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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211339

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211339

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation11ème chambre
Avocat requérantBOUZID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juillet 2022, M. B A, représenté par Me Bouzid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de faire droit à sa demande de regroupement familial sous une astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer son dossier dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les conditions du regroupement familial sont remplies et que la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense. Le préfet a néanmoins produit, le 7 septembre 2022, le compte-rendu de visite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui a été communiqué le même jour.

Une ordonnance du 13 décembre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 6 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

­ le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

­ le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain ;

­ le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Doyelle, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien, a sollicité, le 4 juin 2021, le bénéfice du regroupement familial en faveur de son épouse. Le requérant demande au tribunal l'annulation de la décision du 21 avril 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis qui a refusé de faire droit à sa demande.

2. Aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien de 1968 susvisé : " Les membres de la famille qui s'établissent en France sont mis en possession d'un certificat de résidence de même durée de validité que celui de la personne qu'ils rejoignent. / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / () Peut être exclu de regroupement familial : () / 2° un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. " Aux termes des dispositions de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. " Aux termes de l'article L. 434-6 du même code : " Peut être exclu du regroupement familial : () / 3° Un membre de la famille résidant en France. " Aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 susvisé : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : () / 5. Les réseaux et branchements d'électricité et de gaz et les équipements de chauffage et de production d'eau chaude sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d'usage et de fonctionnement ; / 6. Le logement permet une aération suffisante. Les dispositifs d'ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l'air et une évacuation de l'humidité adaptés aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

3. Il ressort de la décision attaquée que le préfet la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à la demande de regroupement familial au motif que l'épouse de M. A était déjà présente sur le territoire français et que l'installation électrique et le système de ventilation du logement n'étaient pas conformes à la réglementation en vigueur. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'épouse de M. A séjournait en situation irrégulière sur le territoire français au moment du dépôt de la demande de regroupement familial le 4 juin 2021, nonobstant la circonstance qu'elle n'aurait pas pu retourner en Algérie compte tenu de l'épidémie de la Covid-19. D'autre part, il ressort du compte-rendu de visite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) que la condition tenant aux ressources de M. A est conforme mais que le logement présente une inconformité de son système de ventilation, qu'en revanche l'installation électrique est conforme contrairement à ce que considère le préfet dans la décision attaquée. Il ne ressort cependant pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait pris une autre décision s'il n'avait pas considéré que l'installation électrique n'était pas conforme, étant précisé que le requérant ne saurait justifier que la ventilation mécanique contrôlée de la salle de bain était conforme au moment de la visite des agents de l'OFII, par la production d'une photographie non datée d'une ventilation de salle de bains paraissant en état de fonctionnement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que les conditions liées au regroupement familial sont remplies.

4. Toutefois, lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une des conditions de fond prévues par les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un certificat de résidence de dix ans valable jusqu'au 26 septembre 2026, qu'il est marié depuis le 26 décembre 2017, qu'avec son épouse, ils sont les parents de trois enfants nés en octobre 2021 pour les jumeaux et en octobre 2021 pour le dernier, que M. A est employé dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis 1er novembre 2006 au sein d'une société du bâtiment, en dernier lieu en qualité d'ouvrier boiseur, et qu'il disposait d'un revenu mensuel brut moyen de 2 813 euros au cours des douze mois précédant la demande de regroupement familial. Si son épouse est demeurée en situation irrégulière sur le territoire français, il est relevé qu'elle était titulaire d'un visa de court séjour pour une durée de quatre-vingt dix jours valable au cours de la période allant du 18 septembre 2019 au 17 septembre 2020, qu'elle en a fait usage lors d'un séjour prévu du 29 janvier au 14 mars 2020, mais que, dans le contexte de pandémie de la Covid-19, elle n'a pas été en capacité de retourner en Algérie au terme de ce séjour, et même avant l'expiration de son visa, compte tenu de la fermeture des frontières avec l'Algérie entre le mois de mars 2020 et le mois de mai 2021, qu'au surplus elle était enceinte de jumeaux au cours de l'année 2020 puis d'un nouvel enfant au moment de la réouverture des frontières le 1er juin 2021. Dans les circonstances particulières de l'espèce, alors même que l'épouse de M. A séjournait irrégulièrement en France et qu'un motif, mineur, d'inconformité du logement subsistait, la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 avril 2022 a porté au droit au respect de la vie familiale de M. A une atteinte disproportionnée par rapport au but en vue duquel elle a été prise. Dès lors, la décision litigieuse a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, il résulte de ce qui précède que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 21 avril 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse.

7. Le présent jugement implique, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial en faveur de l'épouse de M. A dans un délai d'un mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement de la somme de 1 000 euros à M. A au titre des frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 avril 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'autoriser le regroupement familial en faveur de l'épouse de M. A dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera une somme de 1 000 (mille) euros à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Tukov, président,

­ Mme Van Maele, première conseillère,

­ M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleC. Tukov La greffière,N. Kassime

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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