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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212262

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212262

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212262
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantCOHEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 3 août 2022 et 17 novembre 2022, M. A B, représenté par Me Cohen, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision référencée 48SI, qui aurait été notifiée le 1er février 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté l'invalidité de son permis de conduire en raison d'un solde de points nul ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 18 avril 2021, 17 avril 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 9 mars 2021, 3 mars 2021, 25 février 2021, 13 février 2021, 8 décembre 2020 et 2 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points illégalement retirés ainsi que son permis de conduire affecté d'un capital de points ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que

- il n'a jamais été destinataire de la décision référencée 48SI de sorte que sa requête est recevable ;

- en méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, il n'a jamais reçu une information préalablement au retrait de points contestés ;

- la réalité des infractions n'est pas établie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive dès lors que la décision 48SI a été notifiée au requérant le 1er février 2022 ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

En application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal administratif a désigné Mme Syndique pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Syndique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler la décision référencée 48SI, notifiée le 1er février 2022 selon les mentions portées dans le relevé d'information intégral, par laquelle le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer, ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 18 avril 2021, 17 avril 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 9 mars 2021, 3 mars 2021, 25 février 2021, 13 février 2021, 8 décembre 2020 et 2 avril 2021.

Sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du code de la route : " () Si le retrait de points aboutit à un nombre nul de points affectés au permis de conduire, l'auteur de l'infraction est informé par le ministre de l'intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception du nombre de points retirés. Cette lettre récapitule les précédents retraits ayant concouru au solde nul, prononce l'invalidation du permis de conduire et enjoint à l'intéressé de restituer celui-ci au préfet du département ou de la collectivité d'outre-mer de son lieu de résidence dans un délai de dix jours francs à compter de sa réception. () ".

3. D'une part, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.

4. D'autre part, aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation à une adresse où il ne réside plus du pli notifiant une décision relative à son permis de conduire et prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux. La circonstance qu'il serait également titulaire du certificat d'immatriculation d'un véhicule, et soumis en cette qualité, par les dispositions de l'article R. 322-7 du code de la route, à l'obligation de signaler ses changements de domicile aux services compétents en la matière, est à cet égard sans incidence.

5. En l'espèce, le ministre de l'intérieur soutient que la requête introduite le 3 août 2022 est tardive dès lors que la décision 48SI en litige a été notifiée à l'intéressé le 1er février 2022. Toutefois, s'il résulte de l'instruction qu'une décision référencée 48SI a été adressée le 31 janvier 2022 à M. B par courrier recommandé avec avis de réception, au 13 boulevard Victor Bordier à Montigny-les-Cormeilles, M. B, qui produit un contrat de bail et plusieurs quittances de loyer, établit résider à une autre adresse depuis le 1er juillet 2021. Au surplus, si la copie du recto du pli produit par le ministre porte la mention " pli avisé et non réclamé ", l'accusé de réception postal n'indique pas la date de présentation du pli. Dans ces conditions, la décision 48SI ne peut être regardée comme ayant été régulièrement notifiée à M. B. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Aux termes de l'article L. 223-3 du code de la route : " Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. () ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code : " I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie, que si l'auteur de l'infraction s'est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tout moyen, qu'elle a satisfait à cette obligation d'information.

En ce qui concerne l'infraction du 2 avril 2021 :

8. Pour ce qui concerne l'infraction du 2 avril 2021, si le procès-verbal électronique daté du même jour et la constatant est produit à l'instance, il ne comporte ni la signature de l'intéressé ni la mention " refus de signer ". Par ailleurs, s'il résulte du relevé d'information intégral que cette infraction a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire pour le recouvrement d'une amende forfaitaire majorée, le ministre de l'intérieur ne produit en défense aucune copie d'un document attestant du paiement spontané par l'intéressé de cette amende ou copie de l'avis de contravention adressé à l'intéressé, de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité la décision contestée dès lors qu'en l'espèce, il a privé l'intéressé de la garantie d'information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l'infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que la décision de retrait de trois points correspondant à l'infraction commise le 2 avril 2021 doit être regardée comme étant intervenue au terme d'une procédure irrégulière.

En ce qui concerne les infractions des 8 décembre 2020, 13 février 2021, 25 février 2021, 3 mars 2021, 9 mars 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 17 avril 2021 et 18 avril 2021 :

9. Il résulte du relevé d'information intégral du 10 octobre 2022 que les infractions des 8 décembre 2020, 13 février 2021, 25 février 2021, 3 mars 2021, 9 mars 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 17 avril 2021 et 18 avril 2021 ont été constatées par voie de radar automatique et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Si le ministre de l'intérieur produit en défense la copie des avis d'amende forfaitaire majorée relatifs à ces infractions ainsi que la copie des rectos et versos ou du seul verso des plis ayant contenu ces avis, retournés par le service postal, il résulte de l'instruction que ces plis ont tous été envoyés après le 1er juillet 2021 à l'adresse où le requérant n'était plus domicilié, ainsi qu'exposé au point 5. Au surplus, si ces plis portent tous la mention " pli avisé et non réclamé ", la date de présentation du pli n'est pas précisée sur quatre d'entre eux. En l'absence de notification régulière des avis d'amende forfaitaire majorée, et alors qu'aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile, ainsi que rappelé au point 4, le requérant ne peut être regardé comme ayant reçu l'information préalable prévue par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route. Par ailleurs, le ministre de l'intérieur ne produit aucune copie d'un document attestant du paiement spontané par l'intéressé des amendes forfaitaires majorées, de nature à établir que M. B aurait nécessairement reçu l'information requise. Ce vice de procédure est de nature à entacher d'illégalité les décisions en cause dès lors qu'en l'espèce, il a privé l'intéressé de la garantie d'information prévue par cet article, notamment en ce qui concerne la qualification de l'infraction constatée, information déterminante pour connaître le nombre de points en jeu. Il suit de là que les décisions de retrait correspondant aux infractions commises les 8 décembre 2020, 13 février 2021, 25 février 2021, 3 mars 2021, 9 mars 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 17 avril 2021 et 18 avril 2021 doivent être regardées comme étant intervenues au terme de procédures irrégulières.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation des décisions de retrait de points relatives aux infractions commises les 8 décembre 2020, 13 février 2021, 25 février 2021, 3 mars 2021, 9 mars 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 17 avril 2021, 18 avril 2021 et 2 avril 2021 ainsi que, par voie de conséquence, celle de la décision 48SI en litige.

Sur l'injonction :

11. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que l'administration reconnaisse à M. B le bénéfice des points restant affectés à son permis de conduire. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer, à la date des décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 18 avril 2021, 17 avril 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 9 mars 2021, 3 mars 2021, 25 février 2021, 13 février 2021, 8 décembre 2020 et 2 avril 2021, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route, le bénéfice des douze points illégalement retirés et de reconstituer en conséquence le capital de points attaché au permis de conduire du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de point et le droit de conduire de l'intéressé.

Sur les frais de l'instance :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme réclamée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du ministre de l'intérieur portant globalement retrait de douze points affectés au permis de conduire de M. B à la suite des infractions commises les 18 avril 2021, 17 avril 2021, 26 mars 2021 à 22 heures 53 et 23 heures, 9 mars 2021, 3 mars 2021, 25 février 2021, 13 février 2021, 8 décembre 2020 et 2 avril 2021 ainsi que la décision 48SI attaquée sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de restituer à M. B, dans le traitement automatisé mentionné à l'article L. 225-1 du code de la route le bénéfice des douze points visés à l'article 1er, en en tirant lui-même toutes les conséquences à la date de sa nouvelle décision sur le capital de points et le droit de conduire de l'intéressé.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La magistrate désignée,

N. SyndiqueLe greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2212262

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