mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2211700 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BENICHOU RACLET MONIQUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2022, Mme D A, représentée par Me Benichou-Raclet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant du refus de séjour :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée et le préfet n'a pas procédé à un examen individuel et personnalisé de sa situation ;
- une erreur de fait a été commise ;
- l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que le 9° de l'article L. 611-3 du même code ont été méconnus, une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation ont été commises ;
- l'article L. 423-23 du code précité ainsi que l'article L. 435-1 du même code ont été violés ;
- la décision contrevient à l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de l'acte est incompétent ;
- la décision est illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle contrevient à l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- une erreur manifeste d'appréciation a été commise.
Par une ordonnance du 27 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 28 septembre 2022.
Le mémoire en défense, enregistré le 13 novembre 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Caron-Lecoq a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant pas présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, ressortissante philippine née le 26 août 1979 à Manila (Philippines), est entrée en France le 13 août 2010 munie d'un visa de court séjour. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français.
2. En premier lieu, par un arrêté n°2022-0219 du 7 février 2022, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. C B, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer, dans les limites de l'arrondissement du Raincy, les arrêtés refusant ou retirant un titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français. Par arrêté n°2022-0220 du même jour, publié dans le bulletin d'informations administratives précité, le préfet de la Seine-Saint-Denis a consenti cette même délégation à M. Mame-Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy, signataire des décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B, dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il n'aurait pas été absent ou empêché, et à l'exception de certains actes dont ne font pas partie ceux en litige. Par suite, alors que Mme A est domiciliée à Noisy-le-Grand, commune de l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision portant refus de séjour comporte, en droit, notamment, la mention de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'article L. 423-23 de ce code et de l'article L. 435-1 du même code et relève, en fait, la circonstance que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine, l'absence d'obstacle à mener une vie privée et familiale dans le pays d'origine, eu égard notamment à ses liens familiaux et son insertion dans la société française, le défaut de preuve d'une résidence habituelle en France depuis plus de dix ans, particulièrement au regard des justificatifs produits au titre des années 2012 à 2018. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble de la situation, notamment la situation sanitaire aux Philippines, la présence régulière en France des parents et de la fratrie de la requérante et l'insertion sociale alléguée de cette dernière. S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait référence à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Mme A entrant dans le champ d'application du 3° de cet article, il résulte de l'article L. 613-1 du même code que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation en fait distincte de celle de la décision relative au séjour, or, il résulte de ce qui a été dit que cette décision est suffisamment motivée. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de l'insuffisante motivation du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ainsi que de " l'erreur de fait " en ce que le préfet aurait omis de mentionner la situation sanitaire aux Philippines, la présence régulière en France des parents et de la fratrie de la requérante et son insertion sociale.
4. En troisième lieu, Mme A ne produit aucun document sur une période de huit mois entre le 5 juin 2012 et le 19 février 2013, le récapitulatif annuel des frais émanant de sa banque n'étant pas de nature à justifier sa présence au cours du mois de janvier 2013. En outre, les pièces produites au titre de l'année 2018, à savoir : un ticket d'achat, des relevés de compte sans mouvement bancaire et une ordonnance, sont insuffisantes pour établir la présence habituelle de la requérante en France sur cette période. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour au motif que la requérante justifierait d'une présence en France depuis plus de dix ans doit être écarté.
5. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de l'arrêté en litige en tant qu'il refuse à l'intéressée le séjour et l'oblige à quitter le territoire français, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas examiné la situation personnelle de Mme A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, () ". Et l'article L. 611-3 du même code prévoit : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ".
7. En l'espèce, Mme A, qui ne produit, antérieurement à l'année 2019, que de rares ordonnances de prescription de médicaments ou des comptes rendus d'examens et de passage dans des services d'urgence hospitaliers ne portant pas l'indication d'un diagnostic, ne produit, postérieurement à la date à laquelle, le 16 janvier 2020, elle est sortie d'hospitalisation d'office à l'hôpital Sainte-Anne, aucune pièce médicale, autre que des ordonnances de prescription de médicaments. Partent, elle n'apporte aucun document médical de nature à remettre en cause l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration du 11 janvier 2022, dont le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est approprié les termes. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de la violation de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du 9° de l'article L. 611-3 du même code, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7,
L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
9. Si Mme A justifie de la présence régulière en France de ses parents ainsi que de sa fratrie, titulaires de cartes de résident, elle est célibataire, sans charge de famille et ne démontre pas d'insertion professionnelle et sociale ancienne, stable et continue. En outre, et ainsi qu'il a été précédemment indiqué, sa présence habituelle en France depuis dix ans n'est pas établie. Dans ces conditions, doivent être écartés les moyens tirés de ce que le refus de séjour méconnaîtrait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de ce que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français violeraient l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et seraient entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
10. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
11. La situation privée, familiale et professionnelle de Mme A telle que précédemment évoquée ne caractérise pas des considérations humanitaires ni des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce que le refus de séjour violerait les dispositions de cet article doit être écarté.
12. En huitième lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A n'établit pas remplir les conditions posées par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article L. 423-23 du même code. Ainsi, le préfet n'était pas légalement tenu, avant d'opposer un refus de séjour, de consulter la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
13. En neuvième lieu, il résulte de ce qui précède qu'il n'est pas établi que le refus de séjour est illégal. Par suite, Mme A ne peut exciper de son illégalité à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.
14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 juin 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction assorties d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 15 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Gauchard, président,
- Mme Caron-Lecoq, première conseillère,
- M. Guiral, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
La rapporteure,
C. Caron-Lecoq
Le président,
L. GauchardLa greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026