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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212255

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212255

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantSCP D AVOCATS SAIDJI ET MOREAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 juillet 2022 et 13 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Brun, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de constater la nullité du contrat sur la base duquel l'université Paris 8 a émis les factures objets de la saisie administrative à tiers détenteur contestée :

2°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision de saisie à tiers détenteur du 10 mars 2022 d'un montant de 3 819, 10 euros, correspondant aux frais de formation continue qui lui ont été facturés au titre de l'année universitaire 2016/2017 ;

3°) de condamner l'université Paris 8 à lui payer la somme de 3 000 euros, à titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'université Paris 8 la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors les moyens soulevés portent sur l'obligation de paiement ;

- elle n'est tenue à aucun paiement dès lors que le contrat de formation litigieux est nul, compte tenu de l'irrégularité formelle de ce contrat au regard des prescriptions de l'article L. 6353-4 du code du travail ;

- le délai de rétractation prévu à l'article 4 du contrat litigieux n'a pas été respecté ;

- les factures sont prescrites, en application de la prescription quadriennale.

Par des mémoires enregistrés les 12 octobre 2022 et 22 juin 2023, l'université Paris 8, représentée par Me Moreau, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme A de la somme de 2 000 euros, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions tendant à la nullité du contrat sont irrecevables ; la convention de formation en litige est un contrat administratif, conclu par l'Université dans l'exercice de sa mission de service public de l'enseignement supérieur, qui inclut notamment la formation continue tout au long de la vie ;

- les autres moyens soulevés par la s requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 19 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- les conclusions de M. Silvy, rapporteur public,

- et les observations de Me Stéfanova, substituant Me Moreau, représentant l'Université Paris 8.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, psychologue clinicienne, a conclu, le 24 novembre 2016, avec l'université Paris 8 un contrat de formation professionnelle portant sur la formation " DFSSU pratique de la psychothérapie et psychopathologie clinique " et fixant les frais de formation à un montant de 3 819,10 euros. Suite à l'abandon par la requérante de sa formation professionnelle, l'agent comptable de l'Université Paris 8 a émis, le 11 mars 2020, un titre de perception pour un montant total de 3 819,10 euros. Après plusieurs lettres de relance invitant Mme A à procéder au règlement de cette somme, restées sans réponse, l'Université Paris 8 a adressé à la requérante une notification de saisie administrative à tiers détenteur le 2 décembre 2021. Ce pli étant revenu à l'université Paris 8 comme avisé et non réclamé, l'Université Paris 8 a adressé à la banque postale ainsi qu'à Mme A une notification de saisie administrative à tiers détenteur le 10 mars 2022. L'intéressée a alors contesté le bien-fondé de la créance et sollicité la mainlevée de cette saisie les 21 et 22 avril 2022 auprès de l'agent comptable et de la présidente de l'université Paris 8. Ce recours ayant été rejeté implicitement, Mme A demande au tribunal de constater la nullité du contrat de formation litigieux ainsi que l'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur effectuée sur ses comptes bancaires.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'université Paris 8 portant sur les conclusions tendant à la constatation de la nullité du contrat de formation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 123-3 du code de l'éducation : " Les missions du service public de l'enseignement supérieur sont : / 1° La formation initiale et continue tout au long de la vie () ". Aux termes de l'article L. 123-4 du même code : " Le service public de l'enseignement supérieur offre des formations à la fois scientifiques, culturelles et professionnelles. / A cet effet, le service public : () 2° Dispense la formation initiale ; 3° Participe à la formation continue ; () / La formation continue s'adresse à toutes les personnes engagées ou non dans la vie active. Organisée pour répondre à des besoins individuels ou collectifs, elle inclut l'ouverture aux adultes des cycles d'études de formation initiale, ainsi que l'organisation de formations professionnelles ou à caractère culturel particulières. ". Et aux termes de l'article D. 122-5 du même code : " La mission de formation continue des adultes s'exerce dans le cadre général fixé par le code du travail () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 6311-1 du code du travail : " La formation professionnelle continue a pour objet de favoriser l'insertion ou la réinsertion professionnelle des travailleurs, de permettre leur maintien dans l'emploi, de favoriser le développement de leurs compétences et l'accès aux différents niveaux de la qualification professionnelle, de contribuer au développement économique et culturel, à la sécurisation des parcours professionnels et à leur promotion sociale () ". Aux termes de l'article L. 6313-1 du même code dans sa rédaction alors en vigueur : " Les actions de formation qui entrent dans le champ d'application des dispositions relatives à la formation professionnelle continue sont : () / 6° Les actions d'acquisition, d'entretien ou de perfectionnement des connaissances () ". Et aux termes de l'article L. 6353-3 du même code : " Lorsqu'une personne physique entreprend une formation, à titre individuel et à ses frais, un contrat est conclu entre elle et le dispensateur de formation. / Ce contrat est conclu avant l'inscription définitive du stagiaire et tout règlement de frais ".

4. L'université Paris 8 est un établissement public à caractère scientifique et culturel régi par les articles susmentionnés du code de l'éducation et qui, pour exercer les missions qui lui sont conférées par l'article 123-3 de ce code, parmi lesquelles figurent la formation continue, peut, aux termes de son article L. 711-1, assurer, par voie de convention, des prestations de service à titre onéreux. Dès lors que la convention a pour objet des études sanctionnées par la délivrance d'un diplôme universitaire, elle est relative à l'exécution même du service public de formation continue assuré par l'université et revêt donc le caractère d'un contrat administratif. Si les parties à un contrat administratif peuvent saisir le juge d'un recours de plein contentieux contestant la validité du contrat qui les lie, cette action est ouverte pendant toute la durée d'exécution de celui-ci. Or, la requérante, n'a pas formé une action contestant la validité du contrat pendant la durée de son exécution. Il suit de là que les conclusions de Mme A tendant à constater la nullité du contrat de formation sont irrecevables et que la fin de non-recevoir opposée par l'université Paris 8 doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la saisie administrative à tiers détenteur :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ".

6. Mme A ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées de la loi du 31 décembre 1968 qui instituent une prescription quadriennale au bénéfice de l'administration.

7. En second lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites (). Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () b) Pour les créances non fiscales de l'Etat, des établissements publics de l'Etat, de ses groupements d'intérêt public et des autorités publiques indépendantes, dotés d'un agent comptable, devant le juge de droit commun selon la nature de la créance. ". Il résulte de ces dispositions qu'un acte de poursuite diligenté pour la récupération par un établissement public de l'État d'une créance non fiscale peut être contesté, d'une part, devant le juge de l'exécution, pour les contestations de la régularité formelle de cet acte et, d'autre part, devant le juge compétent pour connaître du contentieux du bien-fondé de la créance, pour les contestations portant sur l'obligation de payer, le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et l'exigibilité de la somme réclamée.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 6353-4 du même code : " Le contrat conclu entre la personne physique qui entreprend une formation et le dispensateur de formation précise, à peine de nullité : 1° La nature, la durée, le programme et l'objet des actions de formation qu'il prévoit () ; / 2° Le niveau de connaissances préalables requis () ; / 3° Les conditions dans lesquelles la formation est donnée aux stagiaires () ; / 4° Les diplômes, titres ou références des personnes chargées de la formation prévue par le contrat ; / 5° Les modalités de paiement () ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 4, Mme A ne peut utilement soutenir que le contrat de formation qu'elle a signé serait nul au motif que les dispositions, prescrites à peine de nullité, par l'article L. 6353-4 du code du travail n'auraient pas été respectées par l'université Paris 8.

10. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 6353-5 du code du travail : " Dans le délai de dix jours à compter de la signature du contrat, le stagiaire peut se rétracter par lettre recommandée avec avis de réception ". Aux termes de l'article 4 du contrat de formation conclu le 24 novembre 2016 entre Mme A et la présidente de l'Université Paris 8 : " A compter de la date de signature du présent contrat, le stagiaire dispose d'un délai de 10 jours pour se rétracter. Il doit en informer l'organisme de formation par lettre recommandée avec accusé de réception. Dans ce cas, toutes les sommes versées seront remboursées. "

11. Si Mme A invoque le non-respect du délai de rétractation de dix jours pour se défaire de son engagement, en tout état de cause, il résulte de l'instruction que l'intéressée, après avoir suivi la formation pendant plusieurs jours l'a subitement interrompue, sans en informer l'administration, malgré la lettre recommandée avec accusé de réception du 20 juin 2018 de l'université Paris 8, l'invitant à transmettre copie de la lettre recommandée informant l'université de l'usage de son droit de rétractation et copie de tout courrier informant l'université de l'interruption de la formation au-delà des dix jours.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la saisie à tiers détenteur du 10 mars 2022 d'un montant de 3 819, 10 euros doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette l'ensemble des conclusions à fin d'annulation de la requérante, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction doivent dès lors être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

14. Compte tenu de ce qui précède, Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'université Paris 8 à lui payer la somme de 3 000 euros, à titre de dommages et intérêts. Les conclusions indemnitaires de Mme A, au demeurant irrecevables, doivent ainsi être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université Paris 8, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande sur le fondement de cet article. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de Mme A la somme sollicitée par l'université Paris 8 au titre du même article.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de l'université Paris 8 tendant à la mise à la charge de Mme A d'une somme sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'université Paris 8.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La rapporteure,

N. Caro

La présidente,

J. Jimenez

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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