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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212856

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212856

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 août 2022, M. D G, représenté par Me Le Gall, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé l'interdiction de retour sur le territoire français de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme représentant la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence de son signataire ;

- il est entaché d'un vice de procédure : il n'a pu présenter des observations préalablement à son édiction ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait 'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- sa durée est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet, qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Le Gall.

Le préfet n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à l'encontre du requérant, ressortissant tunisien, une obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de douze mois.

I. Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique susvisée : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 portant application de cette loi : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

II. -Sur les conclusions de la requête aux fins d'annulation et au titre des frais liés au litige :

3. Par un arrêté du 24 janvier 2022 régulièrement publié, Mme A C a reçu délégation du préfet de ce département, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F E, directrice des étrangers et des naturalisations, à l'effet de signer notamment toute décision portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le délai de départ, les décisions fixant le pays vers lequel sera éloigné un étranger et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant, qui se borne au demeurant à soutenir que les décisions contestées " ne sont pas signées par le préfet ", et qu'elles ont été " par conséquent " prises par une autorité incompétente, ne précise en quoi une délégation de signature serait illégale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions doit être écarté.

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ". Et aux termes du paragraphe de l'article 51 de la Charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre 2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () /8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. A supposer même que l'intéressé, qui produit un passeport avec un visa " Etats Schengen entrées multiples ", soit entré régulièrement sur le territoire français en 2017, qu'il n'ait pas " cherché à dissimuler son identité ni le lieu de son domicile " et qu'il ait déclaré " son adresse ", il ne conteste pas les motifs retenus par le préfet, tirés de ce qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation, et de ce qu'il n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective et permanente. Se bornant en outre à " conteste(r) constituer une menace pour l'ordre public ", il ne discute pas le motif de son interpellation pour conduite sous l'empire d'un état alcoolique. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'erreurs manifestes d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En l'espèce, l'arrêté contesté relève notamment que M. G n'a effectué aucune démarche pour régulariser sa situation, n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et ne présente aucune garantie de représentation. Il n'est pas contesté qu'il n'a pas présenté de document transfrontière au moment de son interpellation, qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité et qu'il n'a pas déclaré le lieu de sa résidence effective et permanente. Contrairement à ce qui est soutenu, ces circonstances étaient suffisantes, au regard des dispositions citées au point 5 ci-dessus, pour que lui soit opposé un refus de délai de départ volontaire, sans que l'intéressé puisse utilement faire valoir qu'il n'a pas été placé en rétention ni assigné à résidence. Dans ces conditions, nonobstant ses efforts d'intégration, qui ressortent des attestations et des quelques bulletins de salaire versés au dossier, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, non assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée et le bien-fondé, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. L'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas illégale, le moyen, soulevé par voie d'exception, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

11. Compte tenu de la durée de présence alléguée - environ cinq années - en France et de ce que les liens qu'il allègue avoir développés sur ce territoire ne sont pas établis, une durée d'interdiction de retour sur le territoire français de douze mois n'apparaît pas disproportionnée.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. G aux fins d'annulation et, par voie de conséquence, au titre des frais liés au litige, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1 : M. G est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D G, à Me Le Gall et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

Signé

H. B La greffière,

Signé

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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