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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2211835

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2211835

lundi 2 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2211835
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantVATIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête n° 2211835 enregistrée le 21 juillet 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 août 2022, la société Montbrun Grand Paris 6, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune d'Aubervilliers de communiquer l'entier dossier de permis de construire n° PC00120A0028 ;

2°) d'annuler l'arrêté de permis de construire n° PC00120A0028 tacitement délivré par le maire d'Aubervilliers à la société Logirep le 29 septembre 2020 en vue de construire trois logements collectifs en R + 2 ainsi que trois ateliers sur une parcelle située aux 27-29 rue du Moutier, ainsi que la décision portant rejet implicite de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aubervilliers une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, dès lors qu'il ne comporte pas tous les documents requis par les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article 4.1 du règlement du PLUi et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors qu'au regard de sa hauteur, de son gabarit et de sa superficie, il ne s'insère pas harmonieusement dans son environnement bâti ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article 2.5 du règlement du PLUi, dès lors qu'il ne respecte pas les règles de hauteur des constructions.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre et 5 décembre 2022, la commune d'Aubervilliers conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'aucun permis de construire tacite n'a été délivré à la société Logirep, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

II. Par une requête n° 2211836 enregistrée le 21 juillet 2022, et des pièces complémentaires, enregistrées le 2 août 2022, la société Montbrun Grand Paris 6, représentée par Me Jorion, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à la commune d'Aubervilliers de communiquer l'entier dossier de permis de construire n° PC00120A0027 ;

2°) d'annuler l'arrêté de permis de construire n° PC00120A0027 tacitement délivré à la société Logirep le 29 septembre 2020 par le maire d'Aubervilliers en vue de construire 30 logements collectifs sur une parcelle située aux 27-29 rue du Moutier, ensemble la décision portant rejet implicite de son recours gracieux dirigé contre cet arrêté ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Aubervilliers une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de demande de permis de construire est incomplet, dès lors qu'il ne comporte pas tous les documents requis par les dispositions de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article 4.1 du règlement du PLUi et de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, dès lors qu'au regard de sa hauteur, de son gabarit et de sa superficie, il ne s'insère pas harmonieusement dans son environnement bâti ;

- le projet méconnait les dispositions de l'article 2.5 du règlement du PLUi, dès lors qu'il ne respecte pas les règles de hauteur des constructions.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 25 novembre et 5 décembre 2022, la commune d'Aubervilliers conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors qu'aucun permis de construire tacite n'a été délivré à la société Logirep, et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Les requêtes et les mémoires ont été communiqués à la société Logirep, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La société Montbrun Grand Paris 6 a maintenu ses requêtes le 1er mars 2023, en application des dispositions de l'article R. 612-5-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les avis envoyés aux parties, respectivement, en date du 28 novembre 2022 et du 22 mars 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, informant les parties que l'affaire était susceptible d'être inscrite au rôle d'une audience du second semestre 2023 et que la clôture d'instruction était susceptible d'intervenir, respectivement, à compter du 31 janvier 2023 et à compter du 24 avril 2023 ;

- les ordonnances du 22 mars 2023 et du 17 mai 2023 portant clôture immédiate de l'instruction ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code du patrimoine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- les observations de Me Mouquinho substituant Me Jorion et représentant la société Montbrun Grand Paris 6, et de Mme A, juriste mandatée par la commune d'Aubervilliers, représentant cette dernière.

Considérant ce qui suit :

1. La société Montbrun Grand Paris 6, propriétaire d'une parcelle adjacente au terrain d'assiette implanté 27-29 rue du Moutier à Aubervilliers, visé par deux demandes de permis de construire déposées par la société Logirep le 29 juin 2020, demande au tribunal d'annuler, par une première requête, enregistrée sous le n° 2211835, un permis de construire tacitement délivré par le maire d'Aubervilliers le 29 septembre 2020 en vue de construire un lot n° 4A comprenant 3 logements en R + 2 dont le rez-de-chaussée a vocation à être occupé par trois ateliers, sur une parcelle située 27-29 rue du Moutier, et, par une seconde requête enregistrée sous le n° 2211836, un permis de construire tacitement délivré par le maire d'Aubervilliers le 29 septembre 2020 en vue de construire un lot n° 4B comprenant 30 logements collectifs, sur une parcelle située 27-29 rue du Moutier.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2211835 et n° 2211836 présentées par la société Montbrun Grand Paris 6 portent sur le même projet de construction et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu dès lors, de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. Un décret en Conseil d'Etat précise les cas dans lesquels un permis tacite ne peut être acquis ". Aux termes de l'article R. 424-1 du même code : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ". Aux termes de l'article R. 424-3 du même code : " Par exception au b de l'article R*424-1, le défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction vaut décision implicite de rejet lorsque la décision est soumise à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France et que celui-ci a notifié, dans les délais mentionnés aux articles R*423-59, R*423-67 et R*423-67-1, un avis défavorable ou un avis favorable assorti de prescriptions () ". Aux termes de l'article R. 424-4 du même code : " Dans les cas prévus à l'article précédent, l'architecte des Bâtiments de France ou le préfet de région adresse copie de son avis ou de sa décision au demandeur et lui fait savoir qu'en conséquence il ne pourra pas se prévaloir d'un permis tacite ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de () / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : () / c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R*423-59 du code de l'urbanisme : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R*423-60 à R*423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable ". Aux termes de l'article R. 423-67 du même code : " Par exception aux dispositions de l'article R. * 423-59, le délai à l'issue duquel l'architecte des Bâtiments de France est réputé avoir donné son accord ou, dans les cas mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, émis son avis favorable est de deux mois lorsque le projet soumis à permis est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques () ".

5. Enfin, aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis () ". L'article L. 632-2 dispose que : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les deux demandes de permis de construire n° PC00120A0027 et n° PC00120A0028 ont été déposées auprès de la mairie d'Aubervilliers par la société Logirep le 29 juin 2020 et que, le terrain d'assiette du projet se trouvant aux abords de l'église Notre-Dame-des-Vertus, classée monument historique, l'architecte des bâtiments de France (ABF) a été saisi le 7 juillet 2020. Les deux avis défavorables rendus par celui-ci le 1er septembre 2020 sur les deux projets, dans le délai prévu à l'article R. 423-67 du code de l'urbanisme, ont eu pour effet, en application de l'article R. 424-3 du même code, de faire naître deux décisions implicites de rejet des demandes de permis de construire, au plus tard, le 29 octobre 2020, compte tenu des délais d'instruction applicables aux projets situés aux abords d'un monument historique, le maire de la commune d'Aubervilliers étant, au demeurant, tenu, en raison du caractère défavorable de ces avis, de refuser de délivrer les permis de construire sollicités.

7. Il résulte de ce qui précède qu'aucun permis de construire tacite n'a pu naître à l'expiration du délai d'instruction de quatre mois suivant la réception des deux dossiers de demande de permis de construire de la société Logirep, le 29 juin 2020. Par suite, et comme l'oppose la commune d'Aubervilliers en défense, les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2211835 et n° 2211836, dirigées contre de tels permis tacites, sont sans objet, et donc irrecevables, et les requêtes de la société requérante doivent être rejetées en toutes leurs conclusions.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société Montbrun Grand Paris 6 la somme que réclame la commune d'Aubervilliers au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Montbrun Grand Paris 6 sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Aubervilliers sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Montbrun Grand Paris 6, à la commune d'Aubervilliers et à la société Logirep.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Albert Myara, président,

- M. Emmanuel Laforêt, premier conseiller,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2023.

La rapporteure, Le président, M. Hardy A. MyaraLa greffière,

I. DadLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2211835, 22118362

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