mercredi 20 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2211151 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Ne pas utiliser (ex reconduite à la frontière) |
| Avocat requérant | TALL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022 à 20h36 et deux mémoires complémentaires enregistrés les 17 et 19 juillet 2022, M. C D, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Tall, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 11 juillet 2022 par lesquelles le préfet du Val-D'Oise l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à l'administration d'effacer son signalement du système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- L'ensemble des décisions attaquées :
o est entaché d'incompétence ;
o est entaché d'un défaut de motivation ;
o est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
o est entaché d'une erreur de droit ;
o est intervenu en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
o est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de titre de séjour :
o méconnaît les dispositions des articles L. 431-1 et L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace à l'ordre public qu'il représente ;
o porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire :
o est illégale par exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
o porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire :
o est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
o est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
o elle est disproportionnée ;
- la décision fixant le pays de destination :
o est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
o méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2022, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Van Maele première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'articles L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 juillet 2022 :
- le rapport de Mme F ;
- les observations de Me Tall, représentant M. D, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que les faits reprochés à M. D ne sont pas graves et que le préfet du Val d'Oise a commis une erreur d'appréciation en estimant que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public ; que l'obligation de quitter le territoire est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.
- les observations de M. D.
Le préfet n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant ivoirien né le 27 décembre 2003, est entré en France, sans visa, le 15 janvier 2020. Le 13 janvier 2022, il a demandé un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juillet 2022, le préfet du Val d'Oise a considéré que le requérant ne remplissait pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et, par les décisions dont M. D demande l'annulation, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de deux ans.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions litigieuses :
4. En premier lieu, par un arrêté du 13 mai 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val d'Oise du même jour, le préfet du Val d'Oise a donné délégation de signature à Mme B E, cheffe du bureau du contentieux des étrangers, pour signer les décisions attaquées en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté comme inopérant.
6. En troisième lieu, si le requérant soutient que les décisions litigieuses ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu, il ressort des pièces produites en défense que l'intéressé a été informé que le préfet envisageait de prendre à son encontre une mesure d'éloignement et de le reconduire à destination de la Côte d'Ivoire, pays dont il a la nationalité, et a été invité à présenter des observations écrites, ce qu'il a fait le 30 juin 2022. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas respecté la procédure contradictoire manque en fait et doit être écarté.
7. En quatrième lieu, si le requérant soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur de droit, il n'assorti ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour :
8. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour vise, notamment, les articles L. 435-3 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les motifs pour lesquels le préfet a estimé que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. La décision de refus de titre de séjour est ainsi suffisamment motivée.
9. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Aux termes de l'article L. 435-3 du même code : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné à une peine de huit mois d'emprisonnement par un jugement du tribunal correctionnel de Pontoise du 17 février 2022 pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours aggravé par une autre circonstance, qui a été confirmé par la cour d'appel de Versailles le 18 mai 2022. Il en ressort également que M. D était déjà connu des services de police pour des faits de vol avec violence n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail et usage illicite de stupéfiants le 16 septembre 2020, de vol à l'étalage le 2 janvier 2021, de refus de se soumettre aux opérations de relevés signalétiques intégrés dans un fichier de police par personne soupçonnée de crime ou délit, outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique et usage illicite de stupéfiants le 12 mars 2021. Dans ces conditions, eu égard au nombre de mentions dont M. D fait l'objet au fichier du traitement des antécédents judiciaires, alors au surplus qu'il n'est présent en France que depuis janvier 2020, et à sa condamnation très récente à une peine de prison ferme pour des faits de vol avec violence, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.
12. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D réside en France depuis seulement deux ans et demi à la date de la décision attaquée, qu'il ne dispose d'aucune attache personnelle ou familiale particulière sur le territoire français, qu'il ne fait valoir aucune insertion sociale particulière, et que sa présence en France, ainsi qu'il a été dit au point 11, constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant et n'a pas porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée aux buts poursuivis.
13. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
S'agissant des autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
14. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".
15. Il résulte de ces dispositions que si la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français doit être motivée, elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus, comme en l'espèce, au 3° de l'article L. 611-1, laquelle est en l'espèce suffisamment motivée ainsi qu'il a été dit au point 8. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché la décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français d'une insuffisance de motivation.
16. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la lecture de la décision attaquée que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. D. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doit être écarté.
17. En troisième lieu, les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. D et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés pour les mêmes motifs que deux exposées au point 12 du présent jugement.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
19. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". Aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
20. En premier lieu, l'arrête attaqué vise les articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique le motif tiré de la menace à l'ordre public que représente la présence en France de M. D sur lequel s'est fondé le préfet pour refuser d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, ainsi que celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. D, doivent être écartés.
21. En deuxième lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté pour les mêmes raisons que celles exposées au point 11 du présent jugement.
22. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 18 du présent jugement que M. D n'est pas fondé exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour contester la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
23. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français :
24. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
25. En premier lieu, la décision en litige vise notamment les articles L. 612-6 à L. 612- 11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la durée et les conditions de séjour de M. D sur le territoire français ainsi que les éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale en France et en Côte d'Ivoire et indique les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour considérer que la présence de M. D constitue une menace pour l'ordre public. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision, ainsi que celui tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. D, doivent être écartés.
26. En deuxième lieu, d'une part, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une mesure d'interdiction du territoire français soit prise à en encontre. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est entré en France que récemment, qu'il n'y dispose pas d'attaches familiales ou personnelles particulières et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public, ainsi qu'il a été dit au point 2 du présent jugement. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
27. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 18 du présent jugement que M. D n'est pas fondé exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour contester la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
28. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction du territoire français pour une durée de deux ans.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
29. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-4 de ce code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales prévoit que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
30. En premier lieu, la décision litigieuse vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne la nationalité ivoirienne de l'intéressé, et indique que M. D sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout pays dans lequel il est légalement admissible. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait entachée d'une insuffisance de motivation ou d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
31. En deuxième lieu, si le requérant soutient dans sa requête introductive d'instance que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
32. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 18 du présent jugement que M. D n'est pas fondé exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire pour contester la légalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
33. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que la décision fixant le pays de destination serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.
34. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
35. Les conclusions présentées par M. D à fin d'injonction au préfet d'effacer son signalement du système d'information Schengen doivent être rejetées, compte tenu du rejet des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les frais de l'instance :
36. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. D doivent être rejetées.
D E C I D E
Article 1er : M. D est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Tall et au préfet du Val d'Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2022.
La magistrate désignée,
S. F La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2211151
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026