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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2212874

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2212874

lundi 20 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2212874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantKANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 août et 5 octobre 2022, M. A E, représenté par Me Kanza, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 juin 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- le préfet est tenu d'apporter la preuve de la notification de la décision par laquelle la cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision de l'office de protection des réfugiés et apatrides du 23 novembre 2021 qui lui a refusé le bénéfice de l'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen complet ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée par rapport aux décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. C, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant nigérian, né le 13 juillet 1988, déclare être entré sur le territoire français le 27 avril 2019. Par un arrêté du 29 juin 2022, le préfet de la

Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. E demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B D, adjoint à la cheffe du bureau de l'asile, qui bénéficiait d'une délégation de signature à cet effet, par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n° 2022-0979 du 25 avril 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 26 avril 2022. Par suite le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté énonce les considérations de fait en énonçant les principaux éléments relatifs à sa situation et de droit dès lors qu'il vise les textes applicables qui en constituent le fondement et est, par suite, suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen complet et particulier de la situation de M. E avant de prendre l'arrêté contesté.

5. Aux termes de l'article L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français, sous peine de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 611-1 du même code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".

6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que le préfet est tenu de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger dont la demande d'asile a été définitivement refusée sans avoir à se prononcer sur son droit au séjour à un autre titre ; lorsque le préfet refuse l'admission au séjour au titre de l'asile sans se prononcer sur un autre fondement, il se borne à constater l'irrégularité de la situation de cette personne sans pour autant refuser la délivrance d'un titre de séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que la demande de réexamen de la demande d'asile présentée par M. E a été regardée par le préfet comme ayant été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision 23 novembre 2021, et confirmée par un arrêt de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 15 avril 2022. Si le requérant soutient que la notification de cette dernière décision n'a pas été effectuée, il ne produit aucun élément et, notamment, les documents qu'il a nécessairement reçus de cet établissement, pour justifier du bien-fondé de ses allégations. En tout état de cause, à supposer que la notification de la décision de la CNDA serait irrégulière, une telle circonstance demeure sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Par suite, le requérant entrait dans le cas où, en application des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait légalement l'obliger à quitter le territoire français. Le moyen doit ainsi être écarté.

8. En quatrième lieu, M. E fait valoir, qu'il est présent en France depuis l'année 2019, qu'il est presque sans attache familiale dans son pays d'origine, dont il est complètement coupé, et qu'il est socialement intégré. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant, qui ne peut justifier de la date à laquelle il est effectivement entré en France, et qui se trouve définitivement débouté du droit d'asile, s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. En outre, il n'apporte pas d'élément de nature à établir la réalité et l'intensité de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. Enfin, l'intéressé ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale qui permettrait de regarder la décision attaquée comme contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. E.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que M. E à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

10. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. E avant de prendre à son encontre la décision contestée. En outre, le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation personnelle de l'intéressé, notamment eu égard aux risques auxquels il soutient être exposés dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'examen complet de la situation de l'intéressé doit être écarté.

11. En troisième lieu, M. E soutient qu'il est entré sur le territoire français le 27 avril 2019 et qu'il a subi des persécutions dans son pays d'origine. Ces seuls éléments sont toutefois insuffisants, alors que l'intéressé est célibataire, sans charge de famille et qu'il ne soutient pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, pour considérer que le préfet aurais commis une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit précédemment, que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas entachée d'illégalité, M. E ne saurait se prévaloir de l'illégalité d'une telle décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé en situation de compétence liée par les décisions de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides et de la cour nationale du droit d'asile pour édicter la mesure contestée. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". En outre, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

15. Si M. E fait valoir, à l'appui de sa requête, encourir des risques pour sa personne eu égard aux menaces dont il pourrait faire l'objet dans son pays d'origine, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine, alors au demeurant que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par l'OFPRA et la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points précédents, la décision fixant le pays de destination n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation du requérant.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de la

Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 mars 2023.

Le magistrat désigné,La greffière,

A. CA. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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