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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211460

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211460

mercredi 14 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211460
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème chambre
Avocat requérantPATUREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire, enregistrés les 15 juillet et 5 octobre 2022, M. C D, représenté par Me Patureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet, dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros, de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", subsidiairement, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- en s'abstenant d'appliquer l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, le préfet a commis une erreur de droit ;

- il méconnait l'article L. 435-1 du ceseda ;

- la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'erreur de droit pour avoir été prise sur le fondement de l'article L. 612-7 alinéa 1er et non l'article L. 612-8 alinéa 1er du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant opéré aucun contrôle de proportionnalité au regard des quatre critères énoncés par ces dispositions ;

La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Marias, premier conseiller ;

- les observations de Me Desauches, pour le requérant.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sénégalais né le 30 janvier 1992 a sollicité, dans le cadre de l'injonction de réexamen de sa demande prononcée par le tribunal administratif de Montreuil par un jugement du 3 décembre 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par arrêté du 10 juin 2022, dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées

2. Par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. B A, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par un arrêté n° 2021-1828 du même jour régulièrement publié le même jour, le préfet a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A. Par suite, dès lors que la commune des Pavillons-sous-Bois, où réside M. D, est située dans l'arrondissement du Raincy et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. Il ressort des mentions de l'arrêté contesté que celui-ci vise notamment le décret portant publication de l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires modifié, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment son article 8. Le préfet a rappelé les conditions d'entrée et de séjour en France du requérant, ainsi que sa situation administrative, personnelle et familiale et précise les motifs pour lesquels il a refusé de régulariser à titre exceptionnel sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code susvisé ainsi que les motifs pour lesquels il ne pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 de ce code. Le préfet n'étant pas tenu de mentionner dans sa décision tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale en France de l'intéressé, l'arrêté attaqué comporte, de manière suffisamment précise et circonstanciée, les considérations de droit et de fait se rapportant à la situation personnelle du requérant. M. D s'étant vu refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire, l'interdiction de retour sur le territoire français a été régulièrement prise au visa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision manque en fait et doit, en conséquence, être écarté.

4. Aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord du 23 septembre 2006 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires, dans sa rédaction issue du point 31 de l'article 3 de l'avenant signé le 25 février 2008 : " Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention "salarié" s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; /- soit la mention "vie privée et familiale" s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ".

5. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient que " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Enfin, en présence d'une demande de régularisation sur le fondement de l'article L. 435-1 précité, présentée par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger, ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour. Les dispositions précitées de l'article L. 435-1 laissent enfin à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels que celui-ci fait valoir.

7. Ainsi, les stipulations précitées de l'accord franco-sénégalais n'imposent pas à l'administration de délivrer au ressortissant sénégalais un titre de séjour portant la mention " salarié ", dès lors que le renvoi " à l'application de la législation française " permet au préfet d'examiner la demande d'admission exceptionnelle au séjour dans les conditions posées par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour accorder cette admission exceptionnelle au séjour, laquelle ne constitue donc pas un droit selon les termes de l'accord franco-sénégalais, le préfet doit prendre en considération la situation personnelle de l'intéressé. En l'espèce, la circonstance que M. D, célibataire, sans charge de famille et qui s'est soustrait à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le 6 avril 2019, vivrait en France de manière continue depuis le 8 novembre 2013, après y être entré muni d'un visa " étudiant ", qu'il y a exercé différents métiers depuis 2015 et, en dernier lieu, depuis le mois de juin 2016, celui de merchandiseur, ne constitue pas un motif humanitaire ou exceptionnel. Par suite, et alors même que cette profession relèverait des emplois figurant en annexe à l'accord franco-sénégalais auxquels n'est pas opposable la seule situation de l'emploi, les moyens tirés de l'erreur de droit, de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-sénégalais précitées et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation tant professionnelle que personnelle de M. D.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français

8. Le moyen tiré de ce qu'une interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L. 612-7 alinéa 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile suite à l'inexécution de l'obligation de quitter le territoire français du 4 avril 2019 " ne pouvait (être) décidée après le 4 avril 2000 ", non assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, doit être écarté. En tout état de cause, l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par l'arrêté en litige n'est pas prise pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise par l'arrêté du 4 avril 2019.

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-7 de ce code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

10. Il ressort des termes de l'arrêté entrepris que le préfet s'est déterminé tant au regard de la durée de présence en France de M. D que de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et de la mesure d'éloignement dont il a antérieurement fait l'objet, avant de relever que l'intéressé ne justifiait pas de circonstances humanitaires empêchant l'édiction d'une interdiction de retour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait omis d'opérer un contrôle de proportionnalité au regard des critères susmentionnés et qu'il aurait ainsi méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Patureau et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Marias, premier conseiller,

- Mme Parent, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.

Le rapporteur,Le président,H. MariasA. MyaraLa greffière,A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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