit préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la légalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de deux ans :

- elles sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- elle est entachée d'erreurs de fait dans la mesure où elle ne mentionne pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle et familiale ; à cet égard, la décision litigieuse ne mentionne pas qu'il travaille, que sa sœur est en situation régulière sur le territoire français et qu'il a trois enfants et une épouse résidant en France ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur sa situation personnelle ;

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Un mémoire en production de pièces a été enregistré pour le compte de M. C le

8 février 2024. Il n'a pas été communiqué.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- et les observations de Me Al Kahel, substituant Me Mirtchev et représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant égyptien né le 3 septembre 1987, est entré en France le 9 août 2017. Le 24 novembre 2021, l'intéressé a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé. Par un arrêté du 10 mars 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer ledit titre, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. C sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur la légalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour pour une durée de deux ans :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-0291 du 7 février 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 9 février 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme E D, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté, en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. C, les présentes décisions comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

4. En troisième et dernier lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que lesdites décisions seraient entachées d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant. Le moyen doit donc être écarté comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, M. C soutient que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreurs de fait dans la mesure où elle ne mentionne pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle et familiale. Toutefois, cette circonstance, à la supposer avérée, ne constitue pas une erreur de fait. Le moyen doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. C souffre d'une hépatite B chronique et bénéficie, à ce titre d'un traitement, constitué du VIREAD, appellation commerciale du tenefovir. Afin de refuser la délivrance d'un titre de séjour en raison de son état de santé à M. C, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 20 janvier 2022 au terme duquel l'intéressé peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. M. C, dans ses écritures, admet l'existence d'un tel traitement en Egypte mais argue que celui-ci n'est disponible que dans la ville du Caire, dans laquelle il ne réside pas, et que le coût dudit traitement fait obstacle à un accès effectif à celui-ci. Toutefois, M. C ne produit aucun document tendant à démontrer la réalité de ses allégations et se borne à produire un certificat médical du docteur B, gastro-entérologue, du 13 septembre 2018 mentionnant que son état de santé nécessite une surveillance étroite " probablement possible qu'en France ". Dans ces conditions, le moyen doit nécessairement être écarté comme manquant en fait.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que M. C est entré en France le

9 août 2017 et y réside habituellement depuis cette date. Il peut donc se prévaloir d'une durée de résidence sur le sol français de quatre années et sept mois. Il est également établi que son épouse et ses trois enfants mineurs résident sur le territoire français, deux des trois enfants étant scolarisés respectivement en école élémentaire et en école maternelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a résidé dans son pays d'origine pendant trente ans, que son épouse est également en situation irrégulière et qu'il n'allègue aucun obstacle à ce que ses filles puissent poursuivre leurs scolarités respectives en Egypte. Enfin, si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle, il ne justifie avoir travaillé que très ponctuellement, de manière discontinue et essentiellement à temps partiel. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la présente décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale eu égard aux buts poursuivis.

10. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour.

12. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme manquant en fait pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement.

13. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 9 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. C doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que la présente décision est privée de base légale du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

15. En second lieu, l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " () l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. En l'espèce, il ressort de la décision attaquée que M. C a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 26 février 2018. Il résulte, par ailleurs, de ce qui a déjà été dit que l'intéressé réside depuis moins de cinq années sur le sol français et que son épouse, qui est également égyptienne, est en situation irrégulière. Dans ces conditions, même en l'absence de menace pour l'ordre public, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux années. Pour les mêmes motifs, la décision ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Mirtchev et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président,La première conseillère,SignéSigné J-C. TruilhéA. GhaziLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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