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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212126

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212126

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212126
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantBERNARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 2 août 2022 et 10 mars 2023, Mme A D B, représentée par Me Bernard, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour " mention vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'appréciation en ce que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle notamment en ce qu'elle aurait pu prétendre à se voir délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est illégale et constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'État ;

- elle a subi un préjudice résultant du refus de renouvellement de son titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 12 juin 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juillet 2023.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny en date du 27 décembre 2022.

Vu l'ordonnance en date du 26 août 2022 par laquelle le juge des référés a rejeté la requête de Mme B tendant à la suspension de l'exécution de la décision du 20 mai 2022 refusant le renouvellement de son titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caldoncelli-Vidal,

- et les observations de Me Ciuciu substituant Me Bernard, avocate de Mme B.

Une note en délibéré, enregistrée le 16 octobre 2023, a été présentée par Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante haïtienne née le 21 août 1980, est entrée sur le territoire français le 17 mai 2005 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Elle s'est vu délivrer un titre de séjour le 26 octobre 2008 puis elle a été mise en possession d'un titre de séjour valable en dernier lieu jusqu'au 27 octobre 2021. Le 27 août 2021, elle a sollicité du préfet de la Seine-Saint-Denis le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté en date du 20 mai 2022, dont Mme B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé le renouvellement de son titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour de Mme B, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur le motif tiré de ce que sa présence sur le territoire français constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'elle a fait l'objet de condamnations pénales. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est mère d'une enfant de nationalité française née le 2 février 2010 de sa relation avec un compatriote dont elle est séparée. Il ressort du jugement du 29 avril 2014 que le juge aux affaires familiales du Tribunal de grande instance de Bobigny a décidé que l'autorité parentale serait exercée en commun par les deux parents. Il a fixé la résidence de l'enfant auprès de sa mère et a accordé au bénéfice du père un droit de visite et d'hébergement les fins de semaines paires et a fixé à 150 euros la part contributive mensuelle de celui-ci à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Il ressort enfin des pièces du dossier que la requérante a été en situation régulière en ayant bénéficié d'un titre de séjour plusieurs fois renouvelé en raison de son état de santé. Pour élever sa fille, Mme B, reconnue travailleur handicapée, a été en mesure d'occuper différents emplois à temps partiel par contrats à durée déterminée et indéterminée, en qualité de femme de chambre, d'auxiliaire de vie, agent de service. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce et malgré les condamnations dont a fait l'objet la requérante pour des atteintes aux biens, dès lors que sa fille vit sur le territoire national depuis sa naissance, y est scolarisée, a vocation à y grandir et à y être élevée par ses deux parents, Mme B est fondée à soutenir que la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour méconnait l'intérêt supérieur de son enfant au sens des stipulations précitées.

4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 mai 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 20 mai 2022 implique nécessairement que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à Mme B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et ce, sans qu'il y ait besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) une somme de 1 000 euros, à verser à Me Bernard, avocate de Mme B, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 20 mai 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à Mme B un titre de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à Me Bernard avocate de Mme B, une somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, à Me Flora Bernard et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Delamarre, présidente,

- M. Israël, premier conseiller,

- Mme Caldoncelli-Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

La rapporteure,

M. Caldoncelli-Vidal La présidente,

A-L. Delamarre

La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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