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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211340

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211340

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés les 13 juillet 2022,

24 avril 2023 et 13 juillet 2023, M. C G A, représenté par Me Chartier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour en tant qu'étranger malade, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un nouvel examen de sa situation sous la même condition de délai mais sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un premier vice de procédure dès lors qu'en l'absence de production du rapport du médecin rapporteur, il n'est pas possible de vérifier son existence, sa conformité au modèle figurant à l'annexe B de l'arrêté du 27 décembre 2016 et sa transmission au collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un second vice de procédure dès lors qu'il n'est pas possible de vérifier si les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont délibéré collégialement ;

- elle permet de révéler que le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est, à tort, estimé en situation de compétence liée au regard de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3-9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par une décision du 6 février 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par un courrier en date du 11 mai 2023 il a été demandé au requérant s'il acceptait de lever le secret médical, ce à quoi il a répondu par l'affirmative le jour même.

Par un courrier en date du 15 mai 2023 il a été demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de communiquer l'entier dossier médical du requérant et, le cas échéant, tout document utile relatif à l'existence et à l'accessibilité des traitements au Pakistan.

Un mémoire, présenté par l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été enregistré le 19 juin 2023.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration fait valoir que le traitement et les médicaments nécessaires aux soins de M. A sont accessibles au Pakistan.

Une demande d'information complémentaire a été adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 28 juin 2023.

L'Office français de l'immigration et de l'intégration y a répondu le même jour par un mémoire strictement identique au précédent.

La requête et les mémoires complémentaires ainsi que le premier mémoire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ont été communiqués au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas répondu. Le premier mémoire de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a également été communiqué au requérant.

Par une ordonnance du 17 juillet 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 2 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2021/2303 du 15 décembre 2021 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- et les observations de Me Ben Gadi, substituant Me Chartier, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant pakistanais né le 21 septembre 1964, titulaire de titres de séjour pour raison médicale depuis le 7 mars 2018, a sollicité le 10 septembre 2021 le renouvellement de son dernier titre de séjour. Par un arrêté en date du 22 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A- En ce qui concerne la décision de refus de renouvellement de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 425-9, précise qu'il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 26 octobre 2021, que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'il peut se faire soigner dans son pays d'origine et qu'il peut voyager sans risque vers ce pays d'origine. Par ailleurs, après avoir visé l'article L.423-23 de ce même code, elle mentionne que l'intéressé a son épouse et ses enfants qui résident dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la lecture de la décision attaquée, qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen de la situation particulière du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. " Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. (). " Aux termes de l'article R. 425-13 de ce même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. ". Par ailleurs, aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical () " Aux termes de son article 5 : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades,, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport ". Aux termes de son article 6 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ;b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. Cet avis mentionne les éléments de procédure. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

5. D'une part, il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative de se prononcer sur la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade au vu de l'avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Préalablement à cet avis, un rapport médical relatif à l'état de santé de l'intéressé et établi par un médecin instructeur doit lui être transmis, ce médecin instructeur ne devant pas siéger au sein du collège de médecins qui rend l'avis transmis au préfet.

6. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit le rapport du médecin rapporteur, établi conformément au modèle qui figure à l'annexe B de l'arrêté du

27 décembre 2016 susvisé. Il s'ensuit que le moyen, au demeurant peu articulé, doit être écarté.

7. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a produit le bordereau, signé par son directeur général, de transmission de l'avis du collège des médecins à la préfecture, duquel il ressort que le rapport du médecin instructeur, le Dr B, rédigé le

19 octobre 2021, a été transmis au collège des médecins le même jour. Dès lors le moyen doit être écarté.

8. Lorsque, comme en l'espèce, l'avis porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de cet avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Par conséquent, le moyen doit être écarté.

9. La seule circonstance que le préfet de la Seine-Saint-Denis se soit approprié l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne saurait établir qu'il se serait cru lié par cet avis pour rejeter la demande de l'intéressé, dès lors notamment qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à l'examen de la situation administrative et personnelle du requérant et qu'il a recherché si les conséquences d'un refus de séjour ne portaient pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

10. D'autre part, sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi, sauf circonstance humanitaire exceptionnelle. La partie qui justifie d'un avis du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires et, en cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

11. L'arrêté attaqué a été pris au vu de l'avis, émis le 26 octobre 2021 par le collège des médecins de l'Office de l'immigration et de l'intégration, indiquant que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale, dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, enfin que son état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Or, le requérant, qui souffre d'un diabète de type 2 insulino-dépendant et a été victime d'un AVC (accident vasculaire cérébral) ischémique, produit un certificat médical rédigé par un diabétologue le 28 février 2023 et mentionnant que l'état de santé de M. A nécessite une prise en charge pour un suivi régulier et une hospitalisation annuelle ainsi qu'un certificat médical rédigé le 6 mars 2023 par un neurologue et mentionnant que la prise en charge des facteurs de risques cardiovasculaires doit être stricte et poursuivie à vie, afin d'éviter la récidive d'un AVC qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices. M. A fait en outre valoir que certaines des molécules qui lui sont prescrites ne sont pas disponibles dans son pays d'origine, ce qu'il argumente en faisant valoir qu'elles ne figurent pas sur la liste nationale des médicaments essentiels disponible au Pakistan du 21 décembre 2021 pour certaines d'entre elles (insuline aspartate et semaglutide pour le traitement du diabète ainsi que périndopril arginine pour le traitement de l'AVC) ou en produisant un ou plusieurs courriels de laboratoires pharmaceutique mentionnant que la molécule n'est pas commercialisée au Pakistan pour d'autres (atovarstatine et oméprazole pour le traitement de l'AVC). Dans ses observations, l'Office français de l'immigration et de l'intégration se réfère à la base de données " Medical Origin of Information (MedCOI) ", qui comporte, conformément à l'article 9 paragraphe 2 point b du règlement (UE) du 15 décembre 2021 relatif à l'Agence de l'Union européenne pour l'asile, une section accessible au public et une section restreinte laquelle, en vertu de la décision n° 91 du Conseil d'administration du bureau européen d'appui en matière d'asile du 7 octobre 2021 produite à l'instance, est réservée aux employés désignés et dûment formés par les autorités de l'Union européenne, ou aux organismes mandatés par un pays de l'Union européenne pour y effectuer des recherches. Cette base de donnée fait partie des données de la bibliothèque d'information santé sur les pays d'origine (BISPO), et qui recense, conformément à l'annexe II à l'arrêté du 5 janvier 2017, les sites internet comportant des informations sur l'accès aux soins dans les pays d'origine et sur les principales pathologies, est accessible et doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une diffusion publique. Cette liste constitue une aide à la décision pour les membres du collège de médecins, qui ont également la faculté de s'appuyer sur d'autres données issues de leurs recherches. Si les " fiches MedCOI " auxquelles l'Office français de l'immigration et de l'intégration se réfère n'ont pas été produites au dossier, les éléments qui en sont issus ont été portés à la connaissance du tribunal et du requérant, qui a été ainsi mis en mesure de les discuter utilement. En se fondant ainsi sur cette base de données MedCOI, l'Office français de l'immigration et de l'intégration fait observer que le suivi du diabète à la fois ophtalmologique et biologique (mesure de la glycémie et test HbA1c) est possible notamment à l'hôpital universitaire Agha Khan de Karachi (base de donnée MedCOI AVA 15607 du 9 mars 2022) ainsi qu'à l'hôpital Aziz Fatima de Faisalabad (base de donnée Medcoi AVA 16623 du 13 mars 2023). Il ajoute que le suivi cardiovasculaire et neurologique est possible à l'hôpital universitaire Agha Khan, à Karachi (base de donnée Medcoi AVA 15607 du 9 mars 2022 ; AVA 15948 du 25 octobre 2022). Enfin, il fait remarquer, en se référant pour chacune d'elles aux informations les plus récentes tirées de la base de données MedCOI, que les molécules dont la disponibilité est contestée par le requérant soit sont disponibles au Pakistan, notamment dans des pharmacies de Karachi ou Faisalabad, soit, pour l'une, est substituable par une autre molécule elle-même disponible dans ces pharmacies. S'il n'a pas répondu pour l'oméprazole, non seulement elle figure sur la liste nationale des médicaments essentiels disponibles au Pakistan du 21 décembre 2021 mais en outre le requérant n'établit pas, ni du reste ne soutient, que l'indisponibilité de cette seule molécule serait susceptible d'avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si M. A fait observer que sa ville d'origine, Gujrat, est située à 184 kilomètres de Faisalabad et à 1 313 kilomètres d'Islamabad, non seulement les bases de données MedCOI n'énumèrent pas de façon limitative les villes du Pakistan où sont disponibles les soins ou les médicaments mais en outre l'intéressé n'établit pas, ni du reste ne soutient, qu'il serait dans l'obligation d'habiter dans sa ville d'origine, notamment parce que sa famille y résiderait, voire, si c'était le cas, qu'il ne pourrait pas déménager, notamment parce que son épouse y travaillerait. Enfin, il se borne à alléguer, alors que la charge de la preuve lui en incombe, qu'il ne pourra pas bénéficier d'une prise en charge de ses soins médicaux. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, en estimant que le requérant peut bénéficier effectivement au Pakistan d'un traitement approprié, aurait fait une inexacte application des dispositions précitées.

12. En quatrième lieu, le moyen tiré par un ressortissant étranger de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, qui ne fixe pas le pays de destination.

13. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

14. M. A se borne à faire valoir qu'il est arrivé en France en novembre 2016 et qu'il y réside depuis de façon habituelle et continue. Toutefois, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que sa femme et ses enfants résident dans son pays d'origine, qu'il a quitté à l'âge de 52 ans selon ses propres déclarations. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

I.B- En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. F E, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par un arrêté n° 2021-2773 du

13 octobre 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du

14 octobre 2021, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de

M. E. Par suite, dès lors que la commune de Drancy, où a indiqué résider M. A, est située dans l'arrondissement du Raincy, et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que

M. E n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

17. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus au point 11 que le moyen tiré par M. A de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, le moyen tiré par un ressortissant étranger de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français qui ne fixe pas le pays de destination.

19. En quatrième et dernier lieu, pour les motifs exposés ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

I.C- En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

20. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne que le requérant n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, en violation des dispositions de l'article L. 721-4 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non plus qu'à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

22. Pour les mêmes raisons qu'exposées au point 11, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pourra pas bénéficier de soins au Pakistan et que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.

23. En troisième et dernier lieu, Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en fixant le Pakistan comme pays de destination, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en date du 22 juin 2022, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

25. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article

L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

III- Sur les frais liés au litige:

27. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

28. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de M. A demande au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C G A, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Chartier.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteJ.-C. TruilhéLa greffière,A. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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