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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214062

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214062

lundi 19 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214062
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 15 et 17 septembre 2022, M. B, représenté par Me Esteveny, demande au président du tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 13 septembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 200 euros à Me Esteveny, son avocat, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou, en cas de rejet de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette même somme directement à M. B.

Il soutient que :

- en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire : l'auteur de la décision est incompétent à défaut de bénéficier d'une délégation de signature régulière ; elle méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision fixant le pays de destination : l'auteur de la décision est incompétent à défaut de bénéficier d'une délégation de signature régulière ; elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ; elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire : l'auteur de la décision est incompétent à défaut de bénéficier d'une délégation de signature régulière ; elle méconnaît l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- en ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français : l'auteur de la décision est incompétent à défaut de bénéficier d'une délégation de signature régulière ; elle méconnaît l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle méconnaît l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ; elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ; elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Esteveny, pour M. B, reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que le requérant est père d'un enfant né en juillet 2020 résidant en Italie et que l'absence de toute pièce permettant de corroborer cette circonstance serait liée aux situations privatives de liberté dans laquelle son client a été placé, successivement, en détention et en rétention ;

- et les observations de Me Dumont, pour le préfet de l'Essonne reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en soulignant notamment que M. B ne produit aucun élément au soutien de sa paternité alléguée et que ce dernier ne conteste pas sérieusement constituer une menace à l'ordre public.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 31 octobre 1990 déclarant être entré en France en 2021, a été condamné le 30 juillet 2021 à 18 mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Paris. Il est actuellement retenu au centre de rétention n°3 du Mesnil Amelot. Par un arrêté du 13 septembre 2022, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de 3 ans. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce il y a lieu de prononcer, en application de ces dispositions, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2022-PREF-DCPPAT-BCA-132 du 23 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de l'Essonne a donné à Mme C, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire, délégation de signature aux fins de signer la décision litigieuse. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ". La décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, par conséquent, suffisamment motivée. Il ne ressort en outre ni de la motivation de cette décision, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.

6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Si le requérant allègue à la barre avoir disposé d'un récépissé de demande de titre en Italie et être le père d'une enfant résidant en Italie, ces circonstances, au demeurant non établies en l'absence de toute pièce versée au dossier, ne sont pas, à elles-seules, de nature à caractériser des circonstances humanitaires ou une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale alors que M. B a par ailleurs été condamné le 30 juillet 2021 à 18 mois d'emprisonnement par le tribunal correctionnel de Paris pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, qu'il a fait l'objet de pas moins de six signalements pour des faits délictuels ou criminels, et qu'il ne conteste pas sérieusement constituer ainsi une menace à l'ordre public et qu'il déclare enfin, sans l'établir, ne résider en France que depuis quatre ans à la date de la décision attaquée. Par suite, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'identification des étrangers incarcérés du 8 mars 2022, au cours de laquelle le requérant a pu présenter sa situation, que le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les stipulations de l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté comme manquant en fait.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision contestée et de l'absence d'un examen réel et sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.

10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

11. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

14. La décision contestée portant refus de délai de départ volontaire comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; elle répond ainsi à l'obligation de motivation résultant des dispositions précitées.

15. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de l'absence d'un examen réel et sérieux de la situation de M. B doit être écarté.

16. En quatrième et dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, portant refus de délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

17. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux point 4 à 6, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision, de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de M. B doivent être écartés.

18. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu garanti par les stipulations de l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peut qu'être écarté.

19. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de délai de départ volontaire n'est pas illégale. Dès lors, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, qui sert de base légale à celle, ici contestée, portant interdiction de retour sur le territoire, ne peut qu'être écarté.

20. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français.

Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

21. Si M. B soutient que la décision contestée portant interdiction de retour sur le territoire méconnaît les dispositions précitées par le principe même de cette décision, ou, à titre subsidiaire, par sa durée excessive, il ressort des pièces du dossier que M. B constitue une menace à l'ordre public comme il a été exposé au point 6, qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de police le 29 juillet 2021 et qu'il déclare, sans l'établir, être entré en 2018 sur le territoire, date en tout état de cause récente. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet a, par la décision contestée fixant à 3 ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire, commis une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées des articles L.612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage une erreur manifeste d'appréciation.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet du 13 septembre 2022 par lesquelles le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 3 ans. Par voie de conséquence doivent être rejetées les conclusions présentées par l'intéressé aux fins d'injonction, d'astreinte et d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au le préfet de l'Essonne.

Rendu en audience publique le 19 septembre 2021.

Le magistrat désigné,

Signé

C. D

Le greffier,

Signé

L. Dionisi

La République mande et ordonne au le préfet de l'Essonne en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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