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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212848

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212848

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 17 août et

26 septembre 2022 et le 17 mai 2023, M. A C, représenté par Me Esteveny, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté en date du 11 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la recevabilité de la requête :

- les conditions de notification sont irrégulières et ont porté atteinte à son droit d'exercer un recours effectif ;

- en tout état de cause, le recours a été déposé dans les délais auprès de l'administration pénitentiaire, qui était en charge de son acheminement.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation ;

- il a méconnu son droit d'être entendu ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a méconnu son droit d'être entendu ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen complet et particulier de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est tardive ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

La clôture de l'instruction a été fixée au 11 avril 2023 à 12 h par une ordonnance du

10 mars 2023.

Par une lettre en date du 15 mai 2023, les parties ont été informées par le tribunal, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté, dès lors que le préfet, qui vise les dispositions des articles L. 621-1 et L. 622-2 et suivants, relatives aux décisions de remise, prononce toutefois une obligation de quitter le territoire français dans l'article 1er de son arrêté, qu'il motive en droit sur l'article L. 611-3-5° et en fait sur l'appréciation du droit au séjour applicable aux ressortissants communautaires prévu à l'article L. 251-1 alors que le requérant est de nationalité nigériane. Le préfet prend en outre une décision portant interdiction de circulation, qui ne peut assortir qu'une décision de remise, qui n'est en l'espèce, pas prononcée ou une obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre d'un ressortissant communautaire, qui n'est pas applicable.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme de Bouttemont, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité , est entré sur le territoire français le 3 août 2022. Il a été écroué le 7 août suivant à la maison d'arrêt de Villepinte pour transport, détention et importation non autorisée en contrebande de stupéfiants, faits pour lesquels il a été condamné le 2022 à quatre ans d'emprisonnement. Il demande l'annulation de l'arrêté en date du 11 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit et prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".

3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / (). " . Aux termes de l'article L. 614-14 du même code : " En cas de détention de l'étranger, celui-ci est informé dans une langue qu'il comprend, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qu'il peut, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Aux termes de l'article R. 776-19 du même code : " Si, au moment de la notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1, l'étranger est retenu par l'autorité administrative, sa requête peut valablement être déposée, dans le délai de recours contentieux, auprès de ladite autorité administrative () ". Par ailleurs, il résulte des dispositions combinées des articles R. 776-19 et R. 776-31 du même code, que les étrangers ayant reçu notification d'une décision mentionnée à l'article R. 776-1 du code alors qu'ils sont en détention ont la faculté de déposer leur requête, dans le délai de recours contentieux, auprès du chef de l'établissement pénitentiaire.

6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, M. C, qui a déclaré être entré sur le territoire français le 2022, a été écroué trois jours plus tard, le 7 août, à la maison d'arrêt de Villepinte. L'arrêté contesté du 11 août 2022 lui a été notifié par voie administrative le même jour à 15 h 18, sans assistance d'un interprète. Si le requérant, qui a refusé de signer la notification, fait valoir ne pas comprendre le français justifiant sa demande dès le 11 août 2022 de bénéficier de l'assistance d'un interprète en langue anglaise, le préfet n'apporte aucun élément en défense permettant d'établir que le requérant parlerait ou maîtriserait suffisamment le français ou aurait reçu notification de l'arrêté contesté dans une langue qu'il comprenait ou dont il était raisonnable de supposer qu'il la comprenait. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que, en application de l'article L. 614-14 précité, M. C aurait été informé, dans une langue qu'il comprenait, qu'il pouvait, avant même l'introduction de sa requête, demander au président du tribunal administratif l'assistance d'un interprète ainsi que d'un conseil. Dans ces conditions et alors même que la notification comportait l'indication des voies et délais de recours, y compris la possibilité de déposer un recours auprès du greffe ou du chef de l'établissement pénitentiaire, le délai de quarante-huit heures n'était pas opposable au requérant. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté contesté qu'alors même que le préfet a entendu se fonder sur les dispositions des articles L. 621-1 et L. 622-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux décisions de remise, il prononce toutefois dans l'article 1er de son arrêté une obligation de quitter le territoire français en contradiction avec les textes qu'il cite en visa. Par ailleurs, après avoir également cité dans le corps de l'arrêté les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers relative aux obligations de quitter le territoire français prononcées à l'encontre des ressortissants d'un Etat tiers en cas de menace à l'ordre public, il motive toutefois sa décision en fait, en faisant état, de la circonstance qu'en l'absence d'aucune activité professionnelle ou de recherche d'emploi, l'intéressé constitue " d'une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale français et en conséquence d'aucun droit au séjour " et " d'une atteinte à un intérêt fondamental de l'Etat ", motivation renvoyant à l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux ressortissants communautaires ou assimilés, alors que M. C est de nationalité nigériane. Enfin, le préfet assortit sa décision portant obligation de quitter le territoire français " d'une interdiction de circulation sur le territoire français ", qui ne peut accompagner qu'une décision de remise, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, ou une obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre d'un ressortissant communautaire, ce qui ne l'est pas davantage. Par suite, eu égard à ces éléments, au demeurant contradictoires, le préfet a entaché l'arrêté contesté d'un défaut de base légale.

8. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu de prononcer l'annulation de la décision du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 11 août 2022 portant obligation de quitter le territoire français. Les décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée de trente-six mois doivent, par voie de conséquence, être annulées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Esteveny, avocat de M. C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Esteveny de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

D E C I D E :

Article 1er : L'aide juridictionnelle provisoire est accordée à M. C.

Article 2 : L'arrêté du 11 août 2022 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. C à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Esteveny renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Esteveny, avocat de M. C, une somme de 1 000 euro en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. C par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. C.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Esteveny.

Délibéré après l'audience du 26 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Salzmann, présidente,

Mme de Bouttemont, première conseillère,

M. L'hôte, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La rapporteure,La présidente,Signé Signé Mme de BouttemontMme SalzmannLa greffière,Signé Mme B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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