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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213059

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213059

mercredi 7 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213059
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBECHIEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 août 2022, M. B A, représenté par Me Béchieau, demande au juge des référés du Tribunal statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) de prononcer la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le requérant soutient que :

- l'urgence est constituée dès lors qu'il est jeune majeur, qu'il se trouve dans un état psychologique difficile, compte tenu de l'impact de la décision sur sa situation sociale et professionnelle, et dès lors que le délai entre la décision et sa requête s'explique par les délais d'instruction de sa demande d'aide juridictionnelle ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'un doute sérieux quant à sa légalité en raison de l'incompétence de son signataire, d'une insuffisance de motivation, d'une méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, d'une erreur de fait, d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 août 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que :

- la requête est tardive ;

- l'urgence n'est pas constituée ;

- les moyens de légalité ne sont pas fondés.

Vu, enregistrée le 26 avril 2022 sous le n° 2206453, la requête tendant à l'annulation de la décision contestée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Le Garzic, vice-président, pour statuer sur les demandes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 5 septembre 2022, en présence de Mme Capelle, greffière :

- le rapport de M. Le Garzic, juge des référés ;

- et les observations de Me Béchieau, pour le requérant, qui ajoute un moyen tiré d'une erreur de droit compte tenu du défaut d'examen de la demande sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été présentée par M. A le 5 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant indien, a sollicité le 30 juin 2021, la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " dont il était titulaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il demande que soit prononcée la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne la recevabilité :

4. Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation () ". Aux termes du premier alinéa du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Aux termes de l'article 43 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " Sans préjudice de l'application de l'article 9-4 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et du II de l'article 44 du présent décret, lorsqu'une action en justice ou un recours doit être intenté avant l'expiration d'un délai devant les juridictions de première instance ou d'appel, l'action ou le recours est réputé avoir été intenté dans le délai si la demande d'aide juridictionnelle s'y rapportant est adressée ou déposée au bureau d'aide juridictionnelle avant l'expiration dudit délai et si la demande en justice ou le recours est introduit dans un nouveau délai de même durée à compter : / 1° De la notification de la décision d'admission provisoire () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été notifiée à l'intéressé le 9 novembre 2021. Il en ressort également que l'intéressé a présenté une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 22 novembre 2021 par le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny, ce qui a interrompu le délai de recours contentieux. La décision lui accordant l'aide juridictionnelle totale a été prise le 12 avril 2022. Par suite, la requête au fond enregistrée le 26 avril 2022, bien qu'introduite plus de trente jours après la notification de la décision attaquée, n'est pas tardive, de sorte que la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis doit être écartée.

En ce qui concerne la condition de l'urgence :

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, né le 15 mars 2003, entré en France à l'âge de seize ans, au plus tard le 14 janvier 2020, puis confié aux services de l'aide sociale à l'enfance le 30 janvier 2020, a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans l'année qui a suivi son dix-huitième anniversaire, ce dont il résulte qu'il doit être regardé comme n'ayant pas cessé d'être en situation régulière. Il en ressort en outre que M. A, qui exerçait une activité professionnelle depuis le 1er août 2021 dans le cadre d'une première année de certificat d'aptitude professionnelle, s'est vu notifier par son employeur une suspension de son contrat de travail faute de régularisation de sa situation au regard du droit au séjour. Compte tenu par ailleurs de ce que M. A ne s'est vu désigner un avocat pour présenter sa requête au fond que le 12 avril 2022, de sorte qu'il ne peut lui être opposé que l'urgence aurait dû le conduire à agir dès la notification de la décision attaquée, dès lors que la décision contestée fait obstacle à la poursuite de ce séjour régulier et fait en outre obstacle à ce que l'intéressé puisse exercer son activité professionnelle, la condition de l'urgence doit être regardée comme remplie.

En ce qui concerne le moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

7. Le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner la demande de M. A au regard de l'article L. 453-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement des dispositions duquel elle était présentée apparaît, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondée à demander la suspension de l'exécution de l'arrêté du 4 novembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. La présente décision implique nécessairement que M. A soit autorisé à séjourner jusqu'à ce que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait à nouveau statué sur sa demande ou qu'il soit statué sur sa requête au fond. Par conséquent, il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 800 euros à Me Béchieau, avocate, sous réserve que le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle soit accordé à M. A et que Me Béchieau renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 4 novembre 2021 refusant un titre de séjour à M. A est suspendue.

Article 3 : Le préfet de la Seine-Saint-Denis munira M. A d'une autorisation provisoire de séjour et de travail dans les conditions mentionnées au point 9.

Article 4 : L'État versera une somme de 800 euros à Me Béchieau sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 dans les conditions mentionnées au point 10.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Béchieau, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Fait à Montreuil le 7 septembre 2022.

Le juge des référés,

Signé

P. Le Garzic

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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