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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212234

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212234

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212234
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire enregistrés sous le n° 2212234, le 3 août et le 30 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Pierre, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur de droit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

Le préfet soutient que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter français sans délai le 27 juillet 2021 qu'il n'a pas exécutée et qu'il ne se prévaut pas d'éléments nouveaux qui justifieraient l'enregistrement de sa demande de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 202II. Par une requête enregistrée sous le n° 2212412, le 3 août 2022, M. A C, représenté par Me Pierre, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est illégale par exception d'illégalité de la décision du 27 juillet 2021 du préfet de la Seine-Saint-Denis l'obligeant à quitter sans délai le territoire français. Il soutient que cette décision n'a pas été produite par le préfet, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 776-18 du code de justice administrative, qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa durée ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, du fait de l'absence de prise en compte des éléments nouveaux relatifs à sa santé qui font obstacle à l'exécution de l'obligation de quitter territoire français.

La requête a été transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été fixée au 20 septembre 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 novembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 janvier 2023 :

- le rapport de Mme D ;

- les observations de Me Grolleau, substituant Me Pierre, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né en 1975, entré en France en 2001 selon ses déclarations, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à compter du 4 mars 2015, régulièrement renouvelée, et, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle d'une durée de trois ans expirant le 6 juin 2021. Il a entendu solliciter le renouvellement de cette carte et a été convoqué à cette fin, par courrier du 20 juin 2022, à se présenter à la préfecture le 27 juin 2022. Lors de ce rendez-vous, il s'est toutefois vu opposer un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour et notifier une décision d'assignation à résidence pour une durée de six mois. Par les requêtes susvisées, M. C demande l'annulation de ces décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande et l'a assigné à résidence pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour de M. C :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture ". Aux termes de la première phrase du premier alinéa de l'article R. 431-12 du même code : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise ".

3. Il résulte de ces dispositions que, en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer et de délivrer le récépissé y afférent que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. La circonstance qu'un étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il lui appartient d'exécuter formule une demande de titre de séjour est de nature à révéler le caractère abusif ou dilatoire de sa demande, à moins que celle-ci soit fondée sur des éléments nouveaux.

4. Le préfet soutient dans son mémoire en défense que la demande de titre de séjour de M. C présente un caractère abusif dès lors que l'intéressé a fait l'objet, le 27 juillet 2021, d'une décision l'obligeant à quitter sans délai le territoire français à laquelle il n'a pas déféré, et qu'il ne justifie d'aucun élément nouveau.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié de titres de séjour régulièrement renouvelés depuis le mois de juin 2019 et était titulaire, en dernier lieu, d'une carte de séjour pluriannuelle expirant le 6 juin 2021. Il en ressort également que l'intéressé a accompli les diligences nécessaires au renouvellement de cette carte de séjour au plus tard le 21 avril 2021, soit dans le délai prévu à l'article R. 431-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais que la préfecture a annulé, à deux reprises, les rendez-vous fixés le 21 avril 2021 puis le 6 mai 2021. Dans ces conditions, la circonstance que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 27 juillet 2021, alors que sa carte de séjour venait d'expirer, ne peut suffire à révéler le caractère abusif ou dilatoire de sa demande de titre de séjour. En tout état de cause, la circonstance que M. C a fait l'objet d'hospitalisations en urgence pour des troubles psychiatriques pendant une durée cumulée de plus de deux mois depuis l'édiction de la mesure d'éloignement du 27 juillet 2021 constitue un élément nouveau dont M. C est fondé à se prévaloir. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis a commis une erreur de droit en estimant que l'existence de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C le 27 juillet 2021 est de nature à justifier le refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée le 27 juin 2022.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision du 27 juin 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour du requérant doit être annulée.

En ce qui concerne la légalité de la décision assignant M. C à résidence pour une durée de six mois :

7. D'une part, aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 431-3 du même code : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () ".

9. Il résulte des points 2 à 6 du présent jugement que le préfet de la Seine-Saint-Denis était tenu d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. C et de lui délivrer en conséquence un récépissé autorisant sa présence sur le territoire. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il s'en suit que la décision préfectorale du 27 juin 2022 assignant M. C à résidence pour une durée de six mois doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique que le préfet de la Seine-Saint-Denis réexamine la situation de M. C, dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

12. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement au bénéfice de Me Pierre, avocate de M. C d'une somme globale de 2 000 euros au titre des frais d'instance, sous réserve que Me Pierre renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 27 juin 2022 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis a, d'une part, refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour de M. C et, d'autre part, assigné M. C à résidence pour une durée de six mois sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. C dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Pierre, avocate de M. C, une somme de 2 000 euros dans les conditions mentionnées au point 12.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Pierre et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La rapporteure,

S. D

Le président,

C. Tukov La greffière,

Signé

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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