lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2212136 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 27 juillet 2022 et le 27 février 2023, Mme A B et M. D C, représentés par Me Ramdenie, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite du 29 mai 2022 par laquelle l'établissement public territorial Est Ensemble a rejeté leur demande tendant à l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble approuvé par une délibération du conseil de territoire du 4 février 2020, et modifié par une délibération du 29 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'établissement public territorial Est Ensemble d'inscrire à l'ordre du jour du conseil de territoire, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, la question de l'abrogation partielle du plan local d'urbanisme intercommunal d'Est Ensemble ;
3°) de mettre à la charge de l'établissement public territorial Est Ensemble une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que la décision attaquée est entachée d'illégalité, dès lors que :
- le classement des parcelles cadastrées CJ 53, CJ 142, CJ 181, CJ 269 et CJ 331 en zone agricole par le plan de zonage du PLUi est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que ces parcelles sont entièrement imperméabilisées, sans aucun potentiel agronomique, biologique ou écologique, qu'elles accueillent des activités industrielles, à l'exclusion de toute activité agricole, qu'elles jouxtent les zones urbanisées UM et UH, et qu'aucune activité agricole n'a été développée sur ces parcelles, déjà classées en zone A par le plan de zonage de l'ancien PLU de la commune de Montreuil ;
- l'inclusion de ces mêmes parcelles dans le périmètre de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " Murs à pêches " entache cette dernière d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elles accueillent des activités industrielles, qu'elles n'ont pas vocation à accueillir des activités agricoles ou des espaces d'hébergement destinés aux gens du voyage ; cette OAP méconnaît les dispositions des articles L. 151-7, R. 151-6 et R. 151-7 du code de l'urbanisme eu égard à son degré de précision, dans la mesure où les OAP doivent seulement se borner à fixer des orientations et un cadre global pour l'aménagement d'une zone ;
- l'inclusion de ces parcelles dans le périmètre de l'OAP " Parc des Hauteurs " entache cette dernière d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle prévoit de renforcer la biodiversité des murs à pêches en réalisant un noyau primaire de biodiversité, alors que les parcelles situées à l'est de ce secteur n'ont aucune valeur agricole ni aucun potentiel de zone naturelle ;
- le classement des fonds de parcelles cadastrées CJ 53 et CJ 181 en emplacements réservés ERMo24 est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que la réalisation du " sentier de la biodiversité " ne permet pas de déterminer la consistance de ce projet, que des pistes cyclables existent déjà dans le secteur, que la nécessité de réaliser ce sentier n'est pas établie, et que le tracé de ce sentier sur le plan de zonage est, d'une part, incohérent, dans la mesure où il s'insèrera en partie entre des entrepôts industriels, et, d'autre part, en contrariété avec les plans des OAP " Murs à pêches " et " Parc des Hauteurs ", dès lors que sur ces derniers, le sentier ne traverse pas les parcelles CJ 53 et CJ 181 ;
- la création d'une protection des murs à pêches en application de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle n'est pas justifiée par le rapport de présentation du PLUi, et que ces murs, dénués d'intérêt et en très mauvais état, ne justifient aucune protection pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural ;
- le classement de la parcelle cadastrée CJ 53 en espace paysager protégé au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il s'agit d'une parcelle imperméabilisée qui accueille une activité industrielle, et dont le fond de terrain supporte actuellement différents matériaux, à l'exclusion de toute végétation à protéger ou à mettre en valeur pour des motifs d'ordre paysager ou écologique ;
- le linéaire actif à créer rue de Saint-Antoine, et auquel la parcelle CJ 181 est intégrée, méconnaît les dispositions de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme, et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le règlement du PLUi n'indique pas quelles destinations les constructions érigées sur ce linéaire pourront avoir, alors que les dispositions de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme exigent que le linéaire tende à la préservation ou au développement d'une activité commerciale diversifiée ou à la préservation ou au développement d'infrastructures et d'équipements logistiques définis ; en outre, la création de ce linéaire n'est pas justifiée ;
- le refus d'abroger partiellement le PLUi d'Est Ensemble méconnaît les dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que cet acte réglementaire est entaché de plusieurs illégalités et que l'établissement public territorial (EPT) Est Ensemble était donc tenu de l'abroger.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 29 décembre 2022 et le 10 mars 2023, l'établissement public territorial Est Ensemble, représenté par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge des requérants une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La clôture de l'instruction a été prononcée par une ordonnance du 17 avril 2023.
Des pièces, enregistrées le 8 décembre 2023 pour les requérants, n'ont pas été communiquées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,
- les observations de Me Bourdin, représentant les requérants, et de Me Baron, représentant l'EPT Est Ensemble.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B et M. D C, propriétaires des parcelles cadastrées CJ 53, CJ 181 et CJ 269 situées, respectivement, 132 rue de Saint-Antoine, 97 rue de Saint-Antoine et 35 rue Pierre Jean de Béranger à Montreuil, ont adressé à l'EPT Est Ensemble, le 29 mars 2022, une demande tendant à l'abrogation partielle du PLUi d'Est Ensemble approuvé par le conseil de territoire de l'EPT le 4 février 2020 et modifié le 29 juin 2021, en tant que le règlement du PLUi classe les parcelles cadastrées CJ 53, CJ 142, CJ 181, CJ 269 et CJ 331 en zone agricole, que ces mêmes parcelles sont incluses dans le périmètre des OAP " Parc des Hauteurs " et " Murs à pêches ", que les fonds des parcelles cadastrées CJ 53 et CJ 181 sont classés en emplacements réservés ERMo24, que le règlement du PLUi institue une protection des murs à pêches en application des dispositions de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme, en tant que le règlement du PLUi classe la parcelle cadastrée CJ 53 en espace paysager protégé en application de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, et en tant qu'il prévoit la création d'un linéaire actif rue de Saint-Antoine, auquel est intégrée la parcelle cadastrée CJ 181. Le silence gardé sur cette demande par l'EPT Est Ensemble a fait naître une décision implicite de rejet réputée être intervenue le 29 mai 2022. Par la présente requête, les requérants demandent l'annulation de cette décision.
Sur le cadre du litige :
2. Aux termes de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé () ".
3. En raison de la permanence de l'acte réglementaire, la légalité des règles qu'il fixe, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir doivent pouvoir être mises en cause à tout moment, de telle sorte que puissent toujours être sanctionnées les atteintes illégales que cet acte est susceptible de porter à l'ordre juridique. Cette contestation peut prendre la forme d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, comme l'exprime l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration précité.
4. L'effet utile de l'annulation pour excès de pouvoir du refus d'abroger un acte réglementaire illégal réside dans l'obligation, que le juge peut prescrire d'office en vertu des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, pour l'autorité compétente, de procéder à l'abrogation de cet acte afin que cessent les atteintes illégales que son maintien en vigueur porte à l'ordre juridique. Il s'ensuit que, dans l'hypothèse où un changement de circonstances a fait cesser l'illégalité de l'acte réglementaire litigieux à la date à laquelle il statue, le juge de l'excès de pouvoir ne saurait annuler le refus de l'abroger. A l'inverse, si, à la date à laquelle il statue, l'acte réglementaire est devenu illégal en raison d'un changement de circonstances, il appartient au juge d'annuler ce refus d'abroger pour contraindre l'autorité compétente de procéder à son abrogation.
5. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que lorsqu'il est saisi de conclusions aux fins d'annulation du refus d'abroger un acte réglementaire, le juge de l'excès de pouvoir est conduit à apprécier la légalité de l'acte réglementaire dont l'abrogation a été demandée au regard des règles applicables à la date de sa décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme : " Le projet d'aménagement et de développement durables du plan local d'urbanisme définit notamment " Les orientations générales des politiques d'aménagement, d'équipement, d'urbanisme, de paysage, de protection des espaces naturels, agricoles et forestiers, et de préservation ou de remise en bon état des continuités écologiques " et " fixe des objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain ". L'article L. 151-9 dispose que : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger () ". Aux termes de l'article R. 151-22 du même code : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ".
7. D'une part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir sur le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle repose sur des faits matériellement inexacts ou si elle est entachée d'erreur manifeste
8. D'autre part, une zone agricole, dite " zone A ", du plan local d'urbanisme a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles, lequel ne s'apprécie pas à l'échelle de la parcelle, mais à l'échelle du secteur, qui doit présenter des caractéristiques agricoles. Si, pour apprécier la légalité du classement d'une parcelle en zone A, le juge n'a pas à vérifier que la parcelle en cause présente, par elle-même, le caractère d'une terre agricole et peut se fonder sur la vocation du secteur auquel cette parcelle peut être rattachée, en tenant compte du parti urbanistique retenu ainsi que, le cas échéant, de la nature et de l'ampleur des aménagements ou constructions qu'elle supporte, ce classement doit cependant être justifié par la préservation du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles de la collectivité concernée, à plus forte raison lorsque les parcelles en cause comportent des habitations voire présentent un caractère urbanisé.
9. Il ressort des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durables (PADD) du PLUi d'Est Ensemble énonce la volonté de l'EPT Est Ensemble de préserver, de développer et d'améliorer les réservoirs de biodiversité situés au sein des espaces verts et des zones agricoles, et de limiter la consommation d'espaces naturels et agricoles afin d'intégrer la nature en ville et la biodiversité dans la conception urbaine et l'aménagement du territoire. Il ressort également des orientations du PADD que l'EPT souhaite développer l'agriculture urbaine et les productions locales, notamment par la création de micro-fermes, et la préservation et le développement de jardins partagés sur le site des " murs à pêches ". Il ressort des documents cartographiques du PADD que le secteur au sein duquel sont incluses les parcelles cadastrées CJ 53, CJ 142, CJ 181, CJ 269 et CJ 331 tend à la renaturation de la ville, à la préservation des réservoirs de biodiversité, et au maintien et au renforcement des habitats faunistiques et des continuités écologiques. Les intentions et orientations d'aménagement des OAP " Parc des Hauteurs " et " Murs à Pêches " tendent également à préserver et à développer la biodiversité et à renforcer la vocation agricole de la zone en y développant l'agriculture urbaine et en réhabilitant le savoir-faire horticole historique qui lui est propre. Les parcelles appartenant aux requérants sont contigües à un vaste espace boisé, constitué par les parcelles situées à proximité immédiate, également classées en zone agricole, et accueillant, pour certaines des jardins communautaires. Si elles sont actuellement artificialisées en quasi-totalité et qu'elles accueillent des entrepôts destinés aux activités industrielles et commerciales, et que des secteurs urbanisés les entourent, elles se situent toutefois dans un vaste secteur densément végétalisé et à vocation agricole, et présentent un potentiel agronomique, biologique et économique, dans la mesure où elles sont destinées à accueillir plusieurs micro-fermes urbaines, des jardins communautaires, et une activité horticole. Par ailleurs, les constructions existantes sont de faible ampleur au regard de la superficie des parcelles. Eu égard au parti d'urbanisme retenu par l'EPT Est Ensemble, à la vocation agricole du secteur dans lequel les parcelles s'inscrivent, et à leur potentiel agronomique, biologique et économique, leur classement en zone agricole n'est entaché d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code de l'urbanisme : " Le plan local d'urbanisme comprend : / () 3° Des orientations d'aménagement et de programmation ; () ". Selon l'article L. 151-6 : " Les orientations d'aménagement et de programmation comprennent, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, des dispositions portant sur l'aménagement, l'habitat, les transports, les déplacements () ". L'article L. 151-7 dispose que : " I. - Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent notamment : () 4° Porter sur des quartiers ou des secteurs à mettre en valeur, réhabiliter, " renaturer ", restructurer ou aménager ; / () ". Aux termes de l'article R. 151-6 de ce code : " Les orientations d'aménagement et de programmation par quartier ou secteur définissent les conditions d'aménagement garantissant la prise en compte des qualités architecturales, urbaines et paysagères des espaces dans la continuité desquels s'inscrit la zone, notamment en entrée de ville. / Le périmètre des quartiers ou secteurs auxquels ces orientations sont applicables est délimité dans le ou les documents graphiques prévus à l'article R. 151-10 ". L'article R. 151-7 du même code dispose que : " Les orientations d'aménagement et de programmation peuvent comprendre des dispositions portant sur la conservation, la mise en valeur ou la requalification des éléments de paysage, quartiers, îlots, immeubles, espaces publics, monuments, sites et secteurs qu'elles ont identifiés et localisés pour des motifs d'ordre culturel, historique, architectural ou écologique, notamment dans les zones urbaines réglementées en application de l'article R. 151-19 ".
11. D'une part, il ressort des termes de l'OAP sectorielle " Murs à Pêches " du PLUI d'Est Ensemble que cette dernière prévoit, dans le périmètre qu'elle détermine, et qui inclut les parcelles cadastrées CJ 53, CJ 142, CJ 181, CJ 269 et CJ 331, la réalisation d'équipements et d'aménagements futurs autour de six grands axes d'aménagement, l'agriculture, la culture, la biodiversité, les gens du voyage, le patrimoine, et les sports et loisirs, au sein de trois trames verte, bleue et jaune, et, notamment, la création d'un sentier de la biodiversité, de passages vers les murs à pêches, de places publiques permettant de renforcer la qualité paysagère et écologique du site et de favoriser la désimperméabilisation des sols, le développement d'un réseau de micro-fermes urbaines, la mise en valeur et la préservation des réservoirs de biodiversité autour des murs à pêches à préserver et à restaurer, la protection et la restauration des abords du ru Gobétue, et la création de secteurs d'habitat spécifiques pour les gens du voyage.
12. D'autre part, il ressort des termes de l'OAP territoriale " Parc des Hauteurs ", à laquelle sont intégrées les parcelles, qu'elle tend à inverser la tendance historique au grignotage des espaces verts dans l'est parisien et à agir pour développer des îlots de fraîcheur, en préservant et en développant les espaces verts et les noyaux primaires et secondaires de biodiversité sur les différents sites du Parc des Hauteurs, dont font partie les murs à pêches.
13. Tout d'abord, l'OAP sectorielle " Murs à Pêches " se borne, contrairement à ce que soutiennent les requérants, à définir les intentions et les orientations d'aménagement de l'EPT Est Ensemble dans le périmètre qu'elle institue, et non à fixer les caractéristiques précises des futurs aménagements et équipements. Elle répond ainsi aux objectifs qui lui sont assignés par les dispositions précitées des articles L. 151-7 et R. 151-6 et -7 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
14. Ensuite, ainsi qu'il a été dit au point 9, la circonstance que les parcelles, qui comportent toutes des murs à pêches à restaurer et à préserver, sont actuellement artificialisées en quasi-totalité et qu'elles accueillent des activités industrielles et commerciales ne leur ôte pas, eu égard à la vocation agricole du secteur densément végétalisé dans lequel elles s'inscrivent, leur potentiel agricole, alors qu'y est prévue, notamment, la création de micro-fermes urbaines, la réhabilitation et le développement de l'activité historique horticole autour des murs à pêches, et la création d'espaces et d'équipements destinés à la préservation et au développement des espaces verts et de la biodiversité, conformément aux orientations des deux OAP " Murs à Pêches " et " Parc des Hauteurs ". Enfin, la circonstance que d'autres parcelles voisines pourraient accueillir des espaces destinés à l'habitat des gens du voyage demeure sans incidence sur l'intégration des parcelles dans le périmètre de l'OAP " Murs à Pêches ".
15. Il résulte de ce qui précède que l'intégration des parcelles cadastrées CJ 53, CJ 142, CJ 181, CJ 269 et CJ 331 au sein des périmètres des OAP " Murs à Pêches " et " Parc des Hauteurs " n'entache ces dernières d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-41 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut délimiter des terrains sur lesquels sont institués : / 1° Des emplacements réservés aux voies et ouvrages publics dont il précise la localisation et les caractéristiques ; / 2° Des emplacements réservés aux installations d'intérêt général à créer ou à modifier ; / 3° Des emplacements réservés aux espaces verts à créer ou à modifier ou aux espaces nécessaires aux continuités écologiques ; () ". Aux termes de l'article L. 152-2 du même code : " Le propriétaire d'un terrain bâti ou non bâti réservé par un plan local d'urbanisme en application de l'article L. 151-41 peut, dès que ce plan est opposable aux tiers, et même si une décision de sursis à statuer qui lui a été opposée est en cours de validité, exiger de la collectivité ou du service public au bénéfice duquel le terrain a été réservé qu'il soit procédé à son acquisition dans les conditions et délais mentionnés aux articles L. 230-1 et suivants. / Lorsqu'une servitude mentionnée à l'article L. 151-41 est instituée, les propriétaires des terrains concernés peuvent mettre en demeure la commune de procéder à l'acquisition de leur terrain, dans les conditions et délais prévus aux articles L. 230-1 et suivants ".
17. Ces dispositions ont pour objet de permettre aux auteurs d'un document d'urbanisme de réserver certains emplacements à des voies et ouvrages publics, à des installations d'intérêt général ou à des espaces verts, le propriétaire concerné bénéficiant en contrepartie de cette servitude d'un droit de délaissement lui permettant d'exiger de la collectivité publique au bénéfice de laquelle le terrain a été réservé qu'elle procède à son acquisition, faute de quoi les limitations au droit à construire et la réserve ne sont plus opposables.
18. Il ressort des pièces du dossier que le règlement du PLUI d'Est Ensemble a délimité deux emplacements réservés sur les parcelles CJ 53 et CJ 181 afin de créer un sentier de la biodiversité dont le tracé, contrairement à ce qui est soutenu, traversera, ainsi que le matérialisent les documents cartographiques de l'OAP " Murs à Pêches " et le plan de zonage du PLUi d'Est Ensemble, la parcelle CJ 181 au nord, et la parcelle CJ 53 au sud, afin de préserver, de développer et de mettre en valeur auprès de la population le réservoir de biodiversité que constitue le secteur au sein duquel sont classées les parcelles, de restaurer les abords du ru Gobétue, qui longe le fond de la parcelle CJ 53, et d'y favoriser les continuités écologiques et le développement des mobilités douces, peu important, à cet égard, qu'une piste cyclable soit d'ores-et-déjà implantée rue de Rosny. Par ailleurs, la circonstance que la création d'un emplacement réservé porte atteinte à la propriété privée demeure sans incidence sur la légalité d'une telle création, alors, qu'au surplus, la procédure de délaissement instituée par les dispositions précitées de l'article L. 152-2 du code de l'urbanisme permet au propriétaire concerné de bénéficier, en contrepartie de cette servitude, d'un droit de délaissement lui permettant d'exiger de la collectivité publique au bénéfice de laquelle le terrain a été réservé qu'elle procède à son acquisition, faute de quoi les limitations au droit à construire et la réserve ne sont plus opposables. Enfin, il n'appartient pas au tribunal d'apprécier l'opportunité du tracé choisi. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la création des emplacements réservés ERMo24 est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
19. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et identifier, localiser et délimiter les quartiers, îlots, immeubles bâtis ou non bâtis, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à conserver, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou architectural et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration () ".
20. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 151-23 du même code : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation () ".
21. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que les parcelles appartenant aux requérants comportent des murs à pêches, vestiges historiques de l'ancienne activité horticole exploitée sur ce secteur de la commune de Montreuil. Contrairement à ce qu'ils soutiennent, tant l'état initial de l'environnement décrit dans le rapport de présentation du PLUi, le règlement, et l'annexe patrimoniale " Murs à Pêches " de Montreuil indiquent que le site, inscrit pour sa qualité paysagère pittoresque et historique, s'est dégradé au fil du temps, et que des actions de restauration et de mise en valeur y sont menées depuis 2011. Si les requérants se prévalent de la circonstance que certains pans de murs situés sur leurs parcelles ont disparu ou sont en très mauvais état, les dispositions précitées de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme permettent toutefois d'identifier et de localiser des sites à protéger, conserver, mettre en valeur ou requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique et écologique, comme cela est le cas s'agissant des murs à pêches, et de définir les prescriptions de nature à assurer leur préservation leur conservation ou leur restauration.
22. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que le fond de la parcelle cadastrée CJ 53 a été classé par le règlement du PLUi en espace paysager protégé en application des dispositions précitées de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme. Il est constant qu'un garage automobile y est actuellement exploité et que la parcelle est majoritairement artificialisée. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 18, les documents cartographiques de l'OAP " Murs à Pêches " prévoient la création d'un sentier de la biodiversité et la restauration des abords du ru Gobétue, qui traverse l'extrémité sud du fond de la parcelle CJ 53. Son classement, en cohérence avec les orientations de l'OAP " Murs à Pêches ", répond, par suite, à la nécessité de protéger et de mettre en valeur le site pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques.
23. Il résulte de ce qui précède que l'institution d'une protection des parcelles cadastrées CJ 53, CJ 181 et CJ 269 au titre de l'article L. 151-19 et d'une protection du fond de la parcelle cadastrée CJ 53 au titre de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.
24. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et délimiter les quartiers, îlots et voies dans lesquels est préservée ou développée la diversité commerciale, notamment à travers les commerces de détail et de proximité, et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer cet objectif. / Il peut également délimiter, dans les zones urbaines ou à urbaniser, des secteurs dans lesquels la préservation ou le développement d'infrastructures et d'équipements logistiques est nécessaire et définir, le cas échéant, la nature de ces équipements ainsi que les prescriptions permettant d'assurer cet objectif ".
25. En l'espèce, le règlement du PLUi d'Est Ensemble prévoit la création d'un linéaire actif en zone UH, le long de la rue de Saint-Antoine, auquel est intégrée une partie de la parcelle cadastrée CJ 181. Il ressort du PADD et du plan de zonage du règlement du PLUi que ce linéaire est justifié par la nécessité de protéger ou de développer une mixité fonctionnelle et de favoriser la préservation et l'installation des commerces de proximité en rez-de-chaussée, conformément aux destinations autorisées dans la zone. Si les requérants soutiennent que la destination des constructions sur ce linéaire n'y est pas précisée, les dispositions de l'article III. 2. a. du règlement du PLUi indiquent toutefois que peuvent être implantés, en rez-de-chaussée des constructions, des locaux conformes aux destinations autorisées en zone UH sur le territoire de la commune de Montreuil, et que, s'agissant de cette commune, en zone UH et dans le périmètre de l'OAP " Murs à Pêches ", le logement est autorisé en rez-de-chaussée, dans la limite de 50 % de la surface de plancher créée. Enfin, la création de ce linéaire est justifiée par la volonté de créer des espaces de commerce en détail et de proximité afin de permettre la vente des produits locaux issus des micro-fermes urbaines et de l'activité horticole à venir. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-16 du code de l'urbanisme et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
26. En sixième et dernier lieu, par voie de conséquence de ce qui a été exposé aux points 6 à 25, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration citées au point 2 doit être écarté.
27. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B et de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les frais liés au litige :
28. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B et de M. C une somme de 2 000 euros à verser à l'EPT Est Ensemble en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.
Article 2 : Les requérants verseront à l'établissement public territorial Est Ensemble une somme de 2 000 (deux-mille) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à M. D C et à l'établissement public territorial Est Ensemble.
Délibéré après l'audience du 15 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Myara, président,
- M. Laforêt, premier conseiller,
- Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
La rapporteure, Le président, M. Hardy A. MyaraLe greffier,
L. Dionisi
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 22121362
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026