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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211473

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211473

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211473
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2206039 du 28 juin 2022, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête présentée par M. G C, représenté par Me Haik.

Par cette requête, enregistrée le 17 juin 2022 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence ;

- elles méconnaissent son droit à être entendu et le principe du contradictoire ;

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en ce qu'elles ont été prises sans que sa situation ait été effectivement examinée ;

- l'interdiction de retour méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 et est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet n'a pas mentionné ni pris en compte les critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter cette décision ;

- les décisions méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa vie privée et familiale et sur sa vie personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 8 décembre 2022 à 9h30.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en l'absence des parties, après appel de leur affaire à l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 12 novembre 1994 à Bamako (Mali), déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 16 juin 2022, dont il demande l'annulation, le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

2. Par un arrêté n°22/BC/025 du 22 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne n° D77-22-03-2022 du même jour le préfet de la Seine-et-Marne a donné délégation à Mme H A, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, signataire des décisions litigieuses, pour signer de telles décisions en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F I, directrice de l'immigration et de l'intégration et Mme D B, cheffe du bureau de l'éloignement, dont il n'est pas allégué ni établies qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées lorsque les décisions contestées ont été prises. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué, en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

3. La décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, vise notamment les 1° et 6° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile et relève que l'intéressé, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, a déclaré lors de son audition avoir fait usage d'un faux permis de conduire, avec lequel il a été interpellé, pour travailler. La décision portant refus de délai de départ volontaire, édictée au visa des articles L. 612-2 et L. 612-3 de ce code souligne que M. C ne justifie d'aucune circonstance particulière. L'interdiction de retour, prise au visa de l'article L. 612-6 du même code, est fondée sur l'absence de délai de départ volontaire et mentionne que M. C ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière. Enfin, l'arrêté vise également l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et relève qu'il n'est pas portée une atteinte disproportionnée au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale. Les décisions attaquées comportent ainsi l'énoncé des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait omis d'examiner sa situation familiale et aurait ainsi entaché les décisions litigieuses d'une erreur de droit.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. M. C soutient que le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ont été méconnus en ce que l'administration ne l'a pas mis en mesure de présenter des observations sur sa difficulté à régulariser son séjour, la présence en France de sa cellule familiale et son insertion professionnelle ainsi que l'absence d'attaches dans son pays d'origine. Toutefois, il ressort des termes, non contestés sur ce point, de l'arrêté en litige, que le requérant a été auditionné par les services de police suite à son interpellation pour les faits de conduite d'un véhicule à moteur sans permis de conduire et usurpation d'identité le 15 juin 2022. Il ressort du procès-verbal d'audition du même jour produit en défense que M. C, entendu sur sa situation, après avoir décrit les conditions de son arrivée en France via le Maroc et l'Espagne, a déclaré être célibataire et sans enfant à charge, vivre en France où résident ses parents et ses frères et sœurs, travailler depuis 2019, sous l'identité de son oncle, avoir déposé une demande de régularisation auprès de la préfecture, sous le nom de cet oncle et à laquelle il n'a pas donné suite et " ne plus rien avoir au Mali ". Il a précisé que, le cas échéant, il n'exécuterait pas, volontairement, une mesure d'éloignement qui serait prise à son encontre. Dans ces conditions, le requérant, a été mis à même de présenter sa situation personnelle, professionnelle et administrative. Dans la présente procédure, il ne fait valoir aucun élément nouveau qu'il n'aurait pu utilement porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure contestée et qui aurait été susceptible d'affecter le contenu de cette décision. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu doivent être écartés.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour

autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans

une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au

bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions

pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés

d'autrui ". M. C ne produit aucune pièce de nature à établir la date alléguée de son entrée en France en 2018, le fait que ses parents et ses frères et sœurs vivraient en France et qu'il y travaillerait depuis 2019. En tout état de cause, à considérer ces allégations comme établies, sa durée de présence en France serait tout au plus limitée à une durée de l'ordre de quatre années à la date des décisions litigieuses et, alors que l'intéressé est célibataire et sans enfant à charge en France, la seule circonstance que ses parents et ses frères et sœurs résideraient en France n'est pas de nature à faire considérer qu'au regard des buts en vue desquels elles ont été prises les décisions litigieuses porteraient une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées. Pour le même motif ces décisions ne sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la vie privée et familiale et la vie personnelle de M. C.

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 (), l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. Lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où l'étranger fait état de circonstances humanitaires qui y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612 10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. D'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. C un délai de départ volontaire et il se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle à ce qu'une telle mesure soit prise à en encontre. D'autre part, il ressort des termes de la décision critiquée ainsi que des pièces produites en défense que, comme il a été dit, le requérant a déclaré être entré en France en 2018, être célibataire et sans enfant à charge et qu'il a été interpellé par les services de police pour les faits de défaut de permis de conduire et usurpation d'identité. Dans ces conditions, en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni même entaché sa décision d'une erreur de droit.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 juin 2022. En conséquence les conclusions à fin d'injonction et celle tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1 : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

L. E La greffière,

Signé

I. Dad

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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