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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211399

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211399

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211399
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDUBOIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2022, M. C B, représenté par Me Dubois, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 juillet 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune des Lilas et a défini les modalités de cette assignation à résidence.

Il soutient que :

- la décision porte une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance en date du 22 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 décembre 2022.

II. Par une ordonnance en date du 23 août 2022, enregistrée le 28 septembre 2022 au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal la requête présentée par M. C B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal de Cergy-Pontoise, le 3 juin 2022, M. B, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision prononçant l'expulsion :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que justifiant de sa qualité de père d'un enfant français mineur résidant en France, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que justifiant résider habituellement en France depuis l'âge de neuf ans, il ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'expulsion ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que son comportement ne relève pas de ceux pouvant justifier une expulsion en vertu de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision prononçant l'expulsion.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 27 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme F,

- et les conclusions de Mme Lunshof, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 30 août 1978, est entré sur le territoire français en 1988, selon ses déclarations. Par un arrêté en date du 16 mai 2022, le préfet du Val-d'Oise a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure. Par un arrêté en date du 14 juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence sur le territoire de la commune des Lilas et a défini les modalités de cette assignation. Par deux requêtes, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. B demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'arrêté en date du 16 mai 2022 :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Par un décret en date du 9 mars 2022, publié le 10 mars 2022 au Journal officiel de la République française, M. E A, signataire de l'arrêté du 16 mai 2022, a été nommé préfet du Val-d'Oise. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision d'expulsion :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise l'ensemble des textes dont le préfet du Val-d'Oise a fait application, expose les faits sur lesquels il s'est fondé pour considérer que le comportement de M. B caractérisait une menace grave à l'ordre public et rappelle sa situation personnelle et familiale, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3 ". Aux termes de l'article L. 631-2 du même code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'État ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : / 1° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins un an () ". Aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'État, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article ".

5. Si M. B soutient qu'il est entré sur le territoire français en 1988 à l'âge de neuf dans le cadre de la procédure de regroupement familial, il ne l'établit pas. Pour contester la mesure d'expulsion prise à son encontre, M. B se prévaut, en outre, de sa qualité de père d'un enfant français mineur résidant en France. Toutefois, l'intéressé n'apporte pas la preuve, par la seule production du témoignage de son ex-compagne, mère de sa fille, indiquant qu'il joue un rôle essentiel dans son bien-être et son équilibre, qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de leur enfant. Ainsi, en estimant que M. B ne justifiait ni de sa résidence habituelle depuis l'âge de neuf ans en France ni de sa qualité de père d'un enfant français mineur, le préfet du Val-d'Oise n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 631-2 et L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces articles doivent, par suite, être écartés.

6. En dernier lieu, M. B, ainsi qu'il a été dit au point précédent, qui n'entre ni dans les prévisions du 1° de l'article L. 631-2 ni dans celles du 1° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relève de la catégorie des étrangers pouvant être expulsés lorsque leur présence constitue une menace grave pour l'ordre public en application des dispositions de l'article L. 631-1 du code précité. Le préfet a relevé que M. B a été condamné le 25 janvier 2005 par la cour d'assises de Paris à une peine de quinze ans de réclusion criminelle, le 7 juin 2006 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine d'un an d'emprisonnement, le 20 mars 2015 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de deux ans d'emprisonnement et le 22 novembre 2017 par le tribunal correctionnel de Paris à une peine de quatre ans d'emprisonnement, totalisant ainsi vingt-deux ans d'emprisonnement, pour des faits notamment de tentative de vol avec violence ayant entrainé la mort, de vol avec arme, d'enlèvement, de séquestration ou de détention arbitraire d'otage pour assurer sa fuite ou son impunité et de vol avec violence. Il ressort, en outre, des pièces dossier que son comportement délictueux n'a pas cessé durant sa détention puisque le requérant a été poursuivi, le 15 février 2014, pour s'être évadé avec violence et a refusé, le 20 décembre 2019, de réintégrer le centre pénitentiaire après une permission de sortie. Compte-tenu de la gravité des faits pour lesquels il a été condamné et de la persistance de son comportement délinquant, le préfet du Val-d'Oise a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la présence de M. B, constituait une menace grave à l'ordre public et prononcer son expulsion en application de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination de la mesure d'expulsion :

7. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 6 que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination de la mesure d'expulsion est privée de base légale en raison de l'illégalité de la décision prononçant son expulsion.

Sur l'arrêté en date du 14 juillet 2022 :

8. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / () / 6° L'étranger fait l'objet d'une décision d'expulsion () ". Aux termes de l'article L. 733-2 de ce code : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / Lorsque l'étranger assigné à résidence fait l'objet d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une décision d'interdiction administrative du territoire français, ou si son comportement constitue une menace pour l'ordre public, la durée de cette plage horaire peut être portée à dix heures consécutives par période de vingt-quatre heures ". Aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ". Il revient au juge administratif de s'assurer que les obligations de se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, susceptibles d'être imparties par l'autorité administrative sur le fondement de ces dispositions, sont adaptées, nécessaires et proportionnées aux finalités qu'elles poursuivent.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Par la décision attaquée en date du 14 juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a assigné M. B à résidence sur le territoire de la commune des Lilas, lui a imposé de se présenter une fois par jour, à 10h, y compris les fins de semaine et les jours fériés, au commissariat de sa commune de résidence, lui a interdit de se déplacer en dehors du département sans son autorisation écrite et l'a obligé à demeurer, tous les jours, de 21h à 7h, dans les locaux où il réside. Le requérant soutient que cette décision fait peser des contraintes excessives à sa liberté d'aller et venir ainsi qu'à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'assignation à résidence a pour but de permettre l'exécution de la mesure d'expulsion prononcée au motif que la présence de M. B constitue une menace grave à l'ordre public. Le requérant qui est assigné à son domicile ne démontre pas exercer une activité professionnelle. Si M. B allègue qu'il ne peut rendre visite à sa fille qui réside dans le département du Val-d'Oise, il ne justifie pas entretenir un lien affectif réel avec son enfant et subvenir à ses besoins. Il se prévaut également de la présence de sa famille en France mais n'établit, par aucun des documents versés au débat, la nature et l'intensité de leurs relations. Enfin, il ne démontre pas avoir entrepris des démarches auprès du préfet de la Seine-Saint-Denis afin d'être autorisé à se déplacer en dehors du périmètre de son assignation pour rendre visite à ses proches. Il s'ensuit que les modalités de contrôle de l'assignation à résidence n'ont pas porté, à sa liberté d'aller et venir et à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Les moyens tirés de l'atteinte disproportionnée à la liberté d'aller et venir et de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent, par suite, être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, au préfet du Val-d'Oise et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 septembre, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

La rapporteure,

M. Caldoncelli-VidalLa présidente,

A-L. Delamarre

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise et au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui les concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Nos 2211399, 2214535

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