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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212248

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212248

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantDEHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Dehan, demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 25 janvier 2006, 2 juin 2007, 2 avril 2009, 30 janvier 2015, 13 juillet 2015, 19 juillet 2015, 22 mai 2017, 16 août 2017, 19 septembre 2017, 8 octobre 2019, 2 juin 2018 et 22 août 2020.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu communication des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion des retraits de points ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2023, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits de points consécutifs aux infractions des 25 janvier 2006, 2 juin 2007, 2 avril 2009, 30 janvier 2015, 13 juillet 2015, 19 juillet 2015, 19 septembre 2017, 8 octobre 2019 et 22 août 2020 et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 19 septembre 2017 sont sans objet dès lors que cette infraction n'est pas mentionnée dans le relevé d'information intégral ;

- les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 25 janvier 2006, 2 juin 2007, 2 avril 2009, 30 janvier 2015, 13 juillet 2015 et 19 juillet 2015 sont sans objet dès lors que l'intéressé a bénéficié d'une reconstitution totale du nombre de points affecté à son permis de conduire en application de l'article L. 223-6 du code de la route le 19 octobre 2018 ;

- les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant retrait de points consécutives aux infractions commises les 8 octobre 2019 et 22 août 2020 sont sans objet dès lors que les points retirés ont été restitués ;

- les moyens soulevés par le requérant contre les autres décisions portant retrait de points ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions portant retrait de points à la suite des infractions en date des 25 janvier 2006, 2 juin 2007, 2 avril 2009, 30 janvier 2015, 13 juillet 2015, 19 juillet 2015, 22 mai 2017, 16 août 2017, 19 septembre 2017, 8 octobre 2019, 2 juin 2018 et 22 août 2020.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte du relevé d'information intégral du 31 mars 2023 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. B a été crédité d'un point les 21 juillet 2020 et 4 octobre 2021 en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, à l'expiration du délai de six mois visé par ces dispositions. Par suite, les conclusions de la requête dirigées respectivement contre les décisions de retrait d'un point consécutives aux infractions commises les 8 octobre 2019 et 22 août 2020 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables.

3. Il résulte également du même relevé d'information intégral qu'antérieurement à l'introduction de la requête, l'intéressé a bénéficié d'une reconstitution totale du nombre de points affecté à son permis de conduire en application de l'article L. 223-6 du code de la route, à l'expiration du délai de deux ans visé par le premier alinéa. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre les décisions de retrait d'un point consécutives aux infractions commises antérieurement à cette reconstitution, les 25 janvier 2006, 2 juin 2007, 2 avril 2009, 30 janvier 2015, 13 juillet 2015 et 19 juillet 2015 sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables.

4. Il résulte enfin du même relevé d'information intégral qu'aucune infraction en date du 19 septembre 2017 n'y est mentionnée. Par suite, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait de points consécutive à cette infraction sont dépourvues d'objet et doivent être déclarées irrecevables.

Sur le surplus des conclusions de la requête relatif aux infractions des 22 mai 2017, 16 août 2017 et 2 juin 2018 :

En ce qui concerne les infractions des 22 mai 2017 et 16 août 2017 :

5. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

7. Pour ce qui concerne les infractions des 22 mai 2017 et 16 août 2017, si les procès-verbaux électroniques datés respectivement des mêmes jours et les constatant sont produit à l'instance, ils ne comportent ni la signature de l'intéressé ni la mention " refus de signer ". Par ailleurs, s'il résulte du relevé d'information intégral que ces infractions ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané par l'intéressé de ces amendes ou copie des avis de contravention adressés à l'intéressé, de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route préalablement à l'édiction de ces titres exécutoires. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité les décisions contestées dès lors qu'en l'espèce, il a privé l'intéressé de la garantie d'information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification des infractions constatées, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait à la suite des infractions commises les 22 mai 2017 et 16 août 2017 doivent être regardées comme étant intervenues au terme de procédures irrégulières.

En ce qui concerne l'infraction du 2 juin 2018 :

8. En premier lieu, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date par procès-verbal électronique, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. Il en est de même de la mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée, qui possède la même valeur probante.

9. Il résulte des mentions du procès-verbal électronique du 2 juin 2018 constatant l'infraction commise le même jour, produit à l'instance, que ce procès-verbal, qui porte la mention " refus de signer ", comporte l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, le moyen tiré de ce que M. B n'aurait pas reçu l'ensemble de l'information prescrite par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route doit être écarté pour cette infraction.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 223-1 du code de la route : " () La réalité d'une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive. () ". Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

11. En l'espèce, il résulte des mentions du relevé d'information intégral produit par le ministre de l'intérieur qu'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction commise le 2 juin 2018 a été émis, sans que M. B ne fasse valoir qu'il aurait déposé une réclamation en ayant entraîné l'annulation. Par suite, la réalité de cette infraction est établie.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de quatre et trois points intervenues à la suite des infractions commises respectivement les 22 mai 2017 et 16 août 2017.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre de l'intérieur portant au total retrait de sept points affectés au permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 22 mai 2017 et 16 août 2017 sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

La magistrate désignée,

N. Syndique

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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