vendredi 14 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2213115 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | BOISGARD |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2213736 du 23 août 2022, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative, transmis la requête de M. B C au Tribunal.
Par cette requête enregistrée le 26 juin 2022 M. B C, représenté par Me Boisgard, demande au tribunal :
1°) d'annuler le compte-rendu de son entretien professionnel et de sa note chiffrée établis le 26 avril 2022, au titre de l'année 2021 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a été convoqué à son entretien professionnel que la veille de la tenue de celui-ci en méconnaissance de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État ;
- son entretien professionnel a été conduit conjointement par ses N + 1 et N + 2, en méconnaissance de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 précité ;
- le compte rendu d'entretien professionnel et la notation attaqués participent d'une situation de harcèlement moral et sont constitutifs d'une sanction déguisée et de discrimination ;
- il sont entachés d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses mérites personnels.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 22 janvier 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les conclusions de M. Silvy, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, est commissaire de police depuis le 30 août 1993. Après avoir effectué une partie de sa carrière à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne de la préfecture de police, l'intéressé a exercé ses fonctions en qualité d'adjoint des services de l'officier du ministère public (OMP) depuis le 11 décembre 2009, puis a été affecté, le 2 mars 2020, à la direction des ressources et des compétences de la police nationale, avant d'être mis à disposition en qualité d'officier de liaison de la police nationale à la direction des affaires criminelles et des grâces (DACG) du ministère de la justice, à compter du 8 juin 2020. Par une décision du 17 mai 2021, la DACG a décidé de mettre fin à la mise à disposition du requérant, à compter du 1er août 2021. Par une décision du ministre de l'intérieur du 26 juillet 2021, M. C a été affecté sur le poste de commissaire central adjoint à Aulnay-sous-Bois (93) à la direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne (DSPAP), à compter du 1er août 2021.
2. Le 26 avril 2022, M. C a bénéficié d'un entretien professionnel au titre de l'année 2021, d'une durée de 20 minutes, menée par son supérieur hiérarchique direct, le commissaire Simon, chef du 3ème district et l'inspecteur général Lavaud, directeur territorial de la Seine-Saint-Denis. Le compte rendu de cet entretien professionnel a été établi et notifié au requérant le même jour. Par la présente requête, M. C demande au Tribunal d'annuler le compte rendu d'entretien professionnel et sa notation établis le 26 avril 2022 au titre de l'année 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code général de la fonction publique : " L'appréciation de la valeur professionnelle d'un fonctionnaire se fonde sur une évaluation donnant lieu à un compte rendu qui lui est communiqué ". Aux termes de l'article L. 521-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 521-1, les statuts particuliers des corps de la fonction publique de l'Etat peuvent prévoir des modalités différentes d'appréciation de la valeur professionnelle ". Aux termes de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'Etat : " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. () ". " Le fonctionnaire bénéficie chaque année d'un entretien professionnel qui donne lieu à compte rendu. / Cet entretien est conduit par le supérieur hiérarchique direct. / La date de cet entretien est fixée par le supérieur hiérarchique direct et communiquée au fonctionnaire au moins huit jours à l'avance ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Le compte rendu de l'entretien professionnel est établi et signé par le supérieur hiérarchique direct du fonctionnaire. Il comporte une appréciation générale exprimant la valeur professionnelle de ce dernier. "
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. En premier lieu, M. C soutient que le compte rendu de l'entretien professionnel et sa notation du 26 avril 2022 seraient entachés d'un vice de procédure du fait du non-respect du délai de convocation de huit jours, institué au troisième alinéa de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 relatif aux conditions générales de l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires de l'État. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été convoqué, par un courriel du 25 avril 2022 à 12 heures, pour un entretien préalable à l'évaluation le 26 avril 2022 à 15 heures. Le délai de huit jours entre la convocation et la tenue de l'entretien, prévu par ces dispositions, a été méconnu. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette méconnaissance du délai de huit jours aurait eu des incidences sur le déroulement de son entretien professionnel, le privant ainsi d'une garantie, ou sur la teneur du compte-rendu qui en est résulté. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
6. En deuxième lieu, M. C soutient, sans être contesté en défense, que son évaluation professionnelle au titre de l'année 2021 a été effectuée par son supérieur hiérarchique direct (N + 1), en présence d'une tierce personne (son N+2), en méconnaissance des dispositions de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010 précitées. Il résulte cependant des dispositions de l'article 2 du décret du 28 juillet 2010, que si l'entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique de l'agent, la présence à cet entretien d'une autre personne n'est pas expressément exclue. Par suite, la circonstance que l'entretien se serait déroulé en présence d'un tiers est, par elle-même, sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Si l'intéressé affirme n'avoir pas pu bénéficier d'un entretien dans des conditions normales avec son chef de service direct, en raison de la présence de cet agent, il ne ressort pas des mentions du compte rendu professionnel en litige, notamment de l'emplacement permettant à l'agent de présenter ses observations éventuelles sur la conduite de l'entretien, qu'il aurait été empêché de quelque manière que ce soit d'échanger avec son évaluateur ou que la présence de ce tiers, à la supposer établie, aurait eu une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il aurait été privé d'une garantie. Au contraire, il ressort des dires-mêmes du requérant, que ce dernier a diligenté une action en justice visant à faire cesser les agissements pour harcèlement moral de son supérieur hiérarchique. Dans ce cadre, il indique également avoir dénoncé, au cours de l'entretien d'évaluation, à son N+2, sans la présence de son supérieur hiérarchique, les menaces de violences dont il aurait été victime de la part de ce dernier et avoir attendu de finir l'intérim du district dont il avait la charge pour déposer plainte pour harcèlement et menaces de violences le
9 mai. Ainsi la présence de son N+2, à la supposée avérée, semble avoir permis, compte tenu des accusations d'harcèlement moral et de violence portées par le requérant à l'encontre de son supérieur hiérarchique, la tenue d'un entretien apaisé. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.
7. En troisième lieu, il ressort des mentions du compte rendu de l'entretien professionnel établi au titre de l'année 2021 de M. C que les aptitudes personnelles de l'intéressé ont toutes été évaluées au niveau " bon ", et " très bon ", que ses compétences professionnelles ont été évaluées au niveau " faible " en ce qui concerne la remontée d'informations fiabilisées, la gestion de crise, la capacité à organiser les ressources en fonction des besoins opérationnels, ainsi que l'élaboration, la planification et la conduite des dispositifs de sécurité et non évaluées en ce qui concerne les autres rubriques, et que ses compétences managériales ont été évaluées, au niveau " faible " et, " insuffisant ", hormis la capacité à garantir le valeurs de l'éthique professionnelle, évaluée au niveau " bon ". Les objectifs fixés à M. C au titre de l'année écoulée ne sont pas renseignés, tandis que les objectifs de l'année à venir mentionne que le requérant doit prendre la mesure de son poste d'adjoint du chef de circonscription et assurer toutes les missions qui en découlent. Enfin l'appréciation générale est très réservée et souligne que le requérant n'a pas su prendre la mesure d'un poste non désiré, avec pour conséquence une motivation et une implication au travail ne correspondant pas à ce qu'on est en droit d'attendre d'un commissaire central adjoint dans un district sensible du 93. L'autorité hiérarchique supérieure a confirmé les appréciations portées par le supérieur hiérarchique direct et, comme ce dernier, préconise à M. C de changer d'orientation. Enfin, le compte rendu attribue à M. C une note chiffrée de 3/7.
8. Si M. C soutient que les appréciations portées sur ses aptitudes personnelles ainsi que ses compétences professionnelles et managériales sont moins favorables que celles dont il avait bénéficié au titre des années précédentes, une telle circonstance est par elle-même sans incidence sur la légalité de sa notation pour l'année 2021. En outre, si le requérant fait valoir que certains items auraient dû être évalués à un niveau supérieur, il n'apporte aucun élément précis au soutien de ses allégations, en se bornant à soutenir que le compte-rendu de l'entretien professionnel contient des éléments étrangers à l'évaluation de ses aptitudes professionnelles et sa manière de servir et que la baisse de sa notation globale à 3 n'est pas justifiée. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'appréciation littérale serait en contradiction avec l'appréciation portée par le supérieur hiérarchique direct de M. C sur ses perspectives d'évolution professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
9. En dernier lieu, en application de l'article 6 quinquies de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, que le juge peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
10. Si M. C se plaint d'un harcèlement moral dont il serait victime de la part de son administration, en se prévalant d'une plainte qu'il a introduite, il n'apporte toutefois aucun élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre, un tel élément ne pouvant se déduire du seul constat de l'existence d'un recours juridictionnel diligenté contre son administration, alors que l'allégation régulièrement soutenue que l'appréciation de sa valeur professionnelle repose sur une sous-évaluation liée aux faits de harcèlement moral dont il serait victime depuis 2014, a été jugée non fondée par le tribunal administratif puis la cour administrative d'appel de Paris, respectivement par un jugement
n° 1711424 du 27 mars 2019, un arrêt n° 19PA01746 du 23 juin 2021 et un arrêt n° 22PA01322 du 31 mars 2023. M. C n'est dès lors pas fondé, par voie de conséquence, à soutenir que son évaluation de l'année 2021 constituerait une sanction déguisée ou une discrimination.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du compte rendu de l'entretien professionnel établi au titre de l'année 2021. Par voie de conséquence ses conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2025.
La magistrate désignée,
N. A
La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026