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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211437

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211437

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantNEVEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 15 juillet et 21 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Neven, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi, lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui remettre une autorisation provisoire de séjour dans les 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- l'auteur de la décision litigieuse ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure à défaut de production de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège des médecins de l'OFII ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour lui refuser le séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'auteur de la décision litigieuse ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- l'auteur de la décision litigieuse ne justifie pas de sa compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu.

En ce qui concerne la décision portant signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle est illégale, par la voie de l'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis a produit des pièces complémentaires, enregistrées le 4 septembre 2023, et qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le Gouvernement de la République française et Gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes, signée à Bamako le 26 septembre 1994 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernabeu ;

- et les observations de Me Neven, représentant M. A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né en 1988, est, selon ses déclarations, entré en France en 2018. Il a sollicité le 9 mars 2022 le bénéfice d'une carte de séjour temporaire, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. En l'espèce, par un arrêté n° 2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin des informations administratives du 26 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme D, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer les arrêtés portant refus de séjour assortis ou non d'une obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de renvoi en cas d'éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, et à défaut d'établir ou même d'alléguer que Mme C n'était pas absente ou empêchée lors de la signature de l'arrêté contesté, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant refus de séjour manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris en considération l'ensemble de la situation du requérant pour statuer sur son droit au séjour en relevant, après avoir apprécié sa situation au regard de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, qu'il est entré sur le territoire français à l'âge de 29 ans, d'autre part, qu'il est célibataire et sans charge de famille et, enfin, que sa demande d'asile a été rejetée en 2019 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, décision confirmée la même année par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de l'intéressé ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code précité : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé [] ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pris la décision portant refus de séjour à la suite de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 mai 2022, produit à l'instance, rendu sur le rapport d'un des médecins des services de l'OFII, dont il ne ressort pas de la lecture de cet avis qu'il ait fait partie du collège des médecins ayant délibéré sur le cas du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie devant l'OFII ne peut qu'être écarté.

6. M. A, dont il est constant que l'état de santé nécessite une prise en charge médicale, soutient que le défaut d'une telle prise en charge aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité dès lors qu'ayant souffert d'une cryptorchidie détectée et opérée sur le territoire français en 2019, il serait exposé à un risque élevé de développement d'un cancer des testicules nécessitant de bénéficier d'un suivi échographique et clinique. Il ressort cependant des pièces du dossier, notamment des certificats médicaux des 19 février et 10 mars 2022, que l'état de santé de l'intéressé ne nécessite qu'un suivi médical, échographique et clinique annualisé, et que M. A ne présente pas, en l'état des examens anatomopathologiques effectués à la date de l'arrêté litigieux, de tumeur germinale testiculaire. En outre, si les différents certificats médicaux produits à l'appui de sa requête corroborent l'exposition à un risque accru de cancer des testicules dont la détection tardive obérerait ses chances de survie, ce risque n'est cependant qu'éventuel à la date de la décision litigieuse. Ces éléments ne sont dès lors pas, à eux seuls, suffisants à remettre en cause l'appréciation du préfet de la Seine-Saint-Denis selon laquelle le défaut de prise en charge médicale de l'intéressé ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si M. A est atteint d'un syndrome de stress post-traumatique, il ne ressort pas des pièces produites à l'instance que le défaut de prise en charge de cette pathologie aurait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Dans ces conditions particulières, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A soutient que la décision litigieuse porte atteinte à son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présent sur le territoire français depuis 2018, il a tissé des liens amicaux et justifie d'attaches privées en France. Toutefois, il est constant que l'intéressé, arrivé sur le territoire français à l'âge de 29 ans, est célibataire et sans charge de famille. En outre, il ne justifie ni de ses liens amicaux, ni d'une insertion professionnelle au sein de la société française. Dans ces conditions, la décision lui refusant le séjour n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Il s'ensuit que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 6 et 8, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. M. A ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre de la décision portant refus de séjour dès lors qu'il n'a pas sollicité de demande de titre de séjour sur ce fondement et que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas entendu procéder à un examen de son droit au séjour au regard de ces dispositions.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait estimé en situation de compétence liée pour refuser le séjour à M. A.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. Il ne résulte pas de ce qui a été dit précédemment aux points 2 à 11 que la décision portant refus de séjour serait entachée d'illégalité. Par suite, M. A ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Eu égard à ce qui a été relevé au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

15. Eu égard à ce qui a été relevé au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision fixant le délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. /L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

17. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle fixe le délai de départ volontaire à 30 jours pour exécuter une obligation de quitter le territoire français, l'autorité administrative n'a pas à motiver spécifiquement cette décision, à moins que l'étranger ait expressément sollicité le bénéfice d'un délai supérieur à trente jours ou justifie avoir informé l'autorité administrative d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire l'allongement du délai de 30 jours de droit commun.

18. A défaut de justifier d'une demande en ce sens ou d'avoir informé le préfet de la Seine-Saint-Denis d'éléments suffisamment précis sur sa situation personnelle susceptibles de rendre nécessaire le bénéfice d'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, M. A ne peut utilement soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait insuffisamment motivée.

19. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation personnelle de M. A aurait imposé un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à l'encontre de cette décision.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

20. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. /Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 [] ".

21. En premier lieu, eu égard à ce qui a été relevé au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

22. En deuxième lieu, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français vise les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que l'examen d'ensemble de la situation de l'intéressé a été effectué. A cet égard, le préfet développe dans son arrêté des éléments de fait relatifs à la durée de présence de l'intéressé sur le territoire français ainsi que la nature de ses liens avec la France, et notamment qu'il est entré sur le territoire français en 2018, qu'il est célibataire et sans charge de famille. Le préfet relève en outre qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 14 décembre 2020. Par suite, la décision attaquée a fait état, de manière suffisamment circonstanciée, des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels le préfet a prononcé une décision d'interdiction de retour sur le territoire français et fixé sa durée à un an. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

23. Il ne ressort pas de la lecture de l'arrêté litigieux que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale.

24. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre [] ".

25. Ainsi, le droit d'être entendu, qui est une composante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, assortie d'une décision de refus d'un délai de départ volontaire et d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

26. Toutefois, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, en raison même de l'accomplissement de cette démarche, qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français. A l'occasion du dépôt de sa demande, il est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, lequel doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. Le droit de l'intéressé d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'autorité administrative de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'obligation de quitter le territoire français qui est prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour, ou sur l'interdiction de retour qui l'assortit.

27. En l'espèce, M. A se borne à soutenir qu'il n'aurait pas été informé de ce que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français pouvaient être accompagnées d'une interdiction de retour sur le territoire français, de sorte qu'il n'a pu être entendu préalablement à cette décision alors qu'il a pu, au cours de l'instruction de sa demande de titre de séjour, faire connaître au préfet les éléments de nature à justifier son droit au séjour et à ce que cette autorité s'abstienne de prononcer une interdiction de retour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ne peut qu'être écarté.

28. En dernier lieu, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ne peuvent qu'être rejetées.

29. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

30. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Baffray, président,

M. Marias, premier conseiller,

M. Bernabeu, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le rapporteur,

S. Bernabeu

Le président,

J.-F. Baffray

La greffière,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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