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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2214260

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2214260

lundi 14 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2214260
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation10ème Chambre (JU)
Avocat requérantORMILLIEN FRANCOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête initialement enregistrée le 9 septembre 2022 sous le n° 2212410 au Tribunal administratif de Cergy-Pontoise dont le président l'a transmise au Tribunal de céans par une ordonnance du 12 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 septembre 2022 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'examiner sa demande de titre de séjour au regard de sa situation administrative et ce dans un délai d'un mois à compter du prononcé de la décision et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte, d'une erreur manifeste d'appréciation, est insuffisamment motivée, et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en ce qu'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience qui s'est tenue le 28 octobre 2022 à 10h.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. B et les observations de Me Ormillien, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 septembre 2022, le préfet du Val-d'Oise a obligé M. A, ressortissant de nationalité turque né le 19 décembre 1989, à quitter sans délai le territoire français et a désigné le pays de destination. Par cette requête, M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les moyens communs aux décisions contestées :

2. Par un arrêté préfectoral n° 22-073 du 28 mars 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du 28 mars 2022, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à Mme D E, auteur de l'arrêté querellé, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et celles fixant le délai de départ en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées à la date à laquelle l'arrêté a été pris. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le défaut d'examen sérieux de sa situation n'est pas établi.

Sur la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : "L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ().

5. M. A n'a pas établi être entré régulièrement en France et ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Ainsi, il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui " ; aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1 (), ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée e familiale " d'une durée d'un an () ".

7. Le requérant, qui allègue être entré en France le 19 janvier 2019, n'établit sa présence qu'à partir du mois de juin 2019. S'il se prévaut de l'exercice d'une activité professionnelle, il ressort des pièces du dossier que M. A n'est embauché dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis le mois de septembre 2020. En outre, il ne justifie ni d'une intégration particulière en France, ni de ses liens avec la France, étant marié avec une compatriote turque en situation régulière qu'il a épousée le 6 juin 2018 et qu'il est venu rejoindre au moins un an après en entrant irrégulièrement sur le territoire national sans recourir à la procédure de regroupement familial, alors qu'il a vécu dans le pays dont il est ressortissant jusqu'à l'âge de 30 ans. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressé est père d'un enfant né en France en 2019, le préfet du Val-d'Oise, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, n'a ni porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette mesure sur sa vie personnelle, les stipulations de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui ont pour objet exclusif de régir les relations entre les Etats, étant dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers qui ne peuvent dès lors utilement s'en prévaloir.

Sur la légalité de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : "Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet".

9. Aux termes de l'article L. 612-2 de ce code : "Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; (). Aux termes de l'article L. 613-2 de ce code : "Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas demandé son admission au séjour. Il se trouve ainsi dans le cas où, en application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le risque de soustraction à une mesure d'éloignement est établi et le préfet peut obliger un étranger à quitter le territoire français sans délai. Pour les motifs mentionnés au point 7, le refus de délai de départ volontaire ne méconnaît ni les stipulations des articles 3-1 et 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas davantage entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'injonction. Par suite, les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte, ainsi que celles tendant au bénéfice des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2022.

Le magistrat désigné,

Signé

B. B La greffière,

Signé

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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