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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211062

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211062

jeudi 25 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantDORDILLY CLEMENCEAU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 juillet 2022, M. A C, représenté par

Me Clemenceau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une convocation pour qu'il puisse déposer une demande de titre de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- il est dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour malgré ses nombreuses tentatives de connexion au site de la préfecture depuis plus de huit mois ;

- il se trouve en situation de précarité et risque un éloignement ;

Sur la condition d'utilité :

- les dysfonctionnements de la procédure de prise de rendez-vous en ligne méconnaissent la sauvegarde de ses intérêts et portent atteinte à son droit fondamental à l'égal accès des citoyens au service public ;

- il remplit toutes les conditions pour l'obtention d'un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour du fait de l'établissement de sa résidence en France depuis des années ainsi que de l'intensité de ses liens avec cette dernière ;

- ses courriels et courriers adressés au préfet n'ont pas reçu de réponse ;

Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :

- il n'y a pas d'obstacle à ce qu'il soit ordonné au préfet de recevoir sa demande, aucune décision n'ayant été prise par l'administration ;

Sur l'absence de toute contestation sérieuse :

- il n'existe aucune contestation sérieuse à la mesure sollicitée, les préfectures étant tenues d'enregistrer les demandes de titre de séjour.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné,

Mme Véronique Hermann Jager, vice-présidente, pour statuer en qualité de juge des référés, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ". Si selon l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale () ", l'article L. 522-3 de ce code permet toutefois au juge des référés de la rejeter sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence.

2. Le juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 précité, peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures, autres que celles régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du code de justice administrative, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

3. Il appartient à l'autorité administrative de permettre à l'étranger de voir son cas examiné dans un délai raisonnable, l'enregistrement d'une demande ne préjugeant d'ailleurs pas des suites données à son instruction par les services compétents.

4. M. A C, né le 30 août 1997, ressortissant brésilien, est entré en France à l'âge de dix ans avec sa mère, selon ses déclarations et a poursuivi une scolarité en France. Il soutient qu'il ne parvient pas, malgré de nombreuses tentatives, depuis le mois de mai 2021, à s'inscrire en ligne pour obtenir un rendez-vous en vue de déposer une première demande de titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle. Toutefois, M. A C ne fait état au soutien de cette nouvelle demande de référé " mesure utile ", d'aucune circonstance particulière de nature à justifier l'existence de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir ce rendez-vous, ni ne démontre pas davantage l'urgence de sa situation qui procèderait des difficultés à obtenir un rendez-vous. De plus, les captures d'écran communiquées au tribunal, pour justifier de ses démarches de prise de rendez-vous restées vaines ne comportant toujours pas, de manière claire et indubitable, le nom de l'intéressé, ne permettant ainsi pas d'établir que les tentatives alléguées sont de son fait. Dès lors qu'il appartient, ainsi qu'indiqué ci-dessus, au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à sa situation ou aux intérêts qu'il entend défendre, les éléments justificatifs des tentatives de connexion, opérées par l'intéressé en personne revêtent un caractère essentiel pour établir qu'il remplit les conditions de mise en œuvre des dispositions de l'article

L. 521-3 du code de justice administrative, ce qui n'est pas démontré en l'espèce. Ainsi les captures d'écran produites, ne permettent pas de constater que l'intéressé s'est effectivement et en personne, connecté au site internet de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, et qu'il n'a pu obtenir de rendez-vous, malgré ses tentatives réitérées. Ces pièces doivent ainsi être écartées. En dépit de l'envoi de courriel et lettre recommandée à l'adresse du préfet restés sans réponse,

M. A C ne démontre pas qu'il lui a été impossible depuis une longue période de prendre un rendez-vous pour présenter une demande de titre de séjour. Il ne justifie, ainsi, pas de l'utilité de la mesure qu'il demande au juge des référés de prononcer. Il résulte de ce qui précède que les circonstances invoquées ne sont pas suffisantes pour établir une situation d'urgence de la nature de celle relevant de l'article L. 521-3 du code de justice administrative. Ainsi, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de donner un rendez-vous à M. A C afin de lui permettre de faire enregistrer sa demande de titre de séjour.

5. Compte tenu de ce qui précède, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. La requête doit, par suite, être rejetée.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B D A C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil, le 25 août 2022.

La juge des référés,

Signé

V. Hermann Jager

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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