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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212743

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212743

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212743
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 10 août 2022 et 13 février 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Aegefim Promotion, représentée par Me Fouchet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2022 par lequel la maire de la commune de Drancy a refusé de lui délivrer le permis n° PC 93029 22 A0029, ayant pour objet la construction d'un bâtiment en R+3+attique comportant 52 logements collectifs sur des parcelles cadastrées G51, G52, G54, G55, G108, G251 et G255, situées 54 à 60 rue Dominique Roberty et 25 bis à 31 rue Morin à Drancy ;

2°) d'enjoindre à la maire de Drancy de lui délivrer le permis de construire sollicité, ou, à défaut, de réexaminer sa demande, dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Drancy le versement d'une somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société requérante soutient que :

- le signataire de l'arrêté contesté ne justifie pas de sa compétence ;

- cet arrêté est insuffisamment motivé, en violation de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ;

- les motifs de refus du permis sollicité ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, enregistrés les 17 janvier et 24 février 2023, la commune de Drancy, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête, à titre principal, comme irrecevable et, à titre subsidiaire, comme mal fondée et à ce que la société requérante soit condamnée à lui verser la somme de 3 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable, car elle est dirigée contre une décision confirmative d'un précédent arrêté, en date du 4 mars 2022, refusant un projet identique, et qu'en outre, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jasmin-Sverdlin, rapporteure,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Cornille, représentant la société Aegefim Promotion et de Me Alibay, représentant la commune de Drancy.

Considérant ce qui suit :

1. La société Aegefim Promotion a déposé, le 31 mars 2022, sous le numéro PC 93029 22 A0029, une demande de permis de construire un bâtiment en R+3+attique comportant 52 logements collectifs sur des parcelles cadastrées G51, G52, G54, G55, G108, G251 et G255, situées 54 à 60 rue Dominique Roberty et 25 bis à 31, rue Morin à Drancy. Par un arrêté du 27 juin 2022 dont la société requérante demande l'annulation, la maire de Drancy a refusé de délivrer ce permis.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne la motivation :

2. Aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

3. L'arrêté du 27 juin 2022 cite les articles R. 111-27 et R. 423-1 du code de l'urbanisme. Il indique que " le traitement de l'angle des deux rues est insuffisant et propose une architecture rudimentaire ", que " les acrotères reçoivent un traitement architectural minimaliste ce qui se traduit par un aspect inesthétique " et que les propriétaires de trois des terrains avec lesquels la société requérante avait signé une promesse de vente ont renoncé à cette vente. Par suite, l'arrêté du 27 juin 2022 comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

En ce qui concerne la compétence du signataire :

4. M. B C, adjoint au maire, a reçu délégation de signature de la maire de Drancy, par arrêté en date du 5 juin 2020, transmis au contrôle de légalité le même jour et affiché en mairie du 5 juin au 5 août 2020, pour " assurer les affaires courantes dans le domaine de l'urbanisme ". En outre, M. C a, par arrêté du 12 juin 2020, transmis au contrôle de légalité le même jour et affiché en mairie du 12 juin au12 août 2020, reçu délégation de signature de la maire de Drancy pour " signer les permis de construire, les permis de démolir et les autorisations de travaux ". La circonstance que les attestations de la maire de Drancy relatives aux dates d'affichage de ces arrêtés, qui font foi jusqu'à preuve du contraire, aient été rédigées le jour même de leur édiction, n'entache pas d'irrégularité cet affichage. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne les motifs de la décision attaquée :

5. Aux termes de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont adressées par pli recommandé avec demande d'avis de réception ou déposées à la mairie de la commune dans laquelle les travaux sont envisagés : a) Soit par le ou les propriétaires du ou des terrains, leur mandataire ou par une ou plusieurs personnes attestant être autorisées par eux à exécuter les travaux ; b) Soit, en cas d'indivision, par un ou plusieurs co-indivisaires ou leur mandataire ; c) Soit par une personne ayant qualité pour bénéficier de l'expropriation pour cause d'utilité publique. " Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 435-1 de ce code : " La demande comporte également l'attestation du ou des demandeurs qu'ils remplissent les conditions définies à l'article R. 423-1 pour déposer une demande de permis. "

6. Il résulte de ces dispositions que les demandes de permis de construire doivent seulement comporter l'attestation du pétitionnaire qu'il remplit les conditions définies à l'article R. 423-1 cité ci-dessus. Les autorisations d'utilisation du sol, qui ont pour seul objet de s'assurer de la conformité des travaux qu'elles autorisent avec la législation et la réglementation d'urbanisme, étant accordées sous réserve du droit des tiers, il n'appartient pas à l'autorité compétente de vérifier, dans le cadre de l'instruction d'une demande de permis, la validité de l'attestation établie par le demandeur. Ainsi, sous réserve de la fraude, le pétitionnaire qui fournit l'attestation prévue à l'article R. 423-1 du code doit être regardé comme ayant qualité pour présenter sa demande. Il résulte de ce qui précède que les tiers ne sauraient utilement invoquer, pour contester une décision accordant une telle autorisation au vu de l'attestation requise, la circonstance que l'administration n'en aurait pas vérifié l'exactitude.

7. Toutefois, lorsque l'autorité saisie d'une telle demande de permis de construire vient à disposer au moment où elle statue, sans avoir à procéder à une mesure d'instruction lui permettant de les recueillir, d'informations de nature à établir son caractère frauduleux ou faisant apparaître, sans que cela puisse donner lieu à une contestation sérieuse, que le pétitionnaire ne dispose, contrairement à ce qu'implique l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, d'aucun droit à la déposer, il lui revient de refuser la demande de permis pour ce motif.

8. Il est constant que les propriétaires des parcelles cadastrées section G n°54, n°108 et n°251 ont renoncé à vendre leur bien à la société Aegefim Promotion, dans le cadre de l'exercice par le maire de la commune de Drancy du droit de préemption urbain sur ces parcelles. Ainsi, à la date de la décision attaquée, la société requérante n'était plus titulaire d'une promesse de vente sur trois des parcelles composant le terrain d'assiette, l'autorisant à déposer une demande de permis de construire le projet envisagé. Par suite, le maire de Drancy n'a pas inexactement appliqué les dispositions précitées de l'article R. 423-1 du code de l'urbanisme, en refusant de délivrer à la société Aegefim Promotion le permis sollicité au motif de leur méconnaissance.

9. Si la société requérante soutient que l'autre motif mentionné dans la décision attaquée serait matériellement inexact ou entaché d'erreur de droit, il ressort des pièces du dossier que la maire de Drancy aurait, en tout état de cause, pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de ce que la société requérante ne remplissait pas les conditions prévues par l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme pour déposer une demande de permis de construire concernant le projet envisagé. Dès lors, le moyen de la requête dirigé contre le motif selon lequel le projet envisagé méconnaissait les règles relatives à l'aspect extérieur des constructions et à l'insertion du projet dans son environnement, est inopérant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, les conclusions présentées par la société Aegefim Promotion à fin d'annulation de l'arrêté n° PC 93029 22 A0029 du 27 juin 2022 doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte seront également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Drancy la somme que demande la société Aegefim Promotion, partie perdante à la présente instance, à ce titre.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société requérante le versement à la commune de Drancy de la somme que celle-ci demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Aegefim Promotion est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Drancy à fin d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Aegefim Promotion et à la commune de Drancy.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Katia Weidenfeld, présidente,

- Mme Irène Jasmin-Sverdlin, première conseillère,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

La rapporteure,

I. Jasmin-Sverdlin

La présidente,

K. WeidenfeldLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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