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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2213828

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2213828

vendredi 19 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2213828
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 9 septembre 2022 et 19 janvier 2023, Mme A B, représentée par Me Pelé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le maire de Clichy-sous-Bois a opposé un sursis à statuer sur sa demande de déclaration préalable ;

2°) d'enjoindre au maire de Clichy-sous-Bois de procéder au réexamen de la demande dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Clichy-sous-Bois la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation des dispositions de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 décembre 2022, la commune de Clichy-sous-Bois, représentée par Me Peynet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la requérante la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

L'instruction a été close le 31 mars 2023 par une ordonnance du 14 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Laforêt, rapporteur,

- les conclusions de M. Löns, rapporteur public,

- et les observations de Me Pele, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 décembre 2021, Mme B a déposé une déclaration de travaux sur un logement situé au 7 allée veuve C à Clichy-Sous-Bois et qui a fait l'objet d'un refus le 11 mars 2022. Elle a déposé une nouvelle déclaration de travaux qui a pour objet la création de quatre logements supplémentaires au sein de sa maison d'habitation et la création de huit places de stationnement. Par un arrêté du 1er juillet 2022, dont la requérante demande l'annulation, le maire de la commune a sursis à statuer sur cette demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'un sursis à statuer ne peut être opposé à une demande de déclaration préalable, sur le fondement de ces dispositions, postérieurement au débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable, qu'en vertu d'orientations ou de règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir et à la condition que la construction, l'installation ou l'opération envisagée soit de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse son exécution.

4. Aux termes de l'orientation de l'axe 1 du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) intitulé " un socle écologique comme préalable au projet territorial " : " 1.1 Protéger et développer un réseau d'espaces fonctionnels pour la sauvegarde de la biodiversité / () Maintenir et valoriser des espaces diffus publics et privés favorables à la faune commune qui y trouve nourriture et sites de repos (habitat individuel, fronts de jardins en bord de voies, bandes de retrait végétalisées, cœur d'îlots, micro-jardins,) () / 1.2 Prendre en compte les sols du territoire () Promouvoir des objectifs ambitieux en matière de pleine terre, au regard de la situation existante, en tenant compte des caractéristiques et des capacités différentes des tissus urbains et notamment des contraintes des secteurs consacrés aux activités économiques. () ". L'axe 3 intitulé " Vers un territoire de la proximité et de la qualité du cadre de vie " prévoit " 3.3 Améliorer la qualité paysagère, architecturale et urbaine des villes de Grand Paris Grand Est () / Poursuivre l'amélioration de la qualité paysagère et urbaine des tissus urbains du territoire / Conforter les caractéristiques des tissus pavillonnaires du territoire et encourager leurs évolutions qualitatives (amélioration de la qualité de l'habitat, rénovation énergétique () / Renforcer la qualité et l'intégration des futures constructions / Intégrer les constructions nouvelles à l'environnement urbain existant / Être exigeant sur la qualité et les aménités architecturales des nouvelles constructions tant en réhabilitation qu'en construction neuve. () ".

5. En premier lieu, la décision attaquée se fonde sur la nature des travaux. Toutefois, la seule transformation du logement existant en vue de l'aménagement de cinq logements impliquant la création d'une surface de plancher de 12 m² ne constitue pas, au regard des dispositions précitées, un motif de nature à fonder le sursis à statuer opposé à Mme B.

6. En deuxième lieu, si le sursis à statuer en litige oppose en outre que la localisation du projet dans une zone à caractère pavillonnaire ne s'intègre pas à l'environnement urbain existant, un tel motif n'apparaît pas pour les mêmes raisons de nature à justifier qu'un sursis à statuer soit prononcé.

7. En troisième lieu, d'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que la création de quatre logements supplémentaires au sein de sa maison d'habitation contreviendrait à l'orientation précitée de l'axe 1 du PADD. D'autre part, si le dernier motif opposé, repose sur le constat de la réduction significative des espaces verts et la perméabilisation de la parcelle du fait du passage de 293,41m² existants à 151,90 m² d'espace verts après projet, il ressort des pièces du dossier que la réduction d'espace vert est due à la création de 8 places de stationnement. Si la nécessité d'un tel nombre de places n'est pas démontrée, il n'est pas établi que cette création aura une incidence sur l'infiltration des eaux de pluie dès lors qu'est prévu un revêtement de gravier perméable, ni qu'elle aura pour effet de réduire des espaces privés favorables à la faune commune. En outre, il ressort que l'axe 3 du projet de PADD prévoit des objectifs de production de 2300 logements par an fixés par les documents supraterritoriaux, et entend favoriser la recherche d'une typologie et une gamme de logement variés et la flexibilité et la réversibilité des logements. Par suite, la commune ne peut être regardée comme apportant à l'instance des éléments démontrant que le projet de Mme B, serait de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuses des orientations ou des règles que le futur plan local d'urbanisme pourrait légalement prévoir. Par suite, elle ne justifie pas de motifs de nature à fonder le sursis à statuer litigieux.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 1er juillet 2022 par lequel le maire de Clichy-Sous-Bois a décidé de surseoir à statuer sur sa demande de déclaration préalable.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le maire de Clichy-Sous-Bois réexamine la demande de déclaration préalable, présentée par Mme B. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Clichy-Sous-Bois réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche et dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Clichy-Sous-Bois le versement à Mme B, d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du maire de Clichy-Sous-Bois en date du 1er juillet 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Clichy-Sous-Bois de procéder au réexamen de l'autorisation sollicitée, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Clichy-Sous-Bois versera une somme de 1 500 euros à Mme B, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la commune de Clichy-Sous-Bois, présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Clichy-Sous-Bois.

Délibéré après l'audience du 18 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Myara, président,

- M. Laforêt, premier conseiller,

- Mme Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 janvier 2024.

Le rapporteur,

E. Laforêt

Le président,

A. MyaraLe greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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