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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213651

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213651

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213651
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTRAORE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 septembre 2022, Mme A D B, représentée par la SAS Itra Consulting, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 29 juin 2022 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de renouveler sa carte professionnelle, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui délivrer une carte professionnelle provisoire, subsidiairement, une autorisation provisoire d'exercer, jusqu'à l'intervention du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée la prive de la possibilité de continuer à exercer son emploi d'agent de sécurité, alors qu'elle est salariée en contrat indéterminé depuis le 8 novembre 2021, et qu'elle a deux jeunes enfants à charge, qui résident avec elle ;

- le motif de refus qui lui a été opposé, tiré de ce qu'elle ne remplit pas les conditions posées par le 4° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, mais relève du 4° bis de cet article, qui ne lui permet pas d'exercer l'activité d'agent de sécurité, faute de justifier, depuis au moins cinq ans, d'un document l'autorisant à séjourner sur le territoire français, est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'elle doit être regardée comme membre de famille accompagnant un citoyen de l'Union européenne, au sens de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que son activité professionnelle entre bien dans le cadre des activités prévues par l'article L. 611-1 du code de sécurité intérieure ; ce moyen est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête, enregistrée le 22 août 2022, sous le n° 2213162, tendant à l'annulation de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Renault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D B, ressortissante camerounaise, titulaire d'une carte professionnelle délivrée par le conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de cinq ans parvenant à expiration le 25 août 2022, a sollicité le renouvellement de sa carte professionnelle. Par décision du 29 juin 2022, le directeur du CNAPS a rejeté cette demande au motif que l'intéressée ne justifiait pas de la détention d'un titre de séjour depuis cinq ans. Mme B demande au juge des référés de suspendre l'exécution de cette décision.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Et aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, () qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° À fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-20 de ce même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () 4° bis Pour un ressortissant étranger ne relevant pas de l'article L. 233-1 du même code, s'il n'est pas titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; () ".

5. Pour demander la suspension de l'exécution de la décision attaquée, Mme B soutient que la décision refusant de lui délivrer la carte professionnelle sollicitée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 612-20 du code de sécurité intérieure dès lors que, disposant d'une carte de séjour portant la mention " membre de famille d'un citoyen de l'Union / EEE / Suisse " qui l'autorise à exercer toutes activités professionnelles, valable du 28 février 2020 au 27 février 2025, elle n'a pas à remplir la condition prévue à l'article 4° bis de cet article, alors même qu'elle n'est pas citoyenne de l'Union européenne et qu'elle vit désormais séparée de son époux, ressortissant espagnol, avec lequel elle est en instance de divorce. Elle soutient en effet qu'elle doit toujours être regardée comme membre de famille de citoyens de l'Union européenne, en l'espèce ses enfants, qui ne peuvent se voir appliquer les conditions prévues par le 1° ou le 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, du fait de leur minorité. Toutefois ce moyen n'est pas, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition de l'urgence, que la requête de Mme B apparaît manifestement mal fondée. Par suite, il y a lieu de faire application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

.

O R D O N N E :

-------------------

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D B épouse C.

Fait à Montreuil, le 20 septembre 2022.

La juge des référés,

Th. Renault

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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