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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211184

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211184

jeudi 20 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211184
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantCHERON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Cheron, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entaché d'un vice de procédure en ce que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut à ce que le tribunal prononce un non-lieu à statuer.

Par une ordonnance du 20 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée le 12 octobre 2022 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Tukov, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant égyptien né le 1er décembre 1990 à Monofia (Egypte) et entré en France le 29 mars 2011, selon ses allégations, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité, par un courrier reçu le 4 novembre 2021, l'admission exceptionnelle au séjour. Par sa requête, il demande l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande.

2. Aux termes de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 432-2 de ce code :" La décision implicite mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

3. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 11 août 2022 les services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis ont informé M. B que la commission départementale du titre de séjour avait été saisie en date du 9 août 2022 et qu'elle disposait d'un délai de trois mois pour rendre son avis. Si le préfet fait valoir en défense que l'instruction de la demande de l'intéressé se poursuit, il est constant que la demande de titre de séjour présentée par M. B a fait l'objet d'un rejet implicite le 4 mars 2022, en application des dispositions citées au point précédent. Il suit de là que son recours tendant à l'annulation pour excès de pouvoir de la décision implicite rejetant sa demande d'admission au séjour n'est pas devenu sans objet. Il y a donc lieu d'y statuer. L'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit, dès lors, être écartée.

4. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 de ce code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

5. La décision refusant la délivrance d'une carte de séjour à un étranger constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du même code, il est loisible à l'étranger auquel est opposé tacitement, après quatre mois, un rejet de sa demande de titre de séjour de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de cette décision implicite de rejet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve entachée d'illégalité.

6. Par un courrier daté du 5 mars 2022, reçu à la préfecture le lendemain, M. B a sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. L'administration n'a pas communiqué, dans le délai d'un mois prévu par cet article, les motifs de la décision implicite de rejet. Il s'ensuit que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

7. Il résulte ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

8. Le présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint à l'administration de réexaminer la demande de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet territorialement compétent d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à M. B une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande.

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le préfet de la Seine-Saint-Denis sur la demande de titre de séjour formulée le 4 novembre 2021 par M. B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint d'office au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer la demande présentée par M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. B en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023 à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

C. Tukov

L'assesseure la plus ancienne,

S. Van Maele

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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