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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214039

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214039

lundi 18 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214039
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantMAIRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées le 14 septembre 2022 et le 29 août 2023, Mme A B, représentée par Me Maire, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté sa demande de certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de procéder, dans le même délai et sous la même astreinte, au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- est entachée d'erreurs de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 6 5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- est entachée d'incompétence ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- méconnait les stipulations des articles 9 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de renvoi :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête et les pièces complémentaires ont été communiquées au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une décision du 16 août 2022, Mme B a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hardy, aucune des parties n'étant présente ou représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 3 juillet 1981, déclare être entrée en France au mois de novembre 2015. Le 22 juin 2021, elle a demandé la délivrance d'un certificat de résidence. Par un arrêté du 15 décembre 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a rejeté cette demande, l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être renvoyée et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté en toutes ses décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2021-1827 du 19 juillet 2021, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 19 juillet 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. D C, sous-préfet du Raincy, à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, lorsqu'elles concernent des ressortissants résidant dans l'arrondissement du Raincy. Par suite, dès lors que la commune du Bourget, où réside Mme B, est située dans l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'accord franco-algérien, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, mentionne les éléments de fait et de droit, suffisamment circonstanciés, qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes du 5 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit () / au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

5. D'une part, en estimant que Mme B ne pouvait " utilement invoquer " les stipulations de l'article 6 alinéa 5 de l'accord franco-algérien précitées, dès lors qu'elle " conserve des attaches familiales dans son pays d'origine ", le préfet n'a pas, contrairement à ce que soutient la requérante, entendu écarter ces stipulations comme inopérantes. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté

6. D'autre part, si Mme B établit qu'à la suite de son divorce en 2011, elle est entrée sur le territoire français au mois de novembre 2015 avec ses deux enfants, nés respectivement en 2006 et 2010, et que ceux-ci sont scolarisés en France depuis plus de six ans, il ressort toutefois des pièces du dossier que le père de ses enfants réside en Algérie, ainsi que sa mère. En se bornant à se prévaloir de la seule circonstance que ses enfants sont scolarisés en France depuis 2015, elle ne fait état d'aucune circonstance susceptible de faire sérieusement obstacle à la poursuite de leur scolarité ou à la reconstitution de la cellule familiale dans son pays d'origine. Par ailleurs, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, Mme B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un certificat de résidence, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations précitées. Pour les mêmes motifs, il ne résulte pas de ces éléments que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. En se bornant à soutenir qu'elle réside en France depuis près de six ans à la date de la décision attaquée, que ses enfants y sont scolarisés depuis la même durée, qu'elle a suivi des cours de français entre 2019 et 2020 et qu'elle bénéficie d'une promesse d'embauche, au demeurant, postérieure à la décision attaquée, Mme B ne justifie d'aucune insertion personnelle, familiale ou professionnelle sur le territoire français. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 9 de cette convention : " Les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré, à moins que les autorités compétentes ne décident, sous réserve de révision judiciaire et conformément aux lois et procédures applicables, que cette séparation est nécessaire dans l'intérêt supérieur de l'enfant ". Selon l'article 16 de cette même convention : " Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraires ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation ".

11. Si Mme B se prévaut des difficultés scolaires et psychologiques de ses enfants et de la durée de leur scolarité en France, les documents qu'elle verse aux débats, relatifs à des difficultés d'apprentissage, datés de l'année 2017, sont relativement anciens, et il n'est pas établi qu'ils ne peuvent poursuivre leur scolarité dans le pays d'origine de leur mère, en situation irrégulière en France. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que la décision en litige constituerait une immixtion arbitraire ou illégale dans la vie privée et familiale des enfants de la requérante, dès lors que la cellule familiale peut se reconstituer dans le pays d'origine. Enfin, les stipulations de l'article 9 de la convention relative aux droits de l'enfant créent seulement des obligations entre Etats sans ouvrir de droits aux intéressés. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision attaquée mentionne l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme B a fait l'objet, le 27 février 2019, d'un précédent arrêté portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, que le recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par le tribunal administratif le 15 octobre 2019, et qu'il existe un risque qu'elle se soustraie à la mesure d'éloignement du 15 décembre 2021. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

16. En l'espèce, la décision attaquée mentionne l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la requérante sera renvoyée dans le pays dont elle a la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen, où elle est légalement admissible. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de Mme B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui se réfère à l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que la requérante est obligée de quitter le territoire français sans délai, qu'un examen d'ensemble de sa situation, qui a été rappelée dans les motifs de l'arrêté attaqué, a été réalisé, et qu'elle ne justifie d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à son édiction, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle serait entachée d'un défaut d'examen complet de la situation personnelle de Mme B.

19. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

20. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu' aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

21. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement, la décision attaquée ne méconnait pas les stipulations précitées et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à Me Maire.

Délibéré après l'audience du 4 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Albert Myara, président,

- M. Emmanuel Laforêt, premier conseiller,

- Mme Marjorie Hardy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.

La rapporteure,

M. Hardy

Le président,

A. MyaraLa greffière,

S. Séguéla

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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