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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213729

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213729

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213729
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantDE SEZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 septembre 2022, M. C D A, représenté par Me de Seze, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État unesomme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le préfet n'établit pas avoir informé les autorités italienne de la prolongation du délai de transfert dans les conditions prévues par l'article 9 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié ;

- le préfet ne démontre pas avoir rempli l'obligation d'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 23 juin 2013 ;

- la décision attaquée elle est intervenue en méconnaissance des dispositions de l'article 29 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, en l'absence de fuite caractérisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête, au motif que ses moyens sont infondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Van Maele a été entendu au cours de l'audience publique du 18 avril 2023.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant égyptien né en 1999, est entré en France le 1er décembre 2021. Il a déposé, le 23 décembre 2021, une demande d'asile auprès de la préfecture de la Seine-Saint-Denis. La consultation du fichier Eurodac ayant fait apparaître qu'il avait précédemment déposé une demande d'asile en Italie, le 14 novembre 2021, les autorités françaises ont adressé aux autorités italiennes, le 29 décembre 2021, une demande de prise en charge, implicitement acceptée le 1er mars 2022. Par un arrêté du 7 juin 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé la remise de M. D A aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile jusqu'au 1er septembre 2022, sous réserve d'une prolongation du délai d'une durée de douze mois en cas de fuite. Le 5 septembre 2022, M. D A a demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale, compte-tenu de l'expiration du délai de remise aux autorités italiennes. Il demande l'annulation de la décision du même jour par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de faire droit à sa demande, au motif que le délai de transfert a été prolongé de douze mois compte-tenu de son placement en fuite.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ".

2. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D A aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny, les écritures de l'intéressé, qui demande au tribunal de mettre à la charge de l'Etat une somme de xx euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent s'analyser comme traduisant une demande d'aide juridictionnelle formulée dans la requête. Il y a lieu de la transmettre au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Bobigny afin qu'il y soit statué. Par application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 précitées, il y a lieu, par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de M. D A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) du 26 juin 2013, le transfert du demandeur vers l'État membre responsable de l'examen de sa demande d'asile doit s'effectuer " dès qu'il est matériellement possible et, au plus tard, dans un délai de six mois à compter de l'acceptation par un autre État membre de la requête aux fins de la prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée ou de la décision définitive sur le recours ou la révision lorsque l'effet suspensif est accordé conformément à l'article 27, paragraphe 3 ". Aux termes du paragraphe 2 du même article : " Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de prendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite ". Aux termes de l'article 9, paragraphe 2, du règlement (CE) du 2 septembre 2003 : " Il incombe à l'État membre qui, pour un des motifs visés à l'article 29, paragraphe 2, du règlement (UE) n° 604/2013, ne peut procéder au transfert dans le délai normal de six mois à compter de la date de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge ou de reprise en charge de la personne concernée, ou de la décision finale sur le recours ou le réexamen en cas d'effet suspensif, d'informer l'État responsable avant l'expiration de ce délai. À défaut, la responsabilité du traitement de la demande de protection internationale et les autres obligations découlant du règlement (UE) n° 604/2013 incombent à cet État membre conformément aux dispositions de l'article 29, paragraphe 2, dudit règlement ".

4. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis verse aux débats la copie du formulaire devant être transmis aux autorités italiennes, indiquant que D A a pris la fuite et que le transfert pourra donc être organisé jusqu'à la date, repoussée de douze mois, du 1er septembre 2023, il ne produit toutefois aucune pièce de nature à justifier la réception de ce document par les autorités concernées avant l'expiration du délai de transfert de six mois qui a commencé à courir le 1er mars 2022. Notamment, en l'absence de production de l'accusé de réception Dublinet émis par les autorités italiennes, la seule mention sur le formulaire de saisine selon laquelle " ce document a été validé et certifié par l'Unité Dublin lors de sa transmission via DubliNet " n'est pas de nature à justifier que les autorités italiennes ont été informées de la prolongation du délai de transfert. Dans ces conditions, le délai d'exécution de la décision de transfert auprès des autorités italiennes expirait le 1er septembre 2022. Ainsi, la France est devenue responsable de la demande d'asile de D A à cette date. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet a refusé d'enregistrer sa demande d'asile, présentée le 5 septembre 2022, en procédure normale.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. D A est fondé à demander l'annulation de la décision du 5 septembre 2022 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé d'enregistrer sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis enregistre la demande d'asile de M. D A. Il y a lieu de faire application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative et de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais que M. D A devrait y exposer, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me de Seze, avocat, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à M. D A, et sous réserve alors que Me de Seze renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. D A, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.

D E C I D E :

Article 1er : M. D A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 5 septembre 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'enregistrer la demande d'asile de M. D A dans le délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me de Seze, avocat de M. D A, une somme de 1 000 euros dans les conditions mentionnées au point 7. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. M. D A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me de Sèze et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Tukov, président,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Nguër, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

La rapporteure,

S. Van Maele

Le président,

C. Tukov La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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