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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212703

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212703

jeudi 1 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212703
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 août 2022 et le 31 août 2022 sous le numéro 2212703, M. D A, représenté par Me Esteveny, demande au président du tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a maintenu en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile et de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de cette décision de maintien en rétention n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- en décidant de son maintien en rétention avant même le dépôt de sa demande d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ;

-

- en se fondant sur la seule circonstance qu'il a présenté une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention pour estimer que cette demande a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, le préfet a commis une erreur de droit ;

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 16 août 2022 et le 31 août 2022 sous le numéro 2212786, M. D A, représenté par Me Esteveny, demande au président du tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne l'a maintenu en rétention ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer sans délai une attestation de demande d'asile et de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sous astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de cette décision de maintien en rétention n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier ;

- elle a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les dispositions des articles R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans la mesure où le préfet n'établit pas lui avoir communiqué les informations prévues par cet article ;

- elle méconnaît son droit à un recours effectif, dès lors que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile formé en rétention n'est pas suspensif ;

- en décidant de son maintien en rétention avant même le dépôt de sa demande d'asile, le préfet a commis une erreur de droit ;

- en se fondant sur la seule circonstance qu'il a présenté une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention pour estimer que cette demande a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, le préfet a commis une erreur de droit ;

-

- cette décision méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du Tribunal administratif de Montreuil a délégué M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des articles R. 777-2-3 et R. 777-2-4 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience. Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Esteveny, représentant M. A, présent, assisté de

M. E, interprète en langue dioula, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir qu'en prenant la décision de maintien en rétention antérieurement à l'enregistrement de la demande d'asile, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ou, à tout le moins, d'un défaut d'examen particulier et que son client a précédemment considéré la demande d'asile comme moins urgente du fait de sa minorité puis de sa détention.

- et les observations de Me Tran, pour le préfet de l'Essonne.

Les parties ont été informées à l'audience, conformément aux articles R. 611-7 et

R. 776-25 du code justice administrative, que la décision était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de la tardiveté de la requête n° 2212786.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 août 2022, le préfet de l'Essonne a décidé de maintenir en rétention administrative M. A, ressortissant ivoirien, qui avait manifesté, le même jour, sa volonté de demander l'asile. Par décision en date du 30 août 2022, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a prononcé le rejet de la demande d'asile de l'intéressé. M. A demande l'annulation de l'arrêté du préfet.

2. Les requêtes de M. A sont dirigées contre la même décision et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que

" dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

4. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, par arrêté du 17 juin 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, le chef du bureau de l'éloignement du territoire, signataire de la décision contestée, a reçu délégation du préfet de ce département à l'effet notamment de signer toute décision relevant des attributions de son bureau. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit, par suite, être écarté.

6. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des énonciations de l'arrêté contesté, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet de l'Essonne a procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen du dossier de M. A. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige serait entaché d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.

8. En quatrième lieu, M. A invoque l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et allègue que, en l'absence d'audition portant spécifiquement sur ses

1.

craintes en cas de retour dans son pays d'origine, la décision de maintien en rétention a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et en violation du respect du principe du contradictoire dans la procédure préalable. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Ce principe n'implique toutefois pas que l'administration mette l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision de le maintenir en rétention administrative pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet de celle-ci, dans l'attente de son départ, dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou sur la perspective de l'éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de l'arrêté en litige, il aurait été empêché, depuis son placement en rétention le 8 août 2022, ou depuis l'expression, le 11 août 2022, de son intention de demander l'asile, d'émettre toutes observations utiles relatives à son maintien en rétention durant l'examen de sa demande d'asile. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis au demandeur d'asile un document d'information sur la procédure de demande d'asile, sur ses droits et sur les obligations qu'il doit respecter au cours de la procédure, sur les conséquences que pourrait avoir le non-respect de ses obligations ou le refus de coopérer avec les autorités et sur les moyens dont il dispose pour l'aider à introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides () ". Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu remettre, le 12 août 2022, un document d'information relatif à ses droits en rétention, et notamment au dépôt d'une demande d'asile. Dès lors qu'il a déposé une demande d'asile en rétention, il est réputé, par la concrétisation de sa démarche, avoir reçu les informations relatives aux droits et obligations du demandeur d'asile placé en rétention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article

R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

10. En sixième lieu, la décision de maintien en rétention contestée ne fait pas obstacle à la saisine de la Cour nationale du droit d'asile par le requérant. La circonstance que cette saisine ne soit pas suspensive de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé ne porte pas en elle-même atteinte au droit de celui-ci à un recours effectif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / () A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et

1.

l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article

L. 521-7. " L'article R. 754-7 de ce code dispose : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. "

12. D'une part, la circonstance qu'un étranger placé en rétention manifeste son intention de demander à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides la reconnaissance de la qualité de réfugié produit des effets de droit avant même le dépôt de cette demande. D'autre part, il ne résulte pas des dispositions précitées que le préfet serait tenu, à peine d'irrégularité de sa décision, d'attendre le dépôt de cette demande avant de se prononcer sur le maintien en rétention d'un étranger ayant manifesté une telle intention. Au demeurant, en l'absence d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur de droit que le préfet de l'Essonne a édicté, le 11 août 2022, une décision portant maintien en rétention de M. A, qui avait manifesté l'intention de demander l'asile.

13. En huitième lieu, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que pour considérer que M. A a sollicité une protection internationale dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement le concernant, le préfet s'est également fondé sur la circonstance qu'entré en France en 2018 et y séjournant de façon irrégulière, l'intéressé n'a entrepris aucune démarche en vue de former une telle demande. Par suite, M. A n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir qu'en se fondant sur la seule circonstance qu'il a présenté une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention, le préfet ait commis une erreur de droit.

14. En neuvième lieu, la décision portant maintien en rétention est, par elle-même, insusceptible d'avoir pour effet d'exposer M. A à un risque de subir des traitements inhumains ou dégradants. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

15. En dixième lieu, M. A dit avoir quitté, à l'âge de 10 ans, la Côte d'Ivoire, où ses deux parents ont été assassinés en raison de l'engagement politique de son père et où il a été victime d'une attaque à la bombe avec ses frères et sœurs. Il indique qu'il est arrivé en Libye à l'âge de 12 ans, puis en Italie à l'âge de 14 ans, enfin en France en 2018, année de ses 15 ans. Toutefois, il ne justifie ni avoir été empêché de se renseigner sur les démarches à entreprendre en vue d'obtenir une protection internationale depuis son arrivée sur le territoire de l'Union européenne, ni disposer d'informations selon lesquelles il serait actuellement et personnellement exposé à des risques de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d'Ivoire et dont il n'aurait pu faire état antérieurement à son placement en rétention. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée par décision du 25 août 2022. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne a pu considérer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que la procédure de demande d'asile a été engagée par M. A dans le seul but de faire échec à l'exécution de son éloignement.

16. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 11 août 2022 par lequel le préfet de l'Essonne a décidé de le maintenir en rétention.

1.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

18. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Dès lors, les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les requêtes de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Essonne.

Lu en audience publique le 1er septembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

A. B

Le greffier,

Signé

M. C

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