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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213265

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213265

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213265
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 août 2022, M. B, représenté par Me de Seze, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 21 juillet 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation des conditions matérielles d'accueil à son bénéfice ;

3°) d'annuler la décision implicite de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation des conditions matérielles d'accueil à son bénéfice du 1er juin 2022 au 21 juillet 2022 ;

4°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder les conditions matérielles d'accueil dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à Me de Seze, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision implicite de cessation des conditions matérielles d'accueil du 1er juin au 21 juillet 2022 : elle est entachée d'un défaut de motivation ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en violation des articles L. 551-16 de D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en ce qui concerne la décision du 21 juillet 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation des conditions matérielles d'accueil : elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en violation des articles L. 551-16 de D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière méconnaissant les articles L. 522-1, L. 522-2, R. 522-1 et R. 522-2 de ce même code dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte, que l'agent ayant mené l'entretien de vulnérabilité n'a pas bénéficié d'une formation spécifique et que le questionnaire fixé par l'arrêté du 23 octobre 2015 est illégal en l'absence, notamment, de toute question relative à l'état de santé du demandeur ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'Office ne démontre pas la matérialité des manquements qui lui sont reprochés ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 janvier 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 novembre 2022.

Par une ordonnance du 19 janvier 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 23 octobre 2015 relatif au questionnaire de détection des vulnérabilités des demandeurs d'asile prévu à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. C, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant afghan né le 5 octobre 1999, a déposé une demande d'asile, enregistrée en procédure dite " Dublin ", le 19 juillet 2021. Bénéficiant des conditions matérielles d'accueil qu'il a acceptées le 23 juillet 2021, il a été déclaré en fuite le 16 février 2022. Par courrier du 25 avril 2022, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a informé l'intéressé de son intention de faire cesser les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait, ce qu'il a fait par une décision du 21 juillet 2022, au motif qu'il ne s'était pas présenté aux autorités chargées de l'asile. M. B demande l'annulation de cette décision ainsi que de la décision implicite de suspension de ces conditions du 1er juin 2022 au 21 juillet 2022.

Sur l'admission provisoire de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 7 novembre 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dans ces conditions, les conclusions présentées par l'intéressé tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant cessation des conditions matérielles d'accueil du 1er juin 2022 au 21 juillet 2022 :

3. Il est constant que M. B a cessé de percevoir les conditions matérielles d'accueil à compter du mois de juin 2022 et qu'il n'a été destinataire d'aucune décision en ce sens de la part de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".

5. Si M. B soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, il n'établit pas en avoir demandé la communication. Dès lors, le moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours ".

7. Si M. B fait grief à la décision attaquée d'être intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute d'avoir été mis en mesure de présenter ses observations écrites, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 25 avril 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait part à l'intéressé de son intention de cessation des conditions matérielles d'accueil, à laquelle ce dernier a répondu par un courrier du 6 mai 2022 et que la cessation est intervenue au mois de juin de cette même année, de sorte que M. B a bien été mis en mesure de présenter ses observations dans le délai de quinze jours prévu par les dispositions citées au point précédent. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, M. B n'assortit pas le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite ce moyen ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a fait cesser les conditions matérielles d'accueil à son bénéfice du 1er juin au 21 juillet 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 21 juillet 2022 de l'Office français de l'immigration et de l'intégration portant cessation des conditions matérielles d'accueil :

10. D'une part, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes () ". Aux termes de l'article D. 521-12 du même code : " Le préfet transmet sans délai à l'Office français de l'immigration et de l'intégration les informations relatives à la durée de validité des attestations de demande d'asile ainsi que l'état d'avancement des procédures de détermination de l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile et de transfert, en particulier les dates de fuite ou de transfert effectif des intéressés ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Le transfert du demandeur ou d'une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), de l'Etat membre requérant vers l'Etat membre responsable s'effectue conformément au droit national de l'Etat membre requérant, après concertation entre les Etats membres concernés, dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre Etat membre de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3. / Si les transferts vers l'Etat membre responsable s'effectuent sous la forme d'un départ contrôlé ou sous escorte, les Etats membres veillent à ce qu'ils aient lieu dans des conditions humaines et dans le plein respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine. / () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'Etat membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'Etat membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite () ".

12. Pour prendre la décision litigieuse, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration s'est fondé sur le 3° de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que M. B n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, ainsi qu'il ressortait, en particulier, de la fiche de déclaration de fuite de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 15 février 2022 soulignant les trois absences de l'intéressé respectivement datées du 9 novembre 2021, du 14 février 2022 et du 15 février 2022.

13. M. B, qui ne conteste pas sérieusement sa première absence, soutient n'avoir pu se rendre à ces deux derniers rendez-vous du fait de sa mise à l'isolement au sein de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile Albert Einstein d'Aulnay-sous-Bois pour des raisons sanitaires et produit, à cet effet, une fiche de passage au centre hospitalier Robert Ballanger dans la soirée du 13 février 2022, un test Covid négatif résultant d'un prélèvement effectué le 14 février 2022 à 11 heures 40, ainsi que des attestations de la directrice de ce centre d'hébergement, évoquant la mise à l'isolement de M. B du 14 au 15 février 2022 en raison de symptômes évoquant ceux du virus Covid-19, d'une cheffe de service de ce même centre faisant état d'une mise à l'isolement de l'intéressé du 9 février 2022 au 15 février 2022 et du travailleur social chargé de M. B soulignant que ce dernier ne s'est pas rendu à son rendez-vous du 15 février car il était en attente du résultat de son test antigénique, finalement obtenu aux alentours de 15 heures 30 ce même jour. Dans ces conditions, et faute pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'apporter des éléments circonstanciés susceptibles de remettre en cause cette mise à l'isolement pour raisons médicales, le requérant établit n'avoir pu se rendre aux rendez-vous des 14 et 15 février 2022 fixés par les autorités de l'asile. Dès lors, M. B est fondé à soutenir que le directeur général de l'Office a fait une inexacte application de l'article L.551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, par suite, la décision du 21 juillet 2022 de cessation des conditions matérielles d'accueil est entachée d'illégalité, la circonstance que l'intéressé ait été déclaré en fuite par la préfecture de la Seine-Saint-Denis ne suffisant pas, à elle-seule, à caractériser l'absence de respect des obligations fixées par les autorités chargées de l'asile.

14. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 21 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Eu égard au motif d'annulation retenu et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que des éléments de fait ou de droit nouveaux justifieraient que l'autorité administrative oppose une nouvelle décision de cessation, le présent jugement implique nécessairement que soit rétabli à M. B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, de manière rétroactive, depuis le 21 juillet 2022. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à ce rétablissement dans un délai de trois mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

16. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à Me de Seze, avocat de M. B, d'une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Seze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission au bénéfice provisoire de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 21 juillet 2022 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir M. B au bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de procéder, de manière rétroactive, depuis le 21 juillet 2022.

Article 4 : Le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me de Seze une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me de Seze renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me de Seze et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

C. C

Le président,

E. Toutain

La greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 213265

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